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Centre de Recherche en Anthropologie Sociale et Culturelle

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PNR du CRASC, 2005, p. 61-82 | Texte intégral


 

 

Ouerdia YERMECHE

 

 

Le patronyme algérien, au sens moderne du terme, a une existence relativement récente, étant donné qu’il n’est apparu dans le système anthroponymique local qu’à la fin du 19ème siècle, avec la loi du 23 mars 1882. Le dispositif instaurait l’état civil,  avec l’obligation et la généralisation du patronyme.

Le patronyme n’existant pas en tant que tel dans les pratiques onomastiques maghrébines[1], nous nous sommes posé la question de savoir quels étaient les paradigmes sémantiques sur lesquels se sont construits les noms de familles algériens. Ces patronymes sont-ils la continuité des formes nominatives antérieures ou bien constituent-ils une rupture avec le mode de nomination ancestral, traditionnel ?

Créations artificielles, si l’on peut dire, l’état civil et le patronyme qui ont été en quelques sortes imposés à la population locale, ont été bien souvent mal compris par celle-ci. Ce qui a donné lieu, au niveau formel et sémantique, à des modes de nomination nouveaux, souvent  en complète inadéquation avec les schèmes anthroponymiques traditionnels. Cette réflexion a pour objet principal de décrire les catégories sémantiques du nom de famille algérien en tant que témoin d’une activité humaine, forcément local et localisé. Il se propose également de mettre en exergue les raisons et les motivations à l’origine de la création du patronyme algérien ainsi que les attitudes des autochtones par rapport à ce fait imposé. C’est ainsi que, pour une meilleure compréhension du phénomène, le passage par un bref rappel historique des conditions de réalisations de l’état civil (et par voie de fait de l’imposition d’un patronyme à tous les Algériens, suivant la loi du 23 mars 1882), des objectifs in/avoués d’une telle opération ainsi que de l’état d’esprit qui avait prévalu à l’époque, tant du point de vue des collecteurs administratifs que des porteurs des patronymes, ne nous semble pas superflu.

L’état civil algérien : une entreprise politique et administrative d’assujettissement ?

Par la loi du 23 mars 1882, l’administration française instaure l’état civil « des indigènes musulmans d’Algérie ». Cette mesure, qui s’inscrit dans une politique d’assimilation, était tout à fait incompréhensible aux Algériens, d’autant qu’aucune campagne sérieuse de sensibilisation n’a été engagée. Synonyme de fichier, l’état civil représentait aux yeux des Algériens une arme de plus aux mains des Français pour mieux les dominer.

L’article 2 de cette loi identifie les opérateurs de cette opération à savoir « les officiers de l’état civil, ou, à leur défaut, par un commissaire désigné à cet effet », le rôle assigné à ces derniers, en l’occurrence « le recensement de la population indigène musulmane » et l’enregistrement sur un registre matrice, « des noms, prénoms, profession, domicile et autant que possible, l’âge et le lieu de naissance de tous ceux qui y sont inscrits ».

Cet article nous renseigne sur les visées d’une telle opération; la démarche consistait en l’établissement d’une fiche signalétique de l’individu à l’effet de faciliter le travail des autorités civiles et militaires dans le repérage, l’identification et le recensement des personnes.

Dans l’article 3 de ladite loi, il est spécifié également l’obligation à « chaque indigène n’ayant ni ascendant mâle dans la lignée paternelle, ni oncle paternel, ni frère aîné (…) de choisir un nom patronymique, lors de l’établissement du registre matrice ».

Nous relevons ici le caractère coercitif d’une telle opération qui a été le fait d’une instance militaire à des fins militaires avant tout. L’état civil, qui a été mis en place dans la hâte et la célérité, a été élaboré en moins de treize ans, précise  Louis Millot (1937, 01)[2]. Il a été imposé dans le mépris total, à une population complètement ignorante du bien-fondé  de cette opération.

L’article 5 prévoit d’ailleurs les réticences de la population vis-à-vis d’une telle campagne et pallie à cette abstention en spécifiant que, dans ce cas, «  la collation du nom patronymique sera faite par le commissaire à la constitution de l’état civil ». Dans l’article 15, il est réitéré le droit aux officiers d’état civil d’attribuer un nom patronymique à toute personne récalcitrante ; « l’indigène sera ensuite inscrit sur le registre matrice avec le nom patronymique (…) qu’il (l’officier d’état civil) lui aura attribué ».

Cette permissivité quant à l’attribution arbitraire d’un patronyme par les officiers d’état civil laisse deviner  les dérives nominatives auxquelles se sont adonné les officiers d’état civil qui ne se sont pas gênés pour attribuer des noms sortant des normes de nomination traditionnelle locale: noms obscènes, injurieux, d’animaux, d’excrément (Ageron : 1968)[3]. Les patronymes imposés aux populations algériennes étaient, précise-t-il, « odieux, obscènes, injurieux, marqués au coin de l’offense dépréciative et de l’humiliation caractérisée » (Ageron, 169).

L’article 14 de la même loi insiste sur le caractère obligatoire du port et de l’usage du nom patronymique et sur l’interdiction à partir de la date d’homologation du patronyme, de nommer les individus par « d’autres dénominations que celles portées dans leurs cartes d’identité », sous peine d’amende. Il y avait effectivement une volonté farouche d’effacer de la tête des gens le mode de dénomination ancestral par le biais de l’imposition du mode patronymique? Pour S. Akin (1999: 59), « les noms interviennent à plusieurs niveaux de la praxis humaine et jouent un rôle fondamental dans les stratégies d’affirmation, de reconstruction et de repositionnement identitaires et/ou nationales et que, pour ces raisons, les déterminations sociales, politiques et historiques constituent les facteurs déterminants du changement ».

A cet égard, M. Lacheraf (1998 : 169-170), évoque l’état civil comme étant  « une vaste entreprise de mépris colonial ». Il insiste également sur le caractère autoritaire[4] d’une telle entreprise tout en dénonçant cette « organisation militaire et concentrationnaire de l’espace et de ses habitants, surtout dans les villages de Kabylie ». Pour mieux repérer et identifier les populations, les autorités françaises ont, en effet, institué un système dans lequel tous les hommes du même village devaient adopter des noms patronymiques commençant par la même lettre de l’alphabet. Cette classification par ordre alphabétique permettait aux autorités militaires d’identifier et de localiser tout délinquant grâce à la première lettre de son nom patronymique ».

Ce procédé par trop répressif dont le seul objectif était de faciliter le travail des autorités militaires françaises provoquait une perte d’identité par la falsification et la dénaturation des modes de nomination traditionnels. La démultiplication des noms de famille a fait éclater à terme la structure sociale : à la famille élargie au groupe, à la tribu et au ârch, se substitue une forme  familiale plus restreinte, voire individualisée.

La responsabilité est par ailleurs souvent partagée du fait que la population autochtone, méfiante à l’encontre de toute proposition de l’autorité coloniale, n’a pas mesuré l’importance et l’impact d’un choix réfléchi du nom patronymique[5]. Elle s’est parfois elle-même attribué des dénominations fantaisistes, voire mêmes injurieuses, en fait, adressée aux  interlocuteurs administrateurs, agents et/ou officiers d’état civil, sans mesurer les conséquences d’un tel acte ou d’une telle inscription sur les générations qui porteront ce patronyme. De leur côté, les transcripteurs ont souvent délibérément ou involontairement déformé ces noms, ceci, quand ils n’attribuaient pas des noms dépréciatifs.

En outre, dans un souci de faire de l’indigène un « homme nouveau » c’est à dire « intégrable à la culture et à la civilisation françaises »[6], les officiers d’état civil ont souvent procédé à une opération de francisation des noms patronymiques.

Nous pouvons clore ce rappel historique en disant que la formation patronymique algérienne est très contextualisée. Elle est le fruit d’une forte tension historique             et administrative entre l’agent de l’administration coloniale et la population locale. La patronymie « algérienne » n’est pas le fruit d’une transmission normale, mais plutôt celui d’une mise en scène symbolique morbide, d’une imposition administrative qui a donné naissance à un système souvent abâtardi, sans ancrage socio - historique.

L’état civil  algérien : le témoin d’une activité humaine double ou la naissance  de  nouvelles  pratiques onomastiques

La patronymie algérienne est complexe et résulte de faits historiques précis, dont certains sont permanents et d’autres plus conjoncturels. Elle est construite sur des bases sémantiques variées et diverses, où se mélangent anciennes et nouvelles pratiques.

1. Survivance du mode de nomination traditionnelle

Dans le mode de nomination traditionnel, se trouvent la patronymie à base religieuse mais aussi la patronymie à base d’un vocabulaire profane.

Patronymie à base religieuse

La permanence anthroponymique, survivance du système de nomination arabe, se  retrouve notamment dans de nombreux patronymes à coloration religieuse. En effet, l’avènement de l’Islam a eu une influence considérable sur le vocabulaire des noms propres qui sont dans leur grande majorité, d’inspiration religieuse. L’une des caractéristiques principales de l’anthroponymie algérienne est notamment la place importante qu’y tiennent les noms divins[7] mais aussi tout le vocabulaire inspiré de la religion.

Les noms théophores

Les patronymes à base de noms théophores peuvent être répartis en trois sous-catégories. D’abord, les noms composés, dans un rapport d’annexion, dont le second composant est le mot arabe Allah « Dieu » ou, plus rarement  Rebbi  « mon Dieu », doublet d’origine hébraïque intégré aux langues berbère et arabe algérien; ensuite, des noms composés, dans un rapport d’annexion, dont le premier terme est le nominal arabe 'Abd « esclave/ serviteur de », le second terme étant l’un des différents attributs de Dieu. Nous avons également le composant Dine/ Eddine signifiant « religion » qui sert de premier composant dans les noms théophores.

Les bases Allah « dieu » et Rebbi « mon Dieu »

Morphologiquement, ces noms composés, dont les éléments sont amalgamés,  sont formés soit d’un syntagme prépositionnel dont les composants sont un nom commun et le nom Allah, soit d’une phrase complète (sujet , verbe, complément).

Ces noms, construits avec le composant Allah, constituent « une pratique courante de dévotion » (Gimaret, 1988: 8). Ils permettent d’affirmer la croyance, la soumission et la vénération  du musulman à son Dieu[8]. Ils constituent pour tout croyant une forme d’invocation de Dieu et de rapprochement vers son créateur. Dans la croyance populaire, ces noms théophores apportent la baraka à leurs porteurs.

Khedimallah « l'ouvrier de Dieu »; Benkhdimallah « le fils de l’ouvrier de Dieu »; Abdella (forme dialectale de ‘Abd Allah) « le serviteur/ l’adorateur de Dieu » ; Benbouabdellah « fils du père de Abdellah » ; Difalah/ Difallah/ Diffallah/ Daifallah « l’hôte, l’invité de Dieu »; Bendifallah/ Bendaifallah / Bendaifallah/ Bendifallah « le fils de l’hôte, de l’invité de Dieu », Khalilallah « l’ami, le confident de Dieu ».

Ces noms théophores délivrent également les bienfaits et vertus de Dieu : Saadallah « la chance de Dieu » ; Rezkallah/ Rabahallah « le bien de Dieu » ; Charaallah/ Charaallah/ Charallah/ Charrallah/ Cherrallah  « la justice de Dieu »; Kherfellah/ Khalfallah « le partage de Dieu », Benkelfellah/ Benkhelfallah/ Benkhalfallah/ Benkherfallah/ Benkherfella « fils du partage de Dieu »; Atallah/ Attalah / Attallah/ Attaallah « le don de   Dieu » / Dieudonné »; Benattallah « fils du don de   Dieu » ; Smaallah « le pardon de Dieu », Harzallah/ Harzallah/ Harzellah/ Herzallah/ Harzallah/ Harzellah/ Herzallah « le talisman, la protection de Dieu », Daimallah/ Daimellah « la permanence de Dieu », Ferdjallah/ Ferdjellah « la joie de Dieu»; Benfedallah «  fils  de la vertu, du don, de la bonté de Dieu », Djebrallah « Dieu le réconfortant, le consolant, Dieu guérit », Jabalahi « Dieu l’a ramené », Djaballah/ Djabbalah/ Djabellah « Dieu l’a apporté »; Bendjaballah « fils de Djabballah »,                                                                               

Tahallah/ Taallah/ Talah/ Tallah  « Dieu l’a donné », Atietallah  Attitallah « Dieu a donné »,                      

Fatahallah/ Fethallah « Bienfait de Dieu ».

Certains noms théophores sont des constructions fantaisistes d’essence populaire qui dénotent toujours un sens profond de l’attachement à Dieu, lequel est évoqué dans tous les moments de la journée, en activité ou au repos.

Gholamellah/ Ghalamallah/ Ghlamallah « l’adolescent, le jeune homme de Dieu »; Cheballah « les enfants de Dieu »; Bentallah « fille de dieu »; Aït Allah « ceux de Dieu », Khamellah/ Benkhamallah « la maison de Dieu »; Baballah « les portes de dieu », Aounallah  « l’aide de Dieu », Berguellah déformation de Barak el allah « grâce à Dieu », formule populaire  très usitée pour protéger quelqu’un.      

Menella : troncation de MinAllah qui  signifie « de Dieu », Makhfallah « la peur de Dieu », Smaallah « écoute Dieu », Lamellah « ? », Maatallah « ce que Dieu a donné ».

Ce procédé de construction des noms théophores s’est élargi au nom d’origine hébraïque Reb « Dieu » cristallisé dans la forme composée Rebbi « mon Dieu », doublet de Allah en arabe dialectal et en kabyle dont il est la forme la plus fréquemment utilisée. Rebbi entre dans des combinaisons complexes à savoir des syntagmes entiers.      

Benabedrabou « fils du serviteur de son Dieu »

Djaborrebi/ Djaborelli / Djabourrebi « mon Dieu l’a apporté »                         

Talebrebi/ Talabi « demande à Dieu »

Tarabit, déformation de Tarebbanit « divin, de Dieu »

La base  'abd « serviteur de » suivie d’un qualificatif de Dieu

Ces patronymes étaient et sont encore fréquemment usités comme prénoms ou noms individuels (D. Gimaret, 1988)[9]. Ils sont construits sur la base 'Abd, accompagnée le plus souvent d’un des 99 qualificatifs (sifat) de Dieu qui le décrivent dans ses multiples qualités[10]. Dans la pratique courante, ces qualificatifs dépassent ce nombre car bien souvent l’imagination et la créativité individuelles en produisent bien d’autres[11]. Dans la tradition islamique, toutes les réalisations sont possibles, excepté celles qui ont recours à l’usage de qualificatifs négatifs. Ces formations rappellent un rapport d’adoration, de vénération de Dieu de soumission de l’homme à Dieu[12] et d’invocation de Dieu. « Mémoriser, réciter la liste de ces noms, les méditer, invoquer Dieu par eux, conformément à la recommandation qui en est faite dans le Coran (7,180), est une des expressions privilégiées de la piété musulmane » précise Gimaret (1988: 7). Or, comment mieux vénérer Dieu qu’en attribuant à ses enfants l’un de ses qualificatifs[13] ? Dans la symbolique sociale, ces noms théophores sont doués d’un pouvoir magique de protection des individus auxquels ils sont attribués. Au début de l’avènement de l’Islam, le nom théophore le plus répandu était ‘Abd Allah « serviteur de Dieu », puis de plus en plus, les noms formés du terme ‘Abd  et  de l’un des divers attributs de Dieu se répandirent. La donation de ce nom théophore vise à transmettre une qualité donnée à la personne nommée.

Abdelchakour « le serviteur du très reconnaissant »

Abdelghafar «  le serviteur du très pardonnant »          

Abdehamid/ Abdulhamid «le serviteur du très loué  »                            

Abdessamed, Abdelatif/ Abdellatif/ Abdeltif/ Abdelatif « le serviteur du bienveillant, du subtil »

Abdeldjabar/ Abdeldjabar « le serviteur du gigantesque »

Abdelhadi « le serviteur du guide »,

Abdelghani « le serviteur du riche, de celui qui se suffit entièrement à lui-même, de celui qui est totalement indépendant »,

Abdelfatah  « le serviteur de celui qui ouvre, qui accorde la victoire »

Abdelbari  «  le serviteur de celui qui donne l’existence »

Abed Ghollam « l’esclave, le serviteur, l’adorateur adolescent »                                     

La base dine « religion »

De nombreux prénoms (ou noms individuels) ou des noms communs sont composés d’un deuxième élément religieux en l’occurrence Dine « religion ».

Ces formations composées de la base Dine à laquelle s’ajoute un nom commun, un adjectif ou un verbe, jouaient dans la tradition onomastique arabe, le rôle de surnoms. Avec l’instauration de l’état civil,  ces noms communs composés se sont cristallisés dans les noms propres de famille. A l’instar des noms théophores en Allah, les noms en Eddine/ Dine/ Din honorent la grandeur, la beauté, la noblesse et l’altérité de la religion musulmane ainsi que ses bienfaits sur le croyant. Ils inscrivent également le musulman dans la foi et le monde islamiques. En évoquant quotidiennement les qualités de la religion (sous-entendu musulmane), les Musulmans s’inscrivent entièrement dans celle-ci et dans ses préceptes. Ces noms évoquent presque tous les qualités transcendantales de l’Islam.

Aladdine/Ala-Eddine « les bienfaits, la noblesse, la grandeur de la religion » Khirddine/ Khirdine/ Khireddine/ Kherreddine « le bien de la religion »

Rachededdine « la voie droite de la religion »

Charadine, déformation de Charaâ Eddine « la justice de la religion »

Charafeddine « l’honneur, la noblesse de la religion »

Saadeddine « le bonheur de la religion »

Khaledin/ Kaledin « l’éternité de la religion »

Alameldine « le signe, l’étendard de la religion »

Sendjakeddine « l'étendard de la religion »

Khireddine/ Khairdine/ Kheireddine/ Khereddine/ Khardine/ Kheredine « la beauté de la religion »

Zinedine « la beauté de la religion »

Djamel El Dine « la beauté de la religion »                               

Badereddine/Badereddine/Badradine/ Badreddine/ Bedrdine/Bedredine/ Badereddine/ Beddredine « la lumière de la religion »

Chemseddine / Semcheddine « le soleil de la religion »

Mohabeddine / Mouhabdine « le don de la religion »                                            

Mahiddine/ Mahieddin/ Mahieddine/ Mehieddine « celui qui revitalise la religion, le revivificateur   de la religion »                                                                                          

Des constructions populaires se sont également formées sur la base Eddine. Celles-ci nomment par des périphrases l’instance suprême à savoir Dieu, son prophète ou encore un de ses préceptes  par exemple le mois du jeûn.

Zaïmeddine « le maître, le guide de la religion »

Daoudeddine « l’aimé (de l’hébr. dawid «aimé, chéri ») de la religion » 

Beneddine/ Bennedine « fils de la religion »

Ouldeddine « le fils de la religion », Bouloueddine (contraction de Bououlededdine) « père des enfants de la religion »

Chahradine  « le mois de la religion (ramadhan) »

Patronymes construits sur la base d’un vocabulaire religieux

Dans le vocabulaire patronymique religieux, nous retrouvons les différents noms du prophète et ses qualificatifs, les noms des proches du prophète (parents et amis), les noms des différents prophètes des autres religions monothéistes reconnus par l’Islam,  et, enfin des noms renvoyant directement à la religion tels que les noms des mois du calendrier hégirien ou des fêtes religieuses.

Référence aux différents noms du prophète et à ses qualificatifs

Pour les mêmes raisons évoquées plus haut, la référence aux noms coraniques du prophète et à ses qualificatifs  est courante dans les pratiques onomastiques algériennes.

Nous avons les prénoms dérivés de la racine arabe HMD qui signifie« louer Dieu », vocable  à l’origine du nom principal du prophète Mohamed:

Mhammed/ Mohamadi/ Mohamdi/ Mohandi/ M’hemdi/ M’hamdi/ Mehamdi/ Mehamedi/ Mouhamidi/ Mahmoud/ Mahmud « le loué, le  vertueux »; Hamid/ Hamida/ Hamad/ Hamdane/ Hammad « qui ne cesse de louer Dieu »; Mohand  (forme kabyle de Mohamed); Ahmed/ Hmed/ Hand (forme kabyle de Ahmed) « le plus loué ».                     

Les noms coraniques du prophète, devenus, depuis, dans la tradition arabo-islamique des prénoms, couramment usités, ont été repris en tant que patronymes :

Hadi/ Heddi « guide », Hakem/ Hakkem « juge équitable », Mustapha « le choisi », Mokhtar « l’élu », Bachir « l’annonciateur de bonne nouvelle », Tahar « le pur », Lamine « l’intègre », Mourad « désiré de Dieu », Ma’moun  « digne de confiance, fiable, sûr ».

Noms de prophètes des différentes religions monothéistes

Malgré l’influence de l’Islam sur le vocabulaire du nom propre, le mode de nomination musulman a tout de même conservé les noms bibliques. C’est ainsi que les noms des prophètes, hébraïque, chrétien, et bien sûr, musulman, sont également très présents dans les usages anthroponymiques algériens. Attribuer un nom de prophète à un enfant, c’est dans les croyances populaires, une manière de lui transmettre, déjà à la naissance, les qualités et les vertus de ce prophète. Dans leur subconscient, les parents désirent que leur enfant ait une vie exemplaire à l’image de celle du prophète dont le nom est évoqué. En quelque sorte, ils le mettent sous la protection et la bénédiction de celui-ci. En l’inscrivant dans une aire musulmane, c’est également une manière, à l’instar des autres procédés précédemment cités, d’exprimer au quotidien sa foi et sa ferveur religieuse. Ils serviraient, en outre, de talisman pour prémunir l’enfant contre le mauvais sort ou « mauvais œil ». Nous citerons :

Idriss (Enoch) « docte, savant », Nouh (Noé) « repos », Brahim (Abraham) « père de la multitude », Smail (Ismaël) « Dieu a entendu, Yaqoub (Job)  « le talon », Youssef (Jean) « que Dieu ajoute », Moussa  (Moïse) « tiré, sauvé des eaux », Younes (Jonas) « intimité (entre Dieu et l’homme », Zakariya (Zacharie) « Dieu se souvient », Yahia (Jean) « qu’il vive », Daoud (David) « aimé, chéri », Aïssa (Jésus) « Dieu est généreux », Slimane (Salomon) « qui a un cœur très pur », Benabi « fils du prophète ».

Noms renvoyant à la religion / aux mois du calendrier hégirien et aux fêtes religieuses

La référence à la religion dans les usages anthroponymiques algériens est très forte, comme nous venons de l’énoncer plus haut. Tous ce qui évoque de près ou de loin  la religion, son rituel dans la pratique quotidienne du musulman se retrouve dans les anthroponymes (noms individuels ou prénoms devenus héréditaires en se cristallisant dans le patronyme[14]). Ces prénoms puisés dans le patrimoine islamique sont pour la plupart (notamment en ce qui concerne les noms de souche arabe) - en plus des noms théophores, des noms de prophètes ou des noms-qualificatifs du prophète Mohamed - des noms de personnages importants des débuts de l’Islam, proches du prophète Mohamed (Souhaba) ou des membres de la famille du prophète[15]. « Dans ce cas, nous disent Y. et N. Geoffroy (2000: 49), ce n’est pas tant la signification de ces prénoms qui est prise en compte que les qualités qui furent manifestées par ces personnalités. Celles-ci incarnent pour le musulman les valeurs islamiques et sont comme des bannières derrière lesquelles il aime à se ranger»). Les plus représentatifs sont :

Abdellah (père du prophète); Abbas (oncle paternel du prophète); Qassem (fils du prophète); Hassen / Hocine (petits-enfants du prophète); Boubeker (Abou Bakr)/ Omar (beaux-pères du prophète); Othmane/ Ali (gendres du prophète); Amar « qui emploie sa vie au jeun, à la prière et à l’adoration »,

Hadj « pèlerin qui accomplit ou a accompli le pèlerinage à la Mecque », IslamMabrouk/ / Mebrouk/ Mebarek/ M’Barek/ Mobarek « qui reçoit la baraka (influence bénéfique), béni, chanceux, prospère, florissant », Mahfoud « qui est sous la vigilante sauvegarde de Dieu, celui qui préserve », Mahrez/ Mahrouz de HRZ, « protégé, préservé, sauvegardé » ; Abed « fervent adorateur », Aidel/Aider  « juste, équitable, qui est source d’équilibre ». 

En Afrique du Nord, il est également courant qu’un enfant né dans le courant d’un mois précédant un événement religieux ou à la veille d’une fête religieuse soit porteur du nom de cet événement ou de cette fête, voire de la semaine où il a vu le jour :

Radjeb (septième mois du calendrier hégirien)

Benchaabane/ Chaabane (huitième mois du calendrier hégirien)

Ramdane/ Ramadan (neuvième mois du calendrier hégirien, mois du jeûne obligatoire)

Moharem (nom d’un mois du calendrier hégirien < harama "ce qui est interdit", fête musulmane)

Mouloud / Mouloudi (nom donné à un enfant né le jour de la fête du Mawloud ennabaoui « naissance du prophète »)

Benachoura/ Achour (nom donné à un enfant né le jour de la fête de l’Achoura « dixième jour du mois  de Muharram ») ; Achour vient de ‘ashra « dix », « homme convivial, qui aime la compagnie » (Geoffroy Y. et N., 2000).

Achoura « fête de l’Achoura (dixième jour du mois lunaire du Muharram, premier mois de l’année musulmane, soit trente jours après la grande fête », jour de la traversée de la mer rouge par Moussa et son peuple pour échapper au Pharaon; Achouri « de Achour » / Acher/Acheur/ Acheraoui  « qui a dix ».                                                                         

Aïd/Laïd « fête »/ Laïdi/ Aidat/ Ayadat « les fêtes »/ Benlaïd/ Belaïd/ (nom donné à un enfant né le jour des fêtes religieuses, l’Aïd Kebir ou l’Aïd Seghir)

Aidaoui« de l’Aïd »/Aidi  « ma fête »/ Aidoud/ Aidoude/ Aidoun/Aidoune   diminutif de Aid/ Aidouni nom  dérivé de Aidoun.

Aiad/ Ayad/ Ayade/ Ayed « mieux, meilleur, qui aime beaucoup célébrer les fêtes »/ Ayadi  nom dérivé de ‘Ayad.                                      

Khemis (nom donné à un enfant né un jeudi, ou au cinquième enfant de la famille)

Nous trouvons également des noms tirés des en-têtes de Sourates tels que Yacine et Taha (également l’un des noms du prophète).

2. Patronymie à base de vocabulaire « profane »

A côté de tous ces noms d’essence religieuse, existent des noms « profanes »  c’est-à-dire sans caractère religieux, référant plutôt à la vie sociale de l’individu. Ce sont essentiellement des prénoms, des surnoms ou sobriquets, des hypocoristiques, des diminutifs, des noms honorifiques ou des noms de profession. Ce type de désignation, très présent dans le mode de nomination de l’individu, se retrouve abondamment dans le système patronymique algérien. Les conditions historiques d’inscription des individus dans les registres d’état civil  sont- elles probablement à l’origine de l’auto-attribution de ce type de nomination patronymique, qui, pour le moins qu’on puisse dire, « moins élaboré ou moins conforme » aux usages traditionnels dominants. Délibérément ou par ignorance  de ce qu’on leur demandait, ils se sont contentés de donner le prénom, le sobriquet, le diminutif, l’hypocoristique, le nom de profession ou le nom honorifique par lesquels ils étaient usuellement désignés. Ces formations patronymiques s’articulent de la manière suivante :

Patronymes à base de sobriquets et de surnoms

La patronymie algérienne comprend de nombreux surnoms et sobriquets qui équivalent au laqab arabe. Ces derniers  se présentent sous forme  simple (nom, adjectif ou verbe), composée  (base bou/ bw), et dérivée (suffixes turcs dji, li et arabe –i, -iya). Parfois, ce sont des segments phrastiques entiers qui servent de patronymes. Ils indiquent soit une caractéristique liée à un trait distinctif de la personne nommée (particularité physique ou moral, objet ou un animal possédés, comportement etc.), soit la profession, le rang occupé dans la société, le lien de parenté par rapport à un ascendant qui jouit d’une reconnaissance publique ou encore l’origine géographique.

Noms construits sur une caractéristique physique ou morale

Le laqab peut être directement construit sur la base de l’énonciation de la caractéristique et ce, par l’utilisation d’un qualifiant ou d’une périphrase descriptive. Ce sont également des noms composés de la base  Bou/ Abou qui indique la possession, l’appartenance d’une chose à quelqu’un. Bou ou Bw (en kabyle) précise aussi l’expression d’une particularité physique ou morale d’une personne[16].  Il a le sens de « l’homme à, celui à ». Dans ces cas, nous avons affaire à des sobriquets ou surnoms individuels. Ces créations populaires, s’inspirant d’une caractéristique physique ou morale (défaut, anomalie ou même qualité) perceptible chez une personne, étaient des pratiques très courantes dans la mentalité arabe et remonteraient à l’époque des prophètes[17].

Amokrane et son doublet arabe Kebir/ Lkebir  « le grand »; Menzou du nom  berbère ’amenzou « l’aîné », Ameziane et son doublet arabe Seghir/ Lesghir « le petit » ; Idir « qu’il vive », Touil « le long, longiligne », Amokrane « le grand », Aggoun « idiot », Bekouche « muet », Laouar « loucheur », Chaïblaïne « l’homme aux sourcils blancs », Rasleghrab « tête de corbeau », El Fartas/ El Fertas « le chauve ».  

Lahmar « le rouge »/ Belahmer « le rouge, le rouquin », Hamarlaïne « l’homme aux yeux rouges », Labiod/ Bellabiod « le blanc » avec son équivalent kabyle Amalou/ Amellal « le blanc » et Chaallal « le blanc », Chaïbras « l’homme à la tête blanche », Chaïbdraa « l’homme aux bras (poils) blancs », Lezreg « le bleu »/ Benzerga « fils de la bleue », Zerguerras «  la tête bleue », Lakhal « le noir »/ Belakhal « fils du noir »/ Kahlouche diminutif de Lakhal « le petit noiraud » avec son équivalent kabyle Aberkane « noir »/ Benberkane « fils du noir » et turc Kara « noir », Karachira « tribu noire », Bensamra « fils du brun », Sfar/ Sefrani « le jaune » et son équivalent turc Sari « jaune ».

Bousdira/ Bousseder/ Boussedour « l’homme à la (large) poitrine »; Boussora « l’homme à la corpulence », Boutaghane/ Boutarène « l’homme aux grands pieds, aux longues jambes »; Bounif et son doublet kabyle Vouazaren «l’homme au  grand / gros nez »; Boutinzar  « l’homme au petit nez »; Bounineche  « l’homme au petit nez » 

Bouras/ Belras « l’homme à la (grosse) tête »; Bourdjil « le boîteux » ; Boureche/ Bouriche « l’homme aux poils, plumes»; Bouneb « l’homme aux crocs (grandes dents) »; Boukerch / Benlaala « le ventru »; Belgroune « le cornu »; Boudefar « l’homme aux ongles»; Boulesnane et son doublet kabyle Bouteghmas « l’homme aux grandes dents»; Bouaddenine « l’homme aux grandes oreilles »; Bouchouareb « l’homme aux grosses lèvres »,  Boutouil « le long », Bourdjil « le boîteux », Bouchlaghem « l’homme aux grosses moustaches », Belatreche « le sourd »; Belaggoun « le muet »;  Boulahdour « le bavard ».                                                                                                                                                                    

Bousebta « l’homme à  la ceinture »; Boutadjine « l’homme au plat  »; Boutaf « l’homme qui a des saletés aux ongles» (?); Boussebissi « l’homme à la pipe»; Boutarfa/ Bouterfa, « l’homme à la corde », « l’homme qui clignote des yeux » (?); Boustila « l’homme au sceau » (?); Boussouissi/ Boussoussou « l’homme aux petits vers »; Bourbatache « l’homme aux quatorze» (?) Bousbaine « l’homme aux soixante-dix » (?); BoIumaza «l’homme à la chèvre», Boulgat «l’homme au chat», Boukelb « l’homme au chien », Bounaka/ Bounouiga « l’homme à la chamelle, à la petite chamelle », Bounekhla « l’homme aux palmiers », Moulaserdoun « propriétaire du cheval », Boudinar « l’homme à la pièce d’or », Boukhatem « l’homme à la bague », Bouderbala « le loqueteux », Bouchakour « l’homme à la hache », Boukandoura « l’homme à la longue robe, à la gandoura »,  Bouamama  « l’homme au turban ».                                                                                                                                                                                                                                                           


Patronymes à base de noms de plantes, d’objets et d’animaux

Le laqab ou surnom est également construit par la référence à des plantes, des objets (A.M.Schimmel, 1998:10)[18], des animaux (ou une partie de celui-ci). L’énonciation du nom de l’animal évoque une de ses caractéristiques[19].

Dib/ Dob « chacal » / Bendib  « fils du/ l’homme au chacal » / Djerroudib « petit du chacal », Sbaa « lion », Ghilas (berbère) « tigre », Ghazal « la gazelle », Djadja « poule », Daik, Sardouk « coq »,  Sardoun « cheval », Klalib « les chiens », Hennech « serpent », Maaza « la chèvre », Begraa « vache », Allouche « agneau », Guenfoud « hérisson », Zaouche « moineau », Atrous « bouc », Baz « faucon », Afroukh « oiseau » (berbère), El Far « le rat »,  FekrounFoukroun « tortue », Demaâlaâtrous « tête d’agneau », Rasseleghrab « tête du vautour », Rasselkelb « tête de chien ».                                                                     

Kemoun « cumin », Tarmante « grenadier/ grenade », Zeitoun/Zemmour(berbère) « olive », Kafour     « camphre », Besbas « fenouil », Khiar « concombre », Louz « amande », Mechmach « abricot », El Foul « fèves », Felfoul, déformation de Felfel Sebsi « pipe », Guerba « l’outre », Gdira « marmite », Tadjine « plat en argile », Gouffa « couffin », Gadoum « binette ».

Certains patronymes renvoient à des phénomènes naturels. A l’instar des noms de choses et d’animaux, ils jouent un rôle métonymique :

Nedjma « étoile », Badr « pleine lune », Chams « soleil », Dhaoui « lumineux », Rih/ Riah « vent(s) », Hilal « croissant de lune », Rabia « printemps », Kherif « automne »

Outre les noms concrets de choses, de plantes, d’animaux et de phénomènes naturels, des noms abstraits sont également attribués comme patronymes (Schimmel)[20].

Belhorma « l’homme aux vertus », Belkheïr « l’homme au bien », Belferh « l’homme à la joie »

D’autres noms, de type phrastique renvoient à une circonstance de la vie du nommé.

Djoukbala «venez tout droit »; Alinamir « Ali le Maire, il est notre Maire »; Djabrouhou « il a réussi »; Djabelkheïr « il a ramené des biens, des richesses » ; Bladel « sans misère, sans honte »; Fihakheïr « il y a en elle du bien, de la richesse » ; Zidelmal « ajoute des biens »; Binelkouloub « entre les cœurs »; Djabourebbi « Dieu l’a donné, l’a ramené »; Mecellem « c’est un musulman »

Noms construits sur l’activité (métier, fonction) exercée

Elle évoque par ailleurs l’activité (le  métier, la fonction) exercée par une personne. Les métiers de la ville ou l’artisanat diversifient les appellations; les petits métiers transmis de génération en génération ont donné lieu à des patronymes désignatifs de la personne devenus héréditaires même lorsque ce métier n’est plus exercé par les descendants. Dans certains cas, le patronyme se présente sous forme composée Ben « fils de » suivie du nom de l’activité exercée par le père. Dans d’autres patronymes, le nom de la fonction se présente seul, quand, probablement, au moment de l’inscription à l’état civil, c’est la personne elle-même porteuse du sobriquet qui déclinerait sa fonction .

Kobtane « capitaine », Kabrane « caporal », Haffaf  « coiffeur », Sough/ Saïgh « bijoutier », Nedjar « menuisier », Haddad/ Belhadid/ Bouhaddad/ Haddadi  « forgeron »,  Khoddar (i) / Kheddar « légumier », Boukheddar « marchand de légumes », Houat/ Belhout « poissonnier », Benhanout « épicier », Sebabti « savatier », Fellag/ Fellague/ Ferrag/ Ferragh/ Ferraghe: nom arabe de métier < fellaqa « casser » signifie « casseur de pierres », Keraressi « conducteur d’automobile », Bahari « marin »/ Belbahri « fils du marin »,  Benmeddah « fils du crieur public », Boussebat « fabricant, marchand de chaussures, de souliers »; Boussaboune « le fabricant, vendeur de savon » ; Boulahchiche « marchand d’herbes », Boulben « marchand de petit lait », Bouraib « marchand, fabricant de lait caillé, laitier » ;  Boulehlib « laitier, marchand de lait »; Bouressam « celui qui dessine, le dessinateur, du peintre »; Boussouf « le marchand de laine », Boutine « fabricant d’objets en argile »; Bouzit « marchand d’huile »

 Les sobriquets à base de noms de métiers sont également construits sur le  suffixe turc dji (composant nomen agentis) qui fait partie intégrante des patronymes algériens d’origine turque.

Kheznadji/ Khaznadji « trésorier, caissier, receveur des contributions diverses, payeur en général », Kebabdji « aubergiste, rôtisseur, restaurateur », Herbadji « gardien sous les ordres du grand vizir qui gardait et enchaînait les prisonniers », Damardji « maréchal-ferrant, serrurier »/ Bendamardji « fils du maréchal-ferrant, du serrurier », Bachtargi « maître-tailleur », Arbadji  « charretier, voiturier, charron »,  Atch/ Atchi/ Atsi  « garçon d’écurie »,  Baidji  « receveur d’impôt », Snadji « arracheur de dents, dentistes », Messekdji « contrôleur, celui qui contrôle », Labandji: nom arabe algérien de métier, « vendeur, marchand de Lben (petit lait) »,  lben + suffixe turc dji,                   

Fenadji/ Fenardji: nom de métier du turc fenerci « allumeur de lampes », en arabe algérien « allumeur de lampes  »                                                                                                           

Fakhardji  nom d’artisan composé du nom arabe Fakhar « argile » + suffixe dji qui signifie « fabricant de choses en argile ». 

De la même manière, les métiers de la campagne, de la terre, de l’agriculture ont servi à désigner les personnes les exerçant:    

Fellah « personne travaillant la terre », Benmaïz « chevrier », Beggar « maquignon », Boukellal « potier »

Les fonctions administratives et militaires ont également servi à nommer les personnes assurant ces tâches.

Kaïd/ Belkaïd/ Benkaïd « fils du caïd », Kadi/Belkadi « juge arabe », Taleb « étudiant en théologie », Soltane « sultan »,   Bey/ Belbey/ Elbey  nom turc « prince, seigneur, fils de pacha, chef d’un district, titre des officiers de l’armée et de la marine, gouverneur de province et général d’armée », Belbacha/ Bacha « gouverneur du pays envoyé par le sultan; titre des ministres, des gouverneurs de province, grand vizir», Khodja/ Belkhodja « secrétaire, écrivain, commis; vieillard, maître, employé d’état civil, maître d’école, professeur de langue, prédicateur dans une mosquée, négociant», Agha/ Lagha/ Benlagha/ Lagha: nom d’origine turc « commandant turc, chef de bataillon dans les réguliers d’Abdelkader, chef arabe qui a plusieurs caïds sous ses ordres, chef de bureau arabe », Chaouch « sergent, employé chargé de différentes fonctions».

Patronymes à base du titre honorifique Sidi « mon maître »

Parmi les laqab ou surnoms, nous situons la désignation honorifique ou  de l’état social. Sidi « mon maître » et ses formes contractées Sid/ Si servent généralement à désigner la lignée maraboutique. L’équivalent féminin de ce titre est la désignation berbère Lala «maîtresse».

Sidi Okba « Monseigneur Okba », Si Lhafid « mon maître Hafid », Sidhoum « leur    maître », Ould Lala « fils de Lala »

Patronymes à base d’un nom de parenté

Parmi les surnoms, nous trouvons les noms de parenté tels que Baba « papa », Dada « frère aîné », Khali « oncle », titres de respect donnés respectivement à une personne âgée, à un frère aîné ou à l’oncle paternel mais aussi Hadj, nom attribué à un homme ayant fait le pèlerinage à la Mecque, Cheikh « personne âgée, mufti ». Hadj et Cheikh sont devenus par extension des marques de respect envers une personne âgée et sage.

Bendada « fils de Dada »

Bahmed contraction de Baba Ahmed « mon père Ahmed »

Hadj Rabah « le pèlerin Rabah », Belhadj « fils du pèlerin »

Chikh « vieux, personne sage et respectée », Bencheich « fils du sage, du vieux ».  

Patronymie renvoyant à l’origine géographique (ville, pays, région) et ethnique (nisba ou nom de relation)

La personne est nommée par rapport au nom de lieu (ville, village, hameau, pays) d’où elle vient, où elle s’installe et par rapport à l’orientation géographique d’origine (points cardinaux). La nisba indique le lieu de naissance, de résidence ou d’origine, de lieu ou de tribu, la race. Elle se construit en arabe par addition du suffixe -i ou –iya. Cependant certains patronymes sont de forme simple.

Chamal/ Chemal « nord/ nordiste », Benchemal/ Bouchemal « fils du nordiste », Chamali « qui vient du nord »

Belgherbi/ Bengharbi/ Benghrieb « fils de l’occidental (venu de l’ouest) »/ Gharbi/ Ghrieb « l’occidental »

Chergui prononciation dialectale de Charqui « qui vient de l’orient (venu de l’est) »/ Cheriegue/ Cheriguen pluriel de Chergui « ceux qui viennent de l’orient, les orientaux »/ Benchergui « fils de l’oriental »

Djanoub « sud »/ Djanoubi « sudiste, qui vient du sud », Bendjanoub/ Bendjanoubi « fils du sudiste »

Sahraoui  « qui vient du Sahara »; Guebli « campagnard »

Boukhari « personne venue de Ksar El Boukhari », Kebaïli « Kabyle », Tlemçani « Tlemcénien », Béchari « personne venue de Béchar », 

Ben arab « fils de l’arabe », Benarbia « fils de la femme arabe »,

Benchaoui « fils de celui qui est venu des Aurès», Benmrabet « fils du marabout »

La nisba ou nom de relation s’effectue également par rapport à un ancêtre éponyme

Hamdi/ Hamdaoui « descendant de Hamid », Abassi « descendant de Abbas», Abdellaoui « descendant de Abdellah », Rahali « descendant de Rahal », Benani « descendant de Benane», Chikhi « descendant de Cheikh »,

Sahnouni « descendant de Sahnoune», Fattimi « descendant de la fille du prophète Fattima », Hassaini « descendant du petit-fils du prophète Hassen », Rahmani « descendant de Rahman (ordre des Rahmania)

Ils se trouve également des patronymes de provenance d’un lieu  d’origine turque construits avec le suffixe turc –li.

Stambouli « celui qui est venu d’Istanboul », Benterki « fils du turc », Tounsi « le Tunisien », Andalousi « Andalou », Trabelsi « Tripolitain »,

Tchanderli « originaire de Tchandir (wilaya d’Ankara) », Fasli « originaire de Fès (Maroc), Guermezli/ Kermezli « descendant de la famille Gormez », Kazourli « originaire de Hazro (wilaya de Diyarbakir) ».

Patronymes à bases de diminutifs et d’hypocoristiques

Depuis toujours et dans toutes les sociétés, les personnes aiment à se donner des petits noms ou noms affectifs (hypocoristique) et des diminutifs. Ces derniers, attribués le plus souvent à des enfants par leurs parents ou la famille proche, survivent souvent à l’enfance. Il n’est pas rare qu’une personne garde cet appellatif à l’âge adulte voire sa vie durant. Ce qui expliquerait sa cristallisation en tant que patronyme.

Hypocoristiques kabyles

Ceux-ci sont construits par adjonction du suffixe ouche/ache en finale du prénom ou d’un adjectif

Amarouche « petit Amar »; Hmidouche « petit Amed »; Hamamouche « petite Hamama »; Temmouche, diminutif de Fetta/ Fatima-Zohra ; Hamadouche/ Hamadache « petit Ahmed »; Kahlouche « petit noir, noiraud ».

Diminutifs arabes

Sliem « petit Slim »; Seghaïr/ Seghour « petit Seghir », BenKouider  « fils du petit Abdelkader »; Aouïcha « petite Aïcha »; Alili/Alilou hypocoristique de Ali

Zouïtene « petite olive »; Touidjene « petit plat », Touileb « petit Taleb » ; Leghouiel « petit Ghoul » 

Patronymie à base filationnelle (nasab ou filiation)

De nombreux patronymes renvoient à la filiation directe du nommé par rapport à ses ascendants  ou descendants directs. Suivant le cas, nous aurons des noms en Ben (contraction de Ibn)  « fils de », en  Ould « enfant de » ou en Bou (contraction de Abou) « père de »  mais aussi en Aït/ Naït/ Ou (bases kabyles)  et Ogli (base d’origine turque).

Patronymes en Ben/ Bent « fils, fille de »

Ben variante dialectale de Ibn « fils de » et Bent  prononciation dialectale de Bint « fille de » indiquent la relation qui existe entre un fils et son père ou

entre une fille et son père. Cette particule accompagne soit un prénom, soit un nom indiquant la fonction d’un des parents par lequel il est désigné ou le caractérisant (surnom ou sobriquet) et même des diminutifs ou hypocoristiques:

Ben Mokhtar « fils de Mokhtar », Ben Aïcha « fils de Aïcha », Benamirouche « fils

du petit Amar » 

Bent Mohamed   « fille de Mohamed », Bentchiki/ Bebtchicou « fille de l’enfant », Bentallah « fille de dieu »                                                                                        

Benameurlaine/ Benhameurlabne/Benhameurlaine/BenHameurlaine « fils de celui

qui a des yeux rouges » 

Benamghar « fils du vieux, de la personne âgée », Bencheik/Bencheikh/ Benchik/ Benchikh « fils de l’homme âgé, donc sage », Bencheikha/ Benchikha “fils de la

vieille » Benlala/ Ben Lalli/ Benlalli  « fils de la  maîtresse » ; Benchorfi/ Benchoufi « fils du noble, d’ascendance illustre » 

Benarab/ Ben Arab « fils de l’arabe »; Benarbia/ BenArbia/ Belarbia  « fils de

l’arabe »

Belblidia/ Benblidia «fils de la blidéenne »; Benkoudoghli  « fils du turc »; Benkraouda Benkrid / Benkritli / Benkritly « fils de Crétois »

Belatrache/Belatreche et son doublet kabyle Belazoug/ Belazzoug/ Bellazzoug/ Ben Azzoug/Benazzoug/Benazouk/ Bennazouk « fils du sourd »;  Belazreg

« fils du bleu » ; Benfeghoul/ Benfoughal « ils du grand, gros, bien bâti »; Bentouil « fils du grand de taille, du longiligne »                                 

Belbacha « fils du gouverneur envoyé par le sultan »; Belbey « fils du fils du

bey »; Belbahri «fils du marin »; Belbouab « fils du  portier »; Bendamardji « fils du maréchal-ferrant, du serrurier »;  Benkhaznadji « fils du  trésorier ».                                    

Le pluriel Beni, prononciation dialectale de Banou désigne la référence à une  famille, un clan, une tribu:

Beni Hadjeres (ethnique) « les descendants de Hadjeres »

Patronymes en Bou « père de »

Bou indique la kunya ou agnomen au sens traditionnel du terme.

Bou est la variante dialectale de Abou « père de » suivi du prénom du fils aîné[21], de la fonction de ce dernier ou de son surnom ou sobriquet (indiquant une de ses caractéristiques). Cet usage était très répandu dans les sociétés arabo-islamiques au point d’en faire oublier le véritable nom de la personne[22].

Boukhaled « père de Khaled »; Boumalek « père de Malek »; Bouammar « père de Ammar »; Bouzakaria « père de Zakarie »; Bounedjar « père du menuisier »; Bousserak « père du voleur » ; Bousnadji « père du dentiste, de l’arracheur de dents ».

Patronymes en Ould « enfant de »

Nous avons également la particule d’appartenance Ould « enfant de » et son pluriel Ouled « les enfants de ». Cette dernière sert à désigner aussi la référence à un groupe ou à une communauté:

Ould Brahim « fils de Brahim », Ould Amar ben Omar « fils de Amar fils de Omar », Ouled Mimoun (ethnique) « ceux de Mimoun, les descendants de Mimoun », Ouled Hadjres « les descendants de Hadjres »

Patronymes en Aït « ceux de »/ Naït et Ou « fils de »

Les équivalents de ces schèmes de filiation ou nasab existent également en berbère. Aux particules arabes Ben/ Ould correspond Ou « fils de »; la particule arabe Ouled a son équivalent berbère qui est Aït/ Naït :

Ali Ou Omar « Ali fils de Omar », Mohand Ou Rabah Moh Ou Ali « Mohand fils de Rabah, fils de Mohand fils d’Ali »

Aït Djennad (ethnique) « ceux de Djennad »

Naït Larbaa (ethnique et nom de provenance, donné par ses concitoyens) « provenant des Aït Larbaa »

Patronymes en Ogli et Dji « fils de »

Le schème d’origine turque Ogli, déformation de Oglu qui précise l’appartenance ethnique ou familiale et qui signifie « fils de » Parzymies : 1986), est présent dans les noms d’origine turque et toujours portés par les descendants de ces familles turques:

Koulougli  « fils de l’aveugle », Kodougli « fils de Kout », Kerdougli / Koudoghli  « fils du turc » « fils du kurde »                                                                             

De même en est-il des noms de tribu d’origine turque construits sur le suffixe dji ainsi dans le patronyme à base ethnique Senhadji.

Patronymie à base toponymique

La patronymie algérienne comporte également des noms de lieu (nom de montagne, d’eau), de terre et de propriété en guise de nom de famille. Ce fait surtout observé dans les patronymes kabyles dénote l’attachement de l’individu à sa terre[23].

Azrou-Isghi « rocher du vautour », Gheroufella « grotte d’en haut »

Igherbouchène « champ du chacal », Igranaïssi « champ de Aïssi »

Taghnit Hamou « champ de Hamou », Ighil Ali « champ d’Ali »

Almabouada « champ de Bouada », Tazarart « champ sec »

Aïn Zerga « œil/ source bleu(e) », Aïn El Djaneb « source du sud » ,

Raseloued « tête de l’oued, source de l’oued », Raselma « source de l’eau », Amanezougarene « l’eau rouge », Talaslimane « fontaine de Slimane », Ighzerali

« fleuve d’Ali », Targa Ouzemmour « mare aux olives », Tamourtbir « pays du puit », Birlakhdar « puit de Lakhdar »

Safsaf (i) « saule-pleureur », Safar Zitoune « l’olive jaune »,  Zemour (i) « olivier »

Boudrar/Bendjebel « montagnard », Agraradj « gros gravier, pierraille, tas de pierraille, décombres », Aderboub « gourbi », Tagrourt « réduit où l’on enferme le petit bétail »

  1. Formes de nomination nouvelles

Des formes patronymiques nouvelles sont apparues avec l’instauration du patronyme et de l’état civil. Elles sont souvent le fait des deux parties, les porteurs des patronymes ou les transcripteurs de ces noms. Méfiant à l’égard des officiers d’état civil, les indigènes ont souvent décliné des noms qui n’avaient rien à voir avec leurs habitudes nominatives (insultes à l’encontre des officiers d’état civil, noms obscènes, noms sans aucune relation avec la filiation ou autres). Parfois, ce sont les transcripteurs eux-mêmes qui, faisant fi de la loi qui interdisait l’attribution de noms non conformes aux règles de la société, ont donné ce type de noms.

Noms obscènes et injurieux

Ces noms patronymiques fort injurieux et obscènes sont parfois difficiles à porter par leur propriétaire. Ils renvoient à une partie du corps souvent tabou à exprimer telle que Zebbi  « mon pénis », Zebbidour/ Zeghidour « mon sexe tourne », Troum « fesses », à des excréments Khra/ Khakha Kaka/ Khakkha, « excrément », Khenouna  « la morve », Boukhenouna « le morveux », à des états sociaux ou agissements condamnés par la société telles que Tahane « le forniqueur », Farkh « bâtard ».

Ce sont aussi des onomatopées évocatrices telles que Taztozi, Zizi.

Noms d’animaux

De nombreux noms d’animaux sont attribués comme noms patronymiques ainsi Djadja « poule », Daik/ Sardouk « coq », Sardoun « cheval », Klalib « les chiens », Hennech « serpent », Maaza « la chèvre », Begraa « vache », Allouche « agneau », Guenfoud « hérisson », Zaouche « moineau », Atrous « bouc », Baz « faucon », Afroukh « oiseau », El Far « le rat »,  Fekroun/  Foukroun « tortue », Founas de FNS déformation de Afounas «  homme qui mange beaucoup, homme bête », augmentatif de Tafounas « la vache ». Parfois, c’est une partie de l’animal, généralement la tête, qui sert de patronyme comme Demaâlaâtrous « tête d’agneau », Rasseleghrab « tête du vautour », Rasselkelb « tête de chien ».                                                                     

Référence à un adjectif numéral

Une manière de nommer assez étrange est celle de l’utilisation d’un chiffre en guise de patronyme. Si certains patronymes à base de chiffre peuvent trouver une explication logique (notamment lorsqu’ils indiquent le rang dans l’hérédité familiale ou lorsqu’ils accompagnent un nom commun), d’autres restent totalement opaques du fait qu’on ne connaît pas les circonstances de leur création.

Douzi « douze », Zoudj « deux », Rebaïne « quarante », Belkhamsa / Boukhames/ Boukhamsa « l’homme aux cinq ? », Bousbaïne « l’homme aux soixante-dix ? », Boumia « l’homme aux  mille ?  », Bouacherine  « l’homme aux vingt… »  

Acher/ Acheraoui « dix », Tahdecht diminutif kabyle de hedache « onze », Tani  adjectif numéral ordinal, « deuxième », Boucetta « l’homme aux six doigts ».

Hadjadj Aoul « Hadjadj le premier », Hada Aouel « Hada le premier », Kazi Tani « Kazi le deuxième », Halis Larbi Etnine / Letnine « le deuxième », Kouider El Ouahad  « Kouider le premier ».

Belfgroune « l’homme aux mille cornes ».

Patronymes à base d’onomatopées

Ces noms onomatopéiques, parfois difficiles à porter car trop évocateurs, se présentent la plupart du temps sous la forme de redondance de syllabes reproduisant un bruit ou un son.

Bibi, Bedj, Ramram, Degdeg, Tabtab, Tartag, Hayaf Kayaf, Bazbaz, Taztozi, Kaka/ Khakkha, Khenouna

Troncation du nom

Certaines particules de filiation sont parfois utilisées seules comme patronymes ainsi Aït  particule servant à désigner la tribu. Elle est généralement  suivie du prénom du fondateur, de l’ancêtre éponyme de la tribu. Nous retrouvons également les particules  Ben, Ould et les deux particules accolées Aït Ben qui servent de patronymes.

Conclusion

Cette étude a permis de mettre en exergue le fonctionnement complexe et varié de la patronymie algérienne.

Les patronymes formés sur des noms théophores sont très nombreux, ce qui atteste bien de l’importance que tient la religion musulmane dans l’espace algérien.

Les patronymes à base de surnoms, de sobriquets et d’hypocoristiques occupent également une place non négligeable dans l’anthroponymie algérienne. 

En plus du type agnatique, se dégage également une multitude de types nouveaux, tels que ceux relevant des domaines sémantiques du monde animal, végétal et numéral. Certains patronymes, par trop obscènes, resteront à jamais, la trace du colonisateur.

Cette diversité de patronymes nous renseigne bien sur la mentalité du peuple algérien, ses habitudes et sa vision du monde.

Références bibliographiques

AGERON (Ch. A), 1968, Les Algériens musulmans et la France (1871-1919), T.1, Ed. OPU, Alger

AKIN (S), 1999, Noms et renoms : la dénomination des personnes, des populations, des langues et des territoires, coll. Dyalang, UPRES

CHERIGUEN (F),1993, Toponymie algérienne des lieux habités (les noms composés), Epigraphe, Alger

DALLET (J.M),1982, Dictionnaire kabyle-Français, SELAF, Paris

GIMARET (D), 1988, Les noms divins en Islam, exégèse lexicographique et théologique, Editions du Cerf, Paris,  

GEOFFROY (Y et N), 2000, Le livre des prénoms arabes, Al bouraq, Liban

LACHERAF  (M), 1998, Des noms et des lieux, mémoire d’une Algérie oubliée, Casbah édit.

MILLIOT (L), 1937, préface de l’œuvre d’Henri BENET, L’état civil en Algérie,    Alger 

PARZYMIES (A) 1986, Anthroponymie algérienne. Noms de famille modernes d’origine turque, Académie polonaise des sciences, comité des études orientales, Pologne Varsovie

PELLEGRIN (A), 1949b, « Quelques notes sur l’emploi du mot “boû” » in  Toponymie nord-Africaine,  

SCHIMMEL (A. M)., 1987, Noms de personne en Islam, PUF Paris

TAINE CHEIKH (C), 1999, « Eléments d‘anthroponymie maure : enjeux et significations du nom d’ego » in Littérature orale arabo-berbère ERS 1723/ CNRS,


Notes

[1] GUECHI (F.Z), historienne (Université de Constantine), ayant travaillé sur l’anthroponymie constantinoise de la période ottomane, signale qu’une forme de patronyme existait déjà dans les zones citadines (Constantine notamment) antérieurement à l’état civil.

[2] « L’œuvre, elle-même, malgré ses difficultés a été rapidement poursuivie. La constitution de l’état civil a été achevée dans les territoire du nord en 1895, c’est-à-dire en 13 ans à peine (…) ».

[3] Devant le refus des Algériens de se soumettre aux règles d’un nouveau système onomastique, la « collation des noms fut systématique et partant de là, tous les abus, tous les excès furent possibles, allant jusqu’à attribuer des noms grotesques et injurieux et au-delà à nommer l’individu par un « sans nom patronymique » (SNP), excluant ainsi de fait certaines personnes de la société dans laquelle elle évolue. »

[4] LACHERAF (M), 1968, op. cit. p.169: “les officiers d’abord, puis les administrateurs de communes mixtes dans les territoires soumis à l’autorité militaire ou civile ont été lâchés dans cette affaire comme dans une partie de plaisir pour mauvais sujets en goguette, forgeant des patronymes fantaisistes, en imposant d’autres de caractères infamant, faisant assaut de honteuse émulation dans l’insulte à la mémoire des ancêtres d’humbles ressortissants algériens astreints chez eux, à l’obligation de se faire inscrire à l’état civil ». 

[5] MILLOT (H), 1937, op. cit. p. 1 :« aux difficultés matérielles venaient s’ajouter le mauvais vouloir et l’inertie de l’indigène, réfractaire à toute forme de recensement, non pas seulement afin de se soustraire au risque des prestations plus faciles, mais encore et surtout parce que, pour le primitif, l’acte de computation relève de la magie (…). »

[6] MILLIOT (H), ibidem p.2

[7] GIMARET (D), 1988, Les noms divins en Islam, exégèse lexicographique et théologique, Ed. du Cerf, Paris, p. 448 : Il n’y a rien de comparable dans les deux autres religions monothéistes (le judaïsme et le christianisme)  

[8] GEOFFROY (Y. et N), « A Dieu appartiennent les plus beaux noms; invoquez – le donc par ces noms (Coran 7, 180) » p.88 :

[9] GIMARET (D), «  l’emploi si répandu depuis les premiers temps de l’Islam, et bien vivant encore aujourd’hui (notamment en Egypte et en Afrique du Nord), des noms de personnes en ‘Abd suivi d’un des noms divins (‘Abd al-Latif, ‘Abd al-‘Ali, ‘Abd as-Salam, ‘Abd al-Madjîd, etc.), une autre façon de rappeler au fidèle les qualificatifs vénérés. » op. cit. p. 7

[10] GIMARET « Ils  sont, en fait, des qualificatifs (sifat), décrivant Dieu sous ses multiples aspects : « le Très-puissant », « le Bien-informé », « le Créateur », « le Juste », « le Bienfaisant », « le Donateur », « le Très-indulgent », etc. », ibidem

[11] Ces procédés de nomination existent depuis l’avènement de l’Islam.

[12] GIMARET (D) :« pour un musulman, la liste des noms divins est comme un résumé du Livre saint, un mémento », p.08

[13]GEOFFROY (Y et N)., 2000, op. cit. p. 88: « Qui se qualifiera par l’une des qualités de Dieu entrera au paradis (Bayhaqî) » (propos du Prophète).

[14] La présence de prénoms faisant office de patronymes s’explique par le fait que le nommé ne décline que son prénom à l’officier d’état civil, ou que ce dernier ne transcrit que le prénom du nommé, oubliant délibérément ou involontairement de se choisir un  patronyme .

[15]GEOFFROY (Y. et N),  « Peu avant sa mort, le prophète répéta par trois fois: « je vous invite au souvenir de Dieu à travers les gens de ma famille (Muslim). » p.49

[16] CHERIGUEN (F)., 1993, op. cit. p.24 : «Elle peut révéler des qualités ou des défauts intellectuels ou moraux, des particularités physiques, désigner des coutumes vestimentaires, des objets que l’on porte sur soi ou encore la compagnie habituelle de certains animaux, faire allusion à un goût particulier ou à certains incidents de la vie. »

[17] TAINE CHEIKH (C)., 1999, « Eléments d‘anthroponymie maure : enjeux et significations du nom d’ego » in Littérature orale arabo-berbère ERS 1723/ CNRS, p.24 : «La coutume d’honorer quelqu’un par un nom spécifique remonterait, d’après al-Qalqashandî, aux prophètes puisque Abraham est surnommé Khalil Allâh « l’ami de Dieu » et Moïse, Kalim Allâh « celui à qui Dieu parle ». Le prophète Muhammad lui-même fut connu sous le surnom d’al-Amin « celui qui est digne de confiance », Abû Bakr comme al-Siddiq « le sincère» et ‘Umar comme al-Fariq « celui qui a du discernement. »

[18]SCHIMMEL (A. M), 1987, Noms de personne en Islam, PUF, p. 10: « Les musulmans s’inspirent de tous les éléments naturels pour choisir leurs noms à commencer par le soleil Shams (d’où Shemissa), Badr « le pleine lune », Thurayya « les pléïades » 

[19] SCHIMMEL parle à ce propos « de survivances d’anciennes coutumes totémiques » p.9

[20]SCHIMMEL (A.M.), 1987, op. cit.p.11:  « ces noms renvoient souvent à des vertus comme Fadl « mérite » , ou des souhaits de bonheur Salama « santé » ou Nasr « succès »

[21] SCHIMMEL « il est possible qu’à l’origine l’usage de la kunya naquit, soit de l’intention d’honorer quelqu’un en le désignant d’après le nom de son fils aîné, soit du souhait, si la personne était encore jeune, de lui voir la bénédiction d’un enfant et en particulier un fils . Il se peut aussi que la kunya ait été employée dans certains cas afin d’éviter de prononcer le nom de naissance qui était toujours marqué d’une sorte de tabou. » p.12

[22] PELLEGRIN (A), 1949, « Quelques notes sur l’emploi du mot “boû” » in  Toponymie nord -africaine, p .359: « l’emploi de aboû  ira d’ailleurs prenant une plus vaste extension, et il ne sera plus nécessaire d’avoir procréé un enfant mâle, d’avoir ajouté un défenseur à la tribu pour le porter (…). »

[23] Pour plus de précision lire article ici présent de Ouerdia YERMECHE « Typologie des noms de famille algériens à base de noms de lieu »