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Centre de Recherche en Anthropologie Sociale et Culturelle

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PNR du CRASC, 2005, p. 103-116 | Texte intégral


 

 

Taklit MEBAREK 

 

 

En Afrique du Nord et au Sahara, les écrits font cruellement défaut : aussi est-il très difficile de parvenir à restituer les ethnonymes anciens et les toponymes. Heureusement le langage oral en a préservé une grande partie et les écrits actuels « dans des langues autres » n’ont pu réussir à les « effacer ». Toutefois la découverte des inscriptions libyco-berbères et les dénominations que l’on trouve en Orient dans les écrits cunéiformes ou autres ainsi que les écrits traduits des hiéroglyphes égyptiens nous apportent une mémoire qui aurait pu être niée et oubliée. Car ces deux grandes civilisations ont été confrontées, durant des millénaires à des peuples africains, surtout maghrébins et sahariens. Voyons quelques ethnonymes envahisseurs de ces grandioses civilisations.

Sargon  Asarhaddon, rois d’Orient

 Les ethnonymes Sargon et Asarhaddon sont des noms de dirigeants d’empires ou de royaumes construits en Orient.

Sargon l’Ancien appelé encore le grand Sargon d’Akkadé ou d’Agadé (2334 - 2279 av.J.C.) fonda le premier empire sémitique en Mésopotamie dit vieil akkadien (Akkad, Sumer, Suse, Susiane...), Suse et Susiane étant gouvernés par des représentants du roi sous l’orbite suméro-akkadienne (C. Herrenschmidt, 1998). Suse et Susiane faisaient partie de la Perse antique dont l’écriture était l’élamite.

Sargon II régna en Assyrie (721-705 av.J.C.). Une tablette en argile cuite des annales historiques de Sargon II d’Assyrie relate sa huitième campagne contre l’Urartu en Arménie (714 av.J.C.). L’ethnonyme Sargon viendrait de SharruKin signifiant « le roi est légitime », ce qui suppose qu’il ne l’était certainement pas, (B.A. Leicknam, 1995, p. 199).

Cet ethnonyme n’aurait pas attiré notre attention si un autre roi d’Assyrie ne portait le nom Asarhaddon (681-669 av.J.C.). Ce dernier, dans un relief de bronze, relate la restauration de Babylone que son défunt père et roi assyrien avait brûlé. Cette restauration aurait été entreprise par Asarhaddon pour plaire à sa mère qui est babylonienne (B.A. Leicknam, p. 201).

Asarhaddon et Sargon ne sont-ils pas les mêmes ethnonymes rapportés différemment dans les