Publications PNR du CRASC

Centre de Recherche en Anthropologie Sociale et Culturelle

Publications PNR

PNR du CRASC, 2005, p. 9-17 | Texte intégral


 

 

 

Farid BENRAMDANE,

Brahim ATOUI,

Mansour MARGOUMA

 

 

 

Aucune bibliographie n’est ni exhaustive,  ni définitive; celle-ci pas plus qu’une autre. La présente est,  à cet égard,  élaborée dans le but de combler un vide dans la recherche ayant trait aux faits de langue et de nomination /dénomination, de manière générale, en Algérie. Conçue comme instrument de travail à la disposition aussi bien des spécialistes que du grand public,  il se veut un instrument de travail bibliographique, supportant et puisant des études aussi bien linguistiques,  historiques,  géographiques,  démographiques,  anthropologiques…d’une onomastique locale,  dans la diversité de ses couches historiques,  linguistiques et dans la pluralité de ses parcours identitaires. Cependant,  il offre une palette de références aussi large que possible,  englobant aussi bien des travaux à caractère théorique que des études onomastiques circonscrites à des espaces aussi précis que lointains,  mais partageant le même type de problématique: maghrébines (Maroc,  Tunisie,  Mauritanie),  arabes annexant,  notamment,  la période médiévale contenue dans les descriptions des auteurs et chroniqueurs arabes (et berbères),  avec,  en parallèle,  les études hispanistes sur l’Andalousie musulmane,  et,  enfin,  françaises,  celles entre autres,  ayant trait aussi bien à la période coloniale que celles inhérentes aux usages de la patronymie et des prénoms dans la communauté maghrébine actuelle en France. Les références bibliographiques remontent également plus loin,  dans les sources de l’antiquité nord-africaine.

En effet,  dans le contexte d’une onomastique plurilingue comme celle de l’Algérie,  depuis la formation du libyque et du berbère et de leurs contacts avec le punique,  le grec,  le latin,  l’arabe,  l’espagnol,  le turc,  le français... et du point de vue de la linguistique historique et même préhistorique,  certaines dénominations soulèvent des questions très complexes et dépassent largement le territoire d’une région,  d’une ou de plusieurs religions,  d’une couche historique ou d’une catégorie onomastique.

Les documents sur l’onomastique algérienne se caractérisent par leur rareté,  leur dissémination à travers des revues et même leur émiettement, et cela,  à travers  des publications pouvant relever aussi bien de l’histoire,  de la sociologie,  de la démographie,  de l’archéologie,  de la topographie,  de l’hagiographie,  de la géologie,  de la médecine,  du droit,  de la botanique,  de la géographie,  de l’urbanisme,  de l’écologie,  etc. Dans ce contexte,  la toponymie et l’anthroponymie en Algérie,  sont,  pour ainsi dire,  un terrain vierge. Les déchiffrements systématiques sont rares; en microtoponymie par exemple,  ils sont presque inexistants: des synthèses ayant pour objet une commune,  une région,  une tribu,  un mont,  un oued,  se comptent sur le bout des doigts d’une même main.

D’après Cheriguen,  trois raisons peuvent expliquer la presque inexistence d’études systématiques en onomastique (et/ ou en toponymie) maghrébine:

- L’influence ethnologique dans les études lexicologiques françaises du Maghreb et dont l’onomastique a été perçue comme un appendice.

- Le statut des langues berbère et arabe algérien (ou maghrébin) exclues de l’institution algérienne,  confinées dans des usages oraux. Inscrites dans une dualité conflictuelle avec l’arabe littéraire par les états, les langues populaires se sont vues exclues du domaine de la recherche, avec cependant,  une meilleure prise en charge du berbère,  produit d’une forte revendication pour sa reconnaissance officielle.

- « La dernière cause est d’origine politico- idéologique: les études coloniales privilégiaient des interprétations sujettes à des visions historiques plus ou moins arbitraires,  justifiant la thèse « latiniste » de l’Algérie: le substrat décelable serait il toujours de nature à servir l’intérêt culturel, et partant,  politique du colonisateur. (...) L’antiquité africaine a été étudiée dans le cadre de l’antiquité romaine et comme un aspect de celle-ci. Or,  on sait aujourd’hui que l’Afrique « romaine »  n’a été que très partiellement latin (e) isée » (1993,  p.7).

Par conséquent,  il ne s’agit ni plus,  ni moins de dresser une historiographie de l’onomastique algérienne;  c’est dire l’ampleur de la tâche et la difficulté de l’entreprise,  eu égard aux présupposés historiques,  culturelles et idéologiques qui tressent les démonstrations et soulèvent les argumentaires des uns et des autres,  et à toutes les époques.

Les études actuelles sur le nom propre (noms de lieux,  de tribus ou de personnes) en Algérie et/ou  au Maghreb se fondent de manière plus ou moins explicite sur des choix qu’il convient préalablement d’examiner. On peut considérer en simplifiant à l’extrême que deux grandes conceptions se partagent le champ de la recherche en onomastique maghrébine. La première, que nous évoquerons à titre préliminaire,  privilégiant le caractère traditionnel,  est celle d’une étude des noms propres à partir d’une survalorisation de l’écrit,  partant elle - même des usages issus des prescriptions à caractère religieux. Il existe dans la sphère arabo - musulmane toute une littérature sur l’approche lexicographique et théologique sur les noms propres,  notamment les noms de personnes ou anthroponymes (Benachour,  Gimaret,  Sublet,  Schimmel…). La seconde se rapporte aux études berbères (Basset,  Chaker,  Haddadou,  Galand,  Cheriguen…). Les travaux de ces derniers  sont marqués par l’influence de la linguistique contemporaine, travaillant sur une réalité linguistique fondamentalement orale. Si,  dans le premier cas,  il y est privilégié,  de manière générale,  l’étude d’une pratique exclusive de la dénomination,  celle de la norme et de la prescription écrite,  seul mode d’expression onomastique admis et/ou privilégié,   tout ce qui relève des pratiques authentiquement orales de la langue,  toute différenciation entre les usages est peu ou pas du tout étudiée,  par sous-valorisation ou par hiérarchisation des priorités,  seuls comptent,  en dernier ressort,  les noms à connotation religieuse et mystique. Dans le deuxième cas,  on s’intéresse davantage à une souche linguistique (le libyco - berbère),  ses évolutions phonético-phonologiques,  ses variantes dialectologiques,  ses domaines sémantiques,  etc.

Au delà des implications linguistiques,  culturelles que sous-tendent les différents repositionnements historiques,  géopolitiques et géolinguistiques cristallisés dans la nomination et la dénomination: des espaces et leurs représentations,  des populations et leurs mythes,  des territoires et leurs enjeux,  des personnes et leurs filiations,  mais aussi des noms des ancêtres-éponymes,  des lieux sacrés et symboliques (noms composés avec mqam,  redjem,  koubba,  etc.) et de leurs significations ; c’est établir,  en même temps,  dans une société à tradition orale,  la place et le fonctionnement de ce type de verbalisation identitaire, les permanences qui structurent la société et assure sa pérennité. C’est également approfondir la même conception de l’espace et ses transcriptions mentales,  les systèmes de parenté et leurs reproductions, les configurations territoriales et leurs investissements symboliques, en somme, (s’)interroger sur les quelques instruments de la filiation en Algérie, entre autres, l’état civil,  l’aménagement du territoire,  la cartographie,  le découpage administratif (wilaya, daïra, commune), leurs consistances territoriales... et leur degré d’in/adéquation  avec les représentations mentales de l’espace,  du temps,  du groupe et de la personne,  en dernière instance,  d’une communauté linguistique forgée,  sur un plan synchronique et diachronique,  par le multilinguisme et le plurilinguisme ainsi que par la praxis historique d’un peuplement dont « la filiation est établie depuis la haute antiquité »  pour reprendre la formulation de Lacheraf (Des noms et des lieux, 1998).

Considérées comme le parent pauvre de la recherche linguistique dans le domaine berbère (Chaker,  1993),  les études onomastiques, de manière générale,  commencent,  depuis le début des années 1990,  à prendre de l’ampleur, à susciter de plus en plus d’intérêt et à faire l’objet de financements publiques et de soutiens institutionnels (Ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique,  Ministère de l’intérieur et des collectivités collectives,  HCA (Haut Commissariat à l’Amazighité), CNIG (Comité national à l’information géographique),   INCT (Institut national de la cartographie et de la télédétection),  CNRPAH (Centre national de recherches préhistoriques, anthropologiques et historiques et CRASC ( Centre de recherche en anthropologie sociale     et culturelle).

Les études sur l’onomastique berbère,  faisant l’objet de nombreux travaux,  commencent à être rejoints progressivement par les études sur l’arabe maghrébin,  secteur jusque là sous – représenté. Des chercheurs  de différents horizons disciplinaires commencent à élever leurs voix et rendre plus visibles,  par la qualité de leurs travaux,  son importance patrimonial    et socio - fonctionnel,  stratégique et vitale,   pour valoriser son statut dans sa dimension inter / culturelle,  artistique,  sociale et communicative la plus féconde  (Miliani,  Benrabah,  Dellai,  Elimam,  Bourayou,  Aceval…) [1].

Mohamed Mouek, dans les années 1980 publie une bibliographie onomastique «  section arabe - sémitique » dans Onoma. A la même période,  Lamine Benallou publie à  l’OPU Essai de bibliographie linguistique algérienne.   En 1991, Belhandouz du laboratoire de l’URASC (Université d’Oran) publie Eléments de bibliographie en dialectologie du Maghreb. Dans les mêmes années,  deux bibliographies concernant le domaine berbère sont publiées: Chaker (1993): Une décennie d’études berbères (1980-90) - Bibliographie critique et Bougchiche (1997): Langue et littératures berbères; des origines à nos jours: bibliographie internationale et systématique. En 2000,  l’INCT,  dans sa revue,  consacre un numéro spécial à la toponymie et y dresse une liste bibliographique de la toponymie algérienne,  suivie d’une liste des sites Internet spécialisé en toponymie et en anthroponymie.

Cependant, l’intérêt du domaine onomastique, proprement dit, toponymique et ethnonymique surtout,  émergent,  de manière singulière  dès les débuts de la colonisation, et cela, pour des raisons évidentes de stratégie militaire.

Des ouvrages et des articles,  généraux ou spécialisés,  en rapport direct ou indirect avec l’onomastique,  plus ou moins anciens sont recensés: Vocabulaire arabe – français des principaux termes de géographie et des mots qui entrent le plus fréquemment dans la composition des noms de lieux (1881) du Général Parmentier,  Notes sur l’organisation des tribus et l’étymologie des noms propres  (1892) de Elie Tabet (Administrateur général). Mercier publie  Notes sur la toponymie antique de l’Afrique Mineure (1918) et La langue libyenne et la toponymie antique de l’Afrique du Nord (1924). Relevons La toponymie française de l’Algérie  et de l’Afrique du Nord (1939) de Caroyal (Directeur des archives),  Contribution à l’étude de la toponymie nord africaine: noms des lieux emprunté au règne végétal (1948),   Notes de toponymie africaine:  les noms de lieux empruntés au règne animal (1949),  Toponymie nord africaine: quelques notes sur l’emploi du mot «  boû »’ (1949),  La toponymie algérienne (1956) d’Arthur Pellegrin (Membre de l’Académie des Sciences coloniales), un Glossaire des termes géographiques arabo-berbères  élaboré de manière régulière depuis 1953,  principalement par Capot – Rey.

Les études onomastiques post-coloniales vont se déployer de manière conséquente dès les années 1980 avec Onomastique berbère ancienne (antiquité /moyen âge) rupture ou continuité (1981) de Salem Chaker,  Quelques notes sur l’onomastique tunisienne à l’époque husynite précoloniale (XVIII° - XIX° siècle) (1982) de Ben Achour, Histoire et toponymie: conquêtes et pouvoir (1983) de Dalila Morsly. D’autres études sous forme d’articles sont parues dans la revue spécialisée ONOMASTICA,  remplacée ensuite par la Revue Internationale d’Onomastique (RIO), elle-même remplacée par la nouvelle Revue d’Onomastique (Morlet,  1992). D’autres matériaux bibliographiques sont signalés dans Libyca (1978-79) du CRAPE (Alger),  Onomastica (Revue internationale d’onomastique) (1953-1960),  et bien que très limités pour le Maghreb dans les Etudes onomastique en France (1938-1970).  A des dates plus reculées,  il faut ajouter les articles parus dans Revue africaineHesperis,  IBLABulletin des liaisons sahariennes,  Antiquités africaines, les travaux de la société de géographie et d‘archéologie de la province d’Oran,  d’Alger et de Constantine, Chronique des études berbères publiée dans l’Annuaire de l’Afrique du nord,  de 1965 à 1991 (Galand,  Chaker).

Mais les travaux systématiques en toponymie algérienne restent  ceux de Pellegrin. Les noms de lieux d’Algérie et de Tunisie  (1949). Il a fallu un quarantaine d’années pour voir la parution d’autres études systématiques: Toponymie algérienne des lieux habités (les noms composés) (1993) de Foudil Cheriguen,  Espace et toponymie en Algérie (1999) de Brahim Atoui. A la même période,  des thèses de Magister,  de Doctorats (Benramdane,  Boussahel,  Toudji,  Dadoua,  Djebbes,  Zemouli) et même des mémoires de fin de licence commencent à se faire soutenir dans les universités algériennes (Mostaganem,  Tlemcen,  Alger,  Constantine,  Tizi Ouzou,  Béjaïa) et,  à un degré moindre,  à l’INALCO de Paris (Ahmed Zaid Chertouk,  Ait Said). Des équipes de recherche dans le   cadre de projets d’établissements ou PNR (Programme national de recherche) agréées et/ou domiciliées surtout au CRASC et à l’Université Mentouri de Constantine ont permis de regrouper de manière périodique,  dans le cadre de séminaires et de journées d’études,  les premiers noyaux de chercheurs algériens en toponymie et en anthroponymie.

Les cadres d’intervention épistémologique de ces recherches sont aussi diverses qu’intéressantes: linguistique (Yermeche, Ahmed Zaïd,  Khammouche,  Tidjet,  Boussahel,  Benramdane,  Sini,  Taleb Ibrahimi),  géographique (Atoui,  Margouma),  historique (Guechi, Zemouli,  Benkada), anthropologique (Djebbes, Dadoua),  dialectologique (Mahmoudi,  Saïdi)… Les travaux sont menés de front sur les trois couches linguistiques dominantes de l’onomastique locale: berbère,  arabe,  française. Les langues de travail sont le français et l’arabe. Les travaux sur les documents et archives espagnols menés par l’hispaniste algérien Mohamed Mouek sur la période médiévale ouvrent des perspectives nouvelles et un éclairage inédit sur les pratiques nominatives et dénominatives du Maghreb et de l’Andalousie. Pour le Maroc, il faut relever le livre d’Emile Laoust Contribution à une Étude de la toponymie du Haut Atlas (1942) ;  pour la Tunisie,  Les noms de lieux de Tunisie. Racines  vivantes de l'identité (1985) de Evelyne Bendjaffar.

A partir de la moitié des années 1990,  Insaniyat,  la revue du CRASC commence à publier des articles sur la toponymie et l’anthroponymie algérienne (Benramdane,  Yermeche,  Taleb Ibrahimi).

Il reste qu’une quantité immense de données onomastiques sont également présentes dans les  Dictionnaires,  les périodiques et les actes des colloques: Dictionnaires De Foucault,  Dallet,  Naït – Zerrad,  Taïfi,  Baussier, Encyclopédie berbère, Encyclopédie de l’Islam, Actes du 1er Congrès  d’études des cultures méditerranéennes d’influence arabo – berbère.  Pour la langue arabe maghrébine,  il faut citer les travaux de dialectologie de W. Marçais,  M. Cohen,  Colin,  Cantineau,  D. Cohen,  PH. Marçais,  S. Levy,  Caubet...  

Concernant l’antiquité, citons les travaux de Lionel Galand, Pflaum,  Chabot, Camps,  Chaker, Toudji, Mebarek, etc.

Quelques matériaux onomastiques ont été relevés dans des ouvrages,  tels que ceux référant à la Table de Peutinger (Tauxier),  L’Afrique chrétienne: évêchés et ruines antiques de Mesnage,  l’Atlas archéologique de l’Algérie (1906) de Gsell, Catalogue des tribus africaines de l’antiquité classique à l’ouest à l’ouest du Nil (1962) de Desanges,  L’Algérie dans l’antiquité (1980) de Kaddache, Les berbères,mémoire et identité (1980) de Camps, L’Afrique du nord dans l’antiquité. (1981) de Decret et Fantar,  etc.

Les écrits des chroniqueurs,  historiens et géographes arabes,  mais aussi,  généalogistes,  fuqaha,  commentateurs,  hagiographes,  poètes du malhoun fournissent et fourmillent de détails toponymiques et anthroponymiques, quantitativement et qualitativement, d’une portée et d’une importance primordiales dans la compréhension des paysages onomastiques de leurs époques: El Bekri,  Ibn Saghîr,  El Muqaddasi,  Abbou Zakkariya,  Ibn Khaldoun,  Ibn Hauqal,  Al Idrissi,  Ibn al Athîr, Abouras Ennaciri, Ez Ziyyani, Al Mazari, Benkhellouf,  Belkheir…

Pour la période ottomane,  citons les récents travaux sur l’anthroponymie constantinoise de l’historienne Fatima-Zohra Guechi (Université de Constantine).

Tous ces documents ne nous dispensent pas de consulter des ouvrages  et des articles élaborés dans d’autres domaines scientifiques: Les confréries religieuses de Dupont et Coppolani, Histoire du Maghreb de Abdallah Laroui, Cités musulmanes d’Orient et d’Occident de Amar Dhina,  L’évolution des cité du Tell en Ifrikiya du VII et XI siècle de Cambuzat,  L’Algérie médiévale de Kaddache.

Des répertoires,  des monographies ont été élaborés et nous fournissent également d’utiles renseignements: Le répertoire alphabétique des tribus et douars de l’Algérie (1879) de Accardo, qu’il faut compléter par le Dictionnaire géographique et historique de toutes les localité d’Algérie (1862),  Dictionnaire géographique, L’Oranie biographique, Monographies: Nédroma et des Traras, Sig,  Mascara, Aurès,  Constantine,  Biskra,  Tipaza,  Nemours,  Sersou,  etc.


Note

[1] Voir Turath  (1-5) - Cahiers du patrimoine. Directeur de publication: Hadj Miliani. Editions CRASC