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Centre de Recherche en Anthropologie Sociale et Culturelle

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PNR du CRASC, 2005, p. 83-102 | Texte intégral


 

 

Saïd TOUDJI

 

 

L’anthroponymie, comme la toponymie, nous apprend à intégrer l’histoire dans ce que nous sommes: elle nous apprend que notre présent est fait de notre passé, et notre passé est accommodé avec notre présent (C. Baylon et P. Fabre, 1982: 9).

 

 

En général, on distingue entre ²l’anthroponymie² (du grec anthropos « homme ») et onoma « nom »), qui s’occupe des noms de familles, prénoms et pseudonymes ; la ²toponymie² (du grec topos « lieu » et onoma « nom »), qui étudie les noms de lieux, et ²l’ethnonymie² (du grec ethnos « ethnie » et onoma « nom »), qui s’occupe des noms d’ethnies, de tribus et de groupes humains: toutes les trois forment ce que l’on appelle l’« onomastique »,  qui s’occupe du nom en général. L’onomastique plonge donc, plus ou moins dans la diachronie, la suite de l’histoire des noms. De ce fait, l’anthroponymie est à la fois une science auxiliaire de l’histoire, de la socio-anthropologie, de la linguistique et de la psychologie ;  elle est aussi une discipline qui a son objet propre: « l’étude diachronique et synchronique des noms de personnes ».

Cet essai, se veut une contribution à l’onomastique libyco-berbère qui, d’une manière générale, a suscité très peu d’études spécialisées. Par contre, un certain nombre de documents nouveaux ont été signalés et une quantité d’observations, plus ou moins pertinentes, sont à glaner dans divers travaux.

Pour la Berbérie, le statut particulier de la langue berbère, demeure selon F. Cheriguen (1993: 11) l’une des causes majeures de cette absence de travaux systématiques, malgré l’intérêt qui pourrait en découler. En fait, la langue berbère se présente, aujourd’hui, sous forme d’une construction pyramidale dont la base est constituée par les parlers locaux et le sommet par la langue berbère dont le nom de plus en plus utilisé est ²Tamazigt ². Les faces de la pyramide représentent les supra-systèmes qui sont moins nombreux que les parlers (les dialectes). Le berbère est, de ce fait, une langue variée. Elle est, en général, comme l'ont souligné nombre de spécialistes (Galand, Chaker, Taïfi, Naїt Zerrad…), tiraillée par ²deux forces² qui jouent en sens contraire : le particularisme qui pousse à la diversification et le conservatisme qui assure la stabilité. Une connaissance, toute relative, de cette langue, par la quasi-totalité des chercheurs qui se sont intéressés à  l’onomastique a souvent entraîné une négligence des noms issus de cette langue. C’est dire que, malgré l’abondance des matériaux épigraphiques, la langue libyque n’a pas été reconstituée, en raison de la nature même des textes, limités le plus souvent à des dédicaces, à des généalogies et différentes formules. Ces séquences répétées ont pu être identifiées, mais la plus grande partie des inscriptions a résisté au déchiffrement. Le peu que l’on sait du Libyque, quelques éléments de vocabulaire et quelques présomptions de fonctions grammaticales, révèlent bien l'état premier du berbère. Un berbère ancien, certes, transcrit imparfaitement par un alphabet strictement consonantique, mais qui ne peut être fondamentalement différent des nombreux dialectes berbères actuels.

Pourquoi l’anthroponymie libyque: choix et limites ?

Notre choix s’est porté sur ce sujet, surtout pour le grand intérêt que ce dernier présente. En fait, l’onomastique est de part sa nature même, un domaine fortement conservateur: des faits linguistiques très anciens, quasiment disparus dans la langue vivante, peuvent s’y maintenir. Sur le plan anthropologique, c’est par son nom que l’homme acquiert, à la fois une existence métaphysique et une existence sociale. On conçoit, donc, le particulier intérêt qu’offre l’évolution de l’onomastique à travers les âges et les groupements humains, d'où les précieux renseignements qu’elle peut fournir, en particulier sur l’évolution de la langue.

 Notre corpus, contenant 108 unités anthroponymiques, a comme base les inscriptions libyques recueillies par Jean-Batiste Chabot (Recueil des inscriptions libyques, Paris, Imprimerie nationale, 1940-41) où les noms sont transcris en caractères latins, mais la langue est le libyque. En effet, ce recueil demeure actuellement la matrice de base de tout travail de recherche en matière d’onomastique libyque (un travail précurseur, riche en matière épigraphique libyque et très systématique).

Le champ de notre recherche, à cet égard, est un domaine où les questions sont encore aujourd’hui plus nombreuses que les réponses.  A cet effet, malgré l’abondance des matériaux épigraphiques, la langue libyque n’a pas été reconstituée en raison de la nature même des textes, limités le plus souvent, faut-il encore le souligner, à des dédicaces, à des généalogies et différentes formules. Ces séquences répétées ont pu être identifiées, mais la plus grande partie des inscriptions ont résisté au déchiffrement.

Dans ce sens, un nombre de questionnements se posent comme un socle à notre étude ; ils peuvent être formulés de la façon suivante:

- De quelle manière, l’approche lexico - sémantique de l’anthroponymie libyque) pourra-t-elle nous permettre d’accéder aux anciens registres de la langue des anciens Libyens ? Comment, sa contribution au déchiffrement des textes libyques, pourrait être envisagée ?

- Quels seront les éléments archéologiques, linguistiques ou autres pouvant pallier aux différentes interrogations auxquelles se confronte l’écriture libyque ?

- De quelle manière, la pratique de dénomination des personnes (donc attribution d’une identité individuelle et sociale) a contribué au processus de cristallisation de l’identité berbère ?

Du Libyque au Tifinagh: dilemme d’évolution

Le terme ²Libyque² se spécialise de lui-même, il qualifie la langue et l’écriture des Libyens, habitants de l’Afrique du Nord, et par extension l’épigraphie, les inscriptions, l’alphabet, etc. Par faute d’absence de profondeur historique dans le savoir linguistique, ce dernier (le libyque) a suscité, autrefois, peu de d’enthousiasme chez les théoriciens de l’écriture, il est à peine mentionné dans leurs ouvrages.

Commençons par le problème de son origine (écriture libyque), celle-ci est restée depuis fort longtemps entre moult tâtonnements des chercheurs ; diverses hypothèses ont été émises à ce propos, elles se résument dans ce passage suivant de K-G. Prasse (1972: 146): « l’origine de l’alphabet libyque est inconnue […]. Toutes les tentatives de le dériver des hiéroglyphes égyptiens, des alphabets sud-arabique, grec, ibérique, voir phénicien-punique, n’ont pas réussi jusqu’ici à fournir la preuve décisive ».

Par ailleurs, dans une réflexion systématique récente, en s’appuyant sur les  données de la linguistique et de la préhistoire nord-africaine, Salem Chaker       et Slimane  Hachi (2000: 95-111) s’inscrivent dans la perspective d’une origine endogène de l’écriture libyque. Deux considérations générales d’anthropologie culturelle, dans cette logique, convoquées à cet effet, selon les auteurs, ne devraient jamais être perdues de vue, parce qu’elles constituent le contexte général dans le cadre duquel se pose la question de l’origine de l’écriture libyco-berbère:

a- Il convient d’abord de souligner qu’il s’agit quasiment d’une écriture ²nationale ² berbère puisqu’on en a des attestations dans toute l’aire d’extension de la langue berbère, i.e. de la Libye à la côte atlantique, de la Méditerranée au Sud du Sahara. Partout où il y a / avait des Berbères, on trouve des traces de cette écriture, y compris aux Iles Canaries;

b- Cette homogénéité recoupe remarquablement un autre élément d’unité qui paraît fondamental: l’unité des modes de vie des Berbères basés sur le pastoralisme et l’agriculture, que l’on a vu naître avec des variantes, aux temps néolithiques. Ces références culturelles et civilisationnelles s’opposent radicalement à celles des populations phénico-puniques, basées sur la navigation et le négoce. Or, la société berbère, essentiellement pastorale et paysanne, organisée de tout temps sur le mode tribal-segmentaire, n’a pas, globalement, besoin de l’écriture, en tant que ²système fonctionnel d’enregistrement², ceci contrairement aux peuples voisins, citadins, marchands et marins.

L'hypothèse de l’emprunt de l’écriture par les Berbères a donc en soi quelque chose d’assez improbable au plan anthropologique.

De nombreux protohistoriens (M. Hachid, H. Lhote…), s’accordent désormais à reconnaître le caractère très ancien de certaines attestations épigraphiques dans les zones sahariennes. Ancienneté établie  par la très probable contemporanéité  de ces témoignages épigraphiques avec les gravures et peintures rupestres du type caballin ; période que les spécialistes font généralement débuter vers 1500 av. J-C.  Cette phase d’ailleurs -caballine-, en nette rupture avec le réalisme et la destination mythographique des représentations de la période ²bovidienne², produit toute une série de signes géométriques, entrant au départ comme éléments graphiques constitutifs de l’image à réaliser. Imperceptiblement, ces motifs élémentaires vont finir par être considérés pour eux-mêmes, en vu de leurs multiples combinaisons, pour constituer les trames de l’art rural sub-actuel et actuel berbère.

Ces motifs du décor berbère, sont perçus aussi comme des signes, porteurs de sens et constituant des messages. Ce mouvement, est de nature à produire un certain nombre de caractères alphabétiques, comme l’anthropomorphe Ж (désignant la lettre /z/ tifinag et rentrant en même temps, dans une stratégie d’affirmation identitaire des différents groupes berbérophones), le triangle, le losange, le chevron, les traits parallèles, les traits croisés, les traits isolés qui constituent les formes élémentaires, à partir desquelles il est possible de former l’alphabet libyque dans sa totalité. C’est d’ailleurs ce que montre une étude sur la morphologie des caractères libyques (A. Oulamara et J. Duvernoy, 1988: 79-90), selon laquelle tous les signes alphabétiques (libyques) s’inscrivent dans un carré à médianes et à diagonales. Chose répandue sur un nombre élevé de gravures rupestres de l’Atlas saharien, en compagnie de lignes d’écritures libyques.

Ainsi, les représentations caballines apparaissent comme le creuset, le vecteur d’un type de savoir nouveau, codifié, dont on peut soupçonner l’intervention, dans au moins trois champs d’activité: le décor de l’art berbère, le marquage des troupeaux, et enfin l’écriture alphabétique libyque. Pour cette raison, on pourrait même émettre l’hypothèse de l’existence d’une forme embryonnaire d’écriture pré-alphabétique, avec un stock limité d’idéogrammes, reconvertis ensuite en signes alphabétiques.

Un fait est certain, c’est qu’au contact du punique, l’écriture libyque a subi son influence. Cette intervention a été faite, au niveau de la régularité de ses caractères, ainsi que le sens horizontal de l’écriture (de droite à gauche) ; mais cette influence s’est arrêtée  là. D’ailleurs, l’alphabet punique est tout en courbes et en volutes ; les caractères libyques, au contraire, sont rectilignes, anguleux ou reproduisent des formes géométriques élémentaires. Pour cela, et de manière massive, les données formelles (ressemblances de formes), vont dans le sens d’une disjonction nette, entre l’écriture libyco-berbère et l’alphabet phénicien-punique : les ressemblances sont très minoritaires, le style général et l’orientation de l’écriture sont totalement divergents.

Donc, il se pourrait que les autochtones aient inventé leur propre écriture en se servant de la notion d’alphabet, élaborée et diffusée par les Phéniciens (ce n'est qu'à l'imitation de l'écriture phénicienne, et à Dougga seulement que le Libyque fut écrit horizontalement). Un autre indice, devenue classique, est celui  de la dénomination ²Tifinag ² (écriture touareg), ayant comme sens ²les signes, les lettres².  Enfin, un indice très révélateur,  à ne pas négliger, et qui pourrait de près, renforcer cette thèse, est la pan-berbèrité du verbe aru, ²écrire²             (et variantes), et de la dénomination de l’écriture qui en est issue tira. De ce fait, aru, beaucoup plus fréquent, recouvre également des significations comme ²inscrire / être inscrit², ²marquer / être marqué², ²prédestiner / être prédestiné ²:

  • Lgerba tura deg uqerru [l’exil est inscrit / écrit sur ma tête = l’exil est          

                                               ma destinée - (vers du poète Si Mohand)-].

  • A tin yuran deg yixf-iw [ ô celle qui est écrite / inscrite sur ma tête ! =                 

                                          ô toi qui m’es destinée ! (parlant d’une femme)  

                                          - chanson de Cherif  Kheddam, 1967-].

En définitive, et avec de fortes chances, l’écriture libyque pourrait ne pas être, ni copiée sur un modèle phénico-punique, ni même créée de toutes pièces par un roi, en l’occurrence Massinissa, comme l’ont suggéré certains (G-Ch. Picard, 1956: 78). Mais au contraire, l’unité des lieux, des formes de cette écriture et leur continuité dans le temps, vont indiscutablement dans le sens de la genèse locale. Trois autres faits vont dans le même sens:

- L’orientation verticale, avec son caractère quasi naturel, reconnue comme la plus ancienne, est spécifique au Libyque (le punique ne possède pas cette orientation).

- La zone de prédilection de l’épigraphie libyque est les pays des plateaux     et des hauteurs.  

  Chose opposant une presque absence de textes libyques sur le littoral (domaine occupé le plus souvent par les Phéniciens).

- En matière de datation, le caractère très ancien du Libyque est rendu par l’inscription des ²Azib n’Ikkis ² (Haut Atlas marocain), un centre quasiment loin et différent des  centres carthaginois, elle est placée avant le VIeme siècle av. J-C.

L’anthroponyme comme signe d’identité

Hallf (1963-64: 63) disait qu’« avant d’être un individu, l’homme est un nom, et avant d’être un nom, il n’est rien ». C’est par son nom que l’homme acquiert, à la fois une existence métaphysique et une existence sociale. C’est par cette fonction, également, dans la société, que l’homme commence à prendre une existence "morale". La dénomination des personnes, en effet, régie autrefois par l’usage, est réglementée aujourd’hui par l’état civil.

Ce cadre institutionnel cristallise la triangulation personne/ temps /espace, correspondant au cadre de développement des repères référentiels de type identitaire, véhiculés dans et par les  noms propres et pouvant servir d’argumentation en matière d’histoire dans ses dimensions culturelles, religieuses, symboliques et linguistiques les plus fécondes. Pour cela, F. Benramdane (1998: 1) dit que: « rien n’est en fait plus identificatoire et significatif qu’un prénom ou un nom de famille ». De ce fait, l’identité, tout court passe, précise-t-il, généralement chez beaucoup et à juste titre, par l’identité onomastique.

Les noms d’hommes conservent généralement, mais de manière imprévisible et très inégale, le souvenir des temps anciens lorsqu’une population nouvelle, même minoritaire impose son pouvoir et éventuellement sa culture. T. Djaout (1981: 20) disait: « réduit et consentant, je patientais sous les mains de l’autre occupant qui m’essayait de nouveaux noms ». C’est ainsi que naît le phénomène du dédoublement de nom. Un nom peut donc en cacher un autre et l’identité ² punique ²  ou  ²latine ² (en Berbérie) peuvent n’avoir été que très superficielles, voir même une simple façade officielle, sans aucun ancrage dans le vécu des populations. Certains exemples, assez connus, peuvent bien énumérer ces faits:

* Mass-nsen (berbère: leur chef / seigneur) ® Massinissa (latinisé).

* Yugurten / Yugar-iten (berbère: il les surpasse / il les a vaincu) ® Jugurtha 

   (latinisé).

Par ailleurs, ce phénomène peut signifier, dans quelques endroits, une profonde punicisation ou romanisation ; c’est le cas par exemple de ²Mastanabal² (nom composé) = Mastan / Amastan (berbère: protecteur) + Baâl (punique: dieu protecteur des Carthaginois « Baâl Amon »).

De ce fait, et comme l'énonce, F. Cheriguen (1987: 19): « d’une manière ou d’une autre, l’usage des noms propres participe des luttes de pouvoir » ; d’ailleurs, moyen d’identification sociale des individus, l’anthroponymie est un puissant marqueur d’identité culturelle et linguistique. A travers elle, il est sans doute possible de se faire une idée de la vitalité, de la permanence, des reculs ou des avancées de l’identité berbère face aux autres cultures.

Cette relation ²anthroponymie / identité², par le biais de la personne qui le porte, est régie par l’essence même de ce dernier. Chose qu’on pourra assimiler à cette relation mystique, chez Pierre Bourdieu (1980: 90-91), de l’homme à la terre. Il dit que: « le lien qui unit le fellah à la terre est mystique autant qu’utilitaire. Il appartient à son champ plus que le champ ne lui appartient. Il lui est attaché par une relation de soumission, comme en témoignent les rites agraires où s’exprime le sentiment de dépendance à l’égard de cette terre qui ne saurait être traitée en matière première, mais bien en mère nourricière à laquelle il convient de se soumettre, puisqu’en définitive c’est de sa bienveillance ou de sa malveillance, beaucoup plus que de l’effort humain, que dépendent abondance ou misère ».

Approche lexico-sémantique

Par absence de profondeur historique dans le savoir linguistique (absence d’un cheminement clair, montrant une continuité ²Libyque / berbère²), notre étude, comme toutes celles traitant de la diachronie berbère, ne peut se reposer que sur la comparaison des dialectes berbères actuels. Réalité qui nous a conduit à réduire notre corpus aux seuls anthroponymes transcrits dans cette langue ²libyque ²(et seulement ceux représentant de fortes analogies avec les formes dialectales actuelles). Il renferme 108 unités, couvrant les différentes formes anthroponymiques libyques de la période ancienne.

Le classement de ces unités au sein de notre corpus, a été établi selon l’ordre alphabétique de leurs racines. En fait, la langue berbère fait partie des langues chamito-sémitiques, où les mots (ou les unités lexicales) sont formés à partir d’un noyau consonantique appelé racine, combinée à un schème.

Le squelette consonantique sert de base à une famille de mots, apparentés par la forme et par le sens. Donc, selon le nombre de schèmes possibles pour une racine, la famille lexicale devient importante ; le nombre de lexèmes appartenant à une famille est égal au nombre de schèmes.  Cette structure du lexique berbère nous impose d’elle-même le classement par ordre alphabétique des racines consonantiques. Dans ce sens, plus les racines sont réduites, plus elles risquent d’être homonymes ou formellement identiques, c’est-à-dire composées des mêmes consonnes (surtout les mono ou bilitères)([1]).

Sur le plan du signifié, la racine est l’unité minimale de sens, commune à tous les lexèmes d’une même famille ; sur le plan formel, une suite de consonnes communes, elles aussi, aux lexèmes précédents, sont dites consonnes radicales. Son association à des schèmes permet la création d’unités lexicales, appartenant à une même famille morpho-sémantique (ensemble d’unités lexicales ayant en commun les consonnes radicales). Pour retrouver la racine consonantique d’un lexème, il suffit de le dépouiller de toutes les marques grammaticales qui lui sont attachées, du schème de dérivation ainsi que tous les éléments vocaliques.    

Les unités anthroponymiques (corpus) sont organisées de la façon suivante: Chaque entrée anthroponymique est subdivisée en un certain nombre de parties ordonnées (la forme dicte le nombre). Les unités peuvent se résumer dans l’exemple suivant (notre n°30):

 

N °  Forme attestée + source
30. (I)GRTN (CHB: 212)

 

 1- Segmentation de la forme anthroponymique: YGR-TN

     (il ¾ les).

 

2- Segmentation de l’élément central: Y-GR (il ¾ ).

 

3- Mise en relief de la racine + recherche inter-dialectale, pour un

    rapprochement morphologique et sémantique.

 

4- Détermination (ou proposition) d’un sens anthroponymique à

             l’unité analysée.

 

 

Concernant notre analyse, elle se subdivise en deux parties essentielles: dans un premier moment a été abordée l’analyse morphologique, dans le but d’identifier les différentes structures du système anthroponymique libyque qui, en général, est représenté par deux grandes sous-catégories: 1/ Formes simples,

2/ Formes complexes. Dans un deuxième moment, les anthroponymes ont été soumis à l’analyse (interprétation) sémantique, en adoptant comme nous l'avions dit plus haut, la démarche comparatiste inter-dialectale. Dans ce cadre, et selon S. Chaker (1981-82: 71-74): « le berbère saharien apparaît comme un maillon essentiel de l'ensemble berbère, et présente les caractéristiques d'une situation de laboratoire ». En effet, le touareg, par certains traits bien conservés (phonologiques, grammaticaux et lexicaux), se distingue très fortement du reste du berbère. Ce conservatisme extrême, généralement attribué à l'isolement du groupe, fait du touareg une pièce maîtresse pour la reconstruction du ²berbère commun².

Avant d’aborder l’analyse des anthroponymes, il est bon de signaler certaines considérations, relevant de la langue à partir de laquelle les anthroponymes sont formés. Le fond lexical berbère, constitué de racines, subit diverses évolutions, suivant les changements sociolinguistiques de la communauté berbérophone. De cela, les racines subissent diverses altérations internes affectant leur structure formelle et leur offrent des possibilités de "camouflage", les rendant ainsi méconnaissables.

Pour rétablir les racines dans leur ²forme primitive², il faut d'abord identifier les différentes altérations qu'elles ont subies. Une telle opération n'est pas toujours aisée, d'autant plus qu'une même racine peut connaître en même temps plusieurs modifications. Du point de vue méthodologique, et selon M.Taïfi (1990: 221), les critères qui doivent présider à la reconstitution des racines altérées sont:

  a- la comparaison entre les dialectes berbères actuels ;

  b- l'examen des paradigmes lexicaux dont la racine constitue le chef de file.

De ce fait, la reconstitution des racines altérées, ne peut se faire que sur le plan synchronique: la racine rétablie, doit être nécessairement, attestée au moins dans un parler et apparaître au moins dans une forme de mot. En somme, les racines en berbère subissent trois types d'altération: le changement phonétique, la réduction ou l'augmentation des radicaux. Les racines modifiées, s'adaptent à de nouvelles structures morphologiques, certains schèmes sont abandonnés au profit d'autres.

La méthode d’analyse (citée plus haut), à laquelle les anthroponymes ont été soumis, peut se résumer dans l’exemple suivant (notre n°02):

02. IDR (CHB. 260).

- YDR: ²il ¾ ²

- YDR = Y-DR (il ¾)

- DR = . DR = vivre / ê. vivant / survivre / exister: « idir / dder / edder  

               (P.b.): (ZRD ² 368-370 ²/ CHE: 130) »;

              . DR = abaisser / baisser / descendre / diminuer:« ader / uder

                adder (P.b.): (ZRD ² 371-373 ²/ CHE: 130);

              . DR = s’abriter; se mettre à l’abri de:« dari / ddari (KAB: 153) ».

------>  - « il vit / (qu') il vive »;

       - « il abaissé / diminué »;

       - « il sabrite ».

_____> La signification la plus probable de cet anthroponyme serait: « il vit / 

       (qu')il vive ». Forme rapprocher de l’actuel ²Yidir ².

En somme, les différentes formes anthroponymiques que nous avons analysé, se présentent comme suit:

 

Forme d’origine

Source

(N° Chabot)

Forme obtenue

Signification

Structure anthroponymique

01

BBGDL

1151

Bab n wegdal

Le protecteur

Support + Déterminant

02

BBRGM

209

Bab n ureggem

Le prometteur

Support + Déterminant

03

BBTSMN

411

Bab n tismin

Le jaloux/l’envieux

Support + Déterminant

04

BLL

430

Ablel

Le gentilhomme

Nominal simple avec marque de substantif

05

BL(L)NM

758

Ablel-(i)nem

Ton gentilhomme

Nom + possessif

06

BL(L)SN

212

Ablel-(n)sen

Leur gentilhomme

Nom + possessif

07

DBR

339

Adbir

Le pigeon / beau

Nominal simple avec marque de substantif

08

DMR

812

Admer

La poitrine / force

Nominal simple avec marque de substantif

09

DMRSN

925

Admer-(n)sen

Leur poitrine / force

Nom + possessif

10

DSMS

102

Idis (n) Mess

Serviteur du Maître

Nom  + Déterminant

 

11

FRN

78

Ufrin

Le choisi / l’élu

Nominal simple avec marque de substantif

12

GII

701

Gayyay

Le supérieur

Nominal simple sans marque de substantif

13

GNSLN

677

Egenses lan

Leur Lieutenant

Nom + Déterminant

14

IDHH

155

Yuda

Il se suffit

Nom simple de forme verbale

15

IDR

260

Yidir

(Qu’il) vive

Nom simple de forme verbale

16

(I)DRS

848

Yidras / Yidrus

Il est rare / magnifique

Nom simple de forme verbale

17

IDS

279

Yudas

Il est organisé

Nom simple de forme verbale

18

IFL

1090

Yfel

Il est valorisé

Nom simple de forme verbale

19

(I)FLL

794

Yeflaley

Il s’est propulsé

Nom simple de forme verbale

20

IFN

1113

Yifen

Etant celui qui surpasse

Participe

21

(I)FTN

100

Yif-(i)ten

Il les surpasse

Verbe + aff.pers.régime

22

(I)GR

609

Yugar

Il est meilleur / distingué

Nom simple de forme verbale

23

(I)GRTN

212

Yugar-(i)ten

Il les surpasse

Verbe + aff.pers.régime

24

(I)GUT

693

Yuget

Il est renommé

Nom simple de forme verbale

25

IGZKNH

182

Yugez-(i)ken

Il prend soin de vous

Verbe + aff.pers.régime

26

(I)KLDMS

817

Yekla d Mess

Garde-corps du Maître

Verbe + Déterminant

27

ILFSN

157

Yellef-asen

Il les frictionne

Verbe + aff.pers.régime

28

ILT

159

Yull-(i)t

Il l’aide / le soulage

Verbe + aff.pers.régime

29

IMDI

605

Yemdey

Il est complet / parfait

Nom simple de forme verbale

30

IMD(I)T

730

Yemdey-t

Il le fit grandir

Verbe + aff.pers.régime

31

IMLL

621

Yemlul

(Qu’il) soit blanc / brillant

Nom simple de forme verbale

32

IMR

151

Yumer

Il a rendu grâce

Nom simple de forme

verbale

33

IMRTN

952

Yumer-(i)ten

Il les a comblés

Verbe + aff.pers.régime

34

IRGNH

597

Yergen

Il est issu de deux races

Nom simple de forme verbale

35

IRN

253

Yerna

Il a vaincu

Nom simple de forme verbale

36

IRNKH

292

Yerna-k

Il te surpasse

Verbe + aff.pers.régime

37

IRTHS

346

Yerta-yas

Il lui souhaite

Verbe + aff.pers.régime

38

(I)RT-MS

733+ 654

Yra-t Mess

L’aimé du Maître

Verbe + Déterminant

39

IRTN

48

Yra-ten

Il les aimes

Verbe + aff.pers.régime

40

ISLS

235

Yesles

Il est doux

Nom simple de forme verbale

41

ISN

242

Yessen

Il sait / Maître

Nom simple de forme verbale

42

ISRTN

386

Yuser-iten

Il les a dégourdis

Verbe + aff.pers.régime

43

IZDG(N)

134

Yezdigen Etant celui qui est propre Participe

44

IZGRDMS

546

Yezger d Mess

Le compagnon du Maître Verbe + Déterminant

45

(I)ZMRN

20

Yzemren

Etant celui qui supporte Participe

46

KNU

309

Akniw Le jumeau Nominal simple avec marque de substantif

47

KRH

503

Ukkir Le grand / développé Nominal simple avec marque de substantif

48

KSL

172

Aksil Le tigre / la force Nominal simple avec marque de substantif

49

KS[S]

501

Akessas Le jeune / beau et joli Nominal simple avec marque de substantif

50

KT-ZN(S)

548 + 387

Akkwit  zzin-as Il est soutenu par tout le monde Déterminant + Verbe

51

MD(D)SN

444

Amdiddi-(n)sen

Leur brave / courageux Nom + possessif

52

MDH(D)

588

Amdiddi

Le brave/ courageux Nom d’agent

53

MDG

371

Imdeggi

Le combattant / guerrier Nom d’agent

54

MDLH

262

Ameddal

Protecteur Nom d’agent

55

MGDL

313

Amegdal

Celui qui abrite / protège Nom d’agent

56

MGZ

776

Amagaz Celui qui veille sur Nom d’agent

 

 

57

MKR

651

Meqqer

Il est grand

Verbe d’état

58

MK(U)SN

916

Amekku-(n)sen

Leur envoyé

Nom + possessif

59

MLL

86

Mellul

Il est blanc / brillant

Verbe d’état

60

MNG

609

Iminig

Le voyageur / l’émigré

Nom d’agent

61

MNI

725

Amnay

Le cavalier

Nom d’agent

62

MRGM

656

Imreggem

Le prometteur

Nom d’agent

63

MSIDH

259

Amsid

Le ténu

Nominal simple avec marque de substantif

64

MS(I)DLN

740

Mess yeddlen

Maître étant couvert / protégé

MS (Maître) + Verbe

65

MSIDSN

226

Mess yeddsen

Maître étant organisé

MS (Maître) + Verbe

66

MS(I)FL

154

Mess yfel

Maître étant valorisé

MS (Maître) + Verbe

67

MSIFN

706

Mess yifen

Maître ayant le surpassement

MS (Maître) + Verbe

68

MS(I)FRN

245

Mess yefren

Maître étant choisi / élu

MS (Maître) + Verbe

69

MSIGRN

545

Mess yugaren

Maître étant meilleur / distingué

MS (Maître) + Verbe

70

MS(I)KZ

464

Mess yukez

Maître étant devin / intelligent

MS (Maître) + Verbe

71

MSLN

808

Mess lan

Leur Maître

MS (Maître) + Verbe

72

MS(I)M[R]

550

Mess yumer

Maître béni / comblé

MS (Maître) + Verbe

73

MS(I)NNTN

733

Mess ynunten

Maître apparu / révélé

MS (Maître) + Verbe

74

MS(I)RTN

808

Mess yertin

Maître étant agité

MS (Maître) + Verbe

75

MSTN

42

Amastan

Le protecteur / défenseur

Nom d’agent

76

MZB(U)

146

Amezbu

L’honorable

Nom d’agent

77

MZUN

631

Amazun

L’envoyé / le délégué

Nom d’agent

78

NSKU

725

Aneskaw

Le constructeur

Nom d’agent

79

SD[D]

626

Asdid

Le svelte / mince

Nominal simple avec marque de substantif

80

SL

443

Isli

Le marié

(le beau)

Nominal simple avec marque de substantif

81

SI[S]

528

Aysas / Ussis

Le prestige

Nominal simple avec marque de substantif

 

 

82

(T)DT

375

Tidett

La vérité

Nominal simple avec marque de substantif

83

(T)GZT

664

Tagazitt

La grappe / l’élégante

Nominal simple avec marque de substantif

84

TKNH

443

Takna

La co-épouse

Nominal simple avec marque de substantif

85

THL

601

Tull

Elle aide / soulage

Nom simple de forme verbale

86

TLL

630

Tilelli

Fille libre / douée

Nominal simple avec marque de substantif

87

TMD(I)

712

Temdey

Elle est parfaite

Nom simple de forme verbale

88

TMRN(T)

1040

Tumrant

(Celle qui) a rendu grâce

Nominal simple avec marque de substantif

89

(T)MRT

547

Tumert

La joie / le bonheur

Nominal simple avec marque de substantif

90

(T)MRT[S]N

364

Tumert-(n)sen

Leur joie /  bonheur

Nom + possessif

91

(T)MZDIT

1098

Tamezdayt

La médiatrice / réconciliatrice

Nom d’agent

92

TNGT

785

Tinigit

Le témoin

Nominal simple avec marque de substantif

93

(T)NMT

430

Tanamit

L’apprivoisée

Nominal simple avec marque de substantif

94

TRNTH

969

Terna-t

Elle le dépasse

Verbe + aff.pers.régime

95

TS

537

Tasa

La tendresse / l’affection

Nominal simple avec marque de substantif

96

(T)SD[D]TS

385

Tasdidt-(i)s

Sa svelte / mince

Nom + possessif

97

TSKRT

1014

Tasekkurt

La perdrix

(jolie fille)

Nominal simple avec marque de substantif

98

TSLT

800

Tislit

La mariée

(belle fille)

Nominal simple avec marque de substantif

99

TURNRL

857

Tur  nrel / ngel

Sans maigreur / faiblesse

Nom complexe à négation

100

(T)ZDIT

94

Tazdayt

Fille d’une belle taille

Nominal simple avec marque de substantif

101

TZMR

580

Tezmer

Elle peut / résiste

Nom simple de forme verbale

 

 

102

(U)RLZ

879

War laz

Sans faim

Nom complexe à négation

103

URMRT

808

War amerret

Sans peine (le/la calme)

Nom complexe à négation

104

(U)RTFR

81

Ur teffer

Sans cachette

Nom complexe à négation

105

(U)RTKN

32

Ur tekna

Sans courbature / humiliation ?

Nom complexe à négation

106

(U)RT[U]T

682

War tatut

Sans oubli (ayant une bonne mémoire)

Nom complexe à négation

107

ZR

522

Ziri

Fille belle et splendide

Nominal simple sans marque de substantif

108

ZRMTLN

211

Ziri m telni

Belle fille, ayant une taille fine

Nom + Déterminant

 

Ce tableau nous a montré que les ruptures que connaissent les articulations de base ne sont pas homogènes. Elles ne sont pas non plus systématiques puisque certains phonèmes évoluent dans des directions différentes, ni généralisées car les consonnes subissent sporadiquement des changements partiels (modes d’articulation) ou, définitifs (point d’articulation) ne disparaissent pas de la phonie berbère. On pourrait ajouter à tout cela trois exemples, que renferme notre corpus, représentant le phénomène de métathèse (très fréquent en berbère): [ n°1 (esles / elses), n°24 (rnu / nru), n°104 (tilni / ténellé) ].

Les variations sémantiques sont les plus difficiles à cerner dans tout système linguistique. La situation du berbère est plus compliquée dans la mesure où les parlers et les dialectes connaissent des changements sémantiques spécifiques. Ainsi, une racine commune fournie souvent des formes de mots qui ne recouvrent pas les mêmes effets de sens. La polysémie ne fonctionne pas de la même façon dans tous les dialectes; chacun recèle des significations figuratives, de locutions et d’expressions qui lui sont propres et  qui confèrent au mot des nuances sémantiques particulières.

conclusion

    Après cet essai d’approche de l’anthroponymie libyque, on constate une réelle permanence; non seulement, ce noyau ²berbère² de l’anthroponymie antique s’intègre dans un même modèle d’explication linguistique, mais les formes elles-mêmes se retrouvent souvent identiques à travers les siècles. Une permanence structurale et lexico-sémantique qui va même, dans quelques cas favorables, jusqu’à la période actuelle (cas de ²Yidir²). L’anthroponymie a montré en effet, que même après plusieurs siècles de présence romaine, les masses rurales nord-africaines se référent toujours à des modèles linguistico- culturels berbères. Il en est de même des pratiques onomastiques berbères dans les milieux fortement influencés par la culture punique. En dépit des mises en morphologie successives, depuis des générations, l'entité linguistique anthroponymique n'a jamais connu de rupture. Malgré l'implantation de la civilisation punique dans la région, les Berbères sont restés fidèles à leurs traditions et coutumes.

   Ces anthroponymes se chargent de toute une série de significations symboliques et de  valeurs affectives. Certains possèdent une charge poétique très grande, et sont le point de départ de toute une série d’évocations, parce qu’ils se rattachent à une histoire, collective ou personnelle. De ce fait, ²l’anthroponyme libyque a été le vecteur d’une dimension symbolique, qui a grandement contribué au processus de cristallisation de l’identité berbère². Pour cela, et comme l’a noté P.Guiraud (1964: 6): « l’histoire de nos mots, c’est celle de notre culture, de notre pensée collective inconsciente ». Au niveau du sens, les formes anthroponymiques puisent principalement, dans des champs lexicaux valorisants, référant à des caractéristiques ou actions  positives des individus.

Concernant les structures anthroponymiques caractérisant la période antique, un récapitulatif des différentes formes attestées se présente comme suit:

1- Verbale simple.

          * Y ¾  (il ¾ )

          * Verbes d’état

          * Verbes à finales – n « participes »

2- Verbal complexe: verbe + affixe personnel régime.

      a/ * Y ___ (i)k     ----> il ¾  te

           * ___ (i)ken  ----> il ¾ vous

      b/ * Y___ (i)t       ----> il ¾ le

            * T___ (i)t       ----> elle ¾ le  

            * ___ (i)ten   ----> il ¾  les

       c/  * ___ (y)as    ----> il ¾  lui

            * ___ (y)asen ----> il ¾ les / leur

3- Nominal simple.

     a/ avec marques de substantif.

            * a / i / u ¾

            *___

            *___ t

     b/ sans marques de substantif.

4- Nominal complexe.

     a/ Nom + possessif

           * Nom + (i)nek / (i)nem (ton / ta)

           * Nom + (i)s / (i)nes (son / sa)

           * Nom + (n)sen (leur)

    b/ Ms + Verbe / Déterminant = « Maître x »

5- Nominal dérivé.

           * Nom d’agent

               . M ¾

               . N ¾

6- Complexes  négatifs: Ur / Wr / Tar / Tur  +  verbe / Nom.

7- Complexes avec Déterminant.

     a/ Support + Déterminant: Bab  +  Nom

     c/ Verbe + Déterminant

     d/ Déterminant + verbe.

Ce genre d'application montre toute l’importance des études comparatives inter-dialectales et les services qu’elles peuvent rendre, pour accéder aux anciens registres de la langue. On l’a vu ainsi, le nœud de la langue libyque peut être recherché, aujourd’hui, à travers les différents dialectes berbères actuels. Dans ce sens, beaucoup de linguistes optent de nos jours pour l’unité structurelle que présente l’ensemble berbère (existence de zones d’intercompréhension étendues). Pour d’autres, cette unité ne signifie pas identité linguistique sur tout le domaine, en l'absence, actuellement, d'une langue qui peut être commune à l’ensemble des groupes berbérophones.

De ce fait, malgré la dispersion géographique et en dépit de la faiblesse des échanges, les données structurelles fondamentales restent les mêmes partout: le degré d’unité (notamment grammaticale) des parlers berbères est tout à fait étonnant eu égard aux distances et vicissitudes historiques. La richesse de l’onomastique libyque apparaît dans le fait que rares sont les noms attestés deux fois. Parmi eux, on trouve: Isli, Aksil, Tilelli, Tumert, Tasekkurt, Irnaten, etc. 

Aujourd’hui, en explorant les différentes sources onomastiques libyques (rendues en latin / sémitique, etc.), complétées par des études anthroponymiques du Moyen-Âge et de l’époque moderne, nous pourrions, avec de fortes chances, éclairer un tant soit peut « les siècles obscurs » de l’histoire de la langue libyque (berbère). En résumé, les anthroponymes libyques constituent des repères fondamentaux de la population berbère, notamment pour son identité, sa personnalité et sa culture. Ils sont les témoins authentiques et irrécusables d'une ²vision² du monde foncièrement ²locale² et ²localisée²: chaque naissance est une reconnaissance linguistique. Il en est ainsi de l'histoire des mots et de la filiation des noms.


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Note

[1] D’une manière générale, selon G. Mounin (1973: 403): « la racine est  l’élément de base, irréductible, commun à tous les représentants d’une même famille de langues. La racine est obtenue après élimination de tous les affixes et désinences ; elle est porteuse des sèmes essentiels, communs à tous les term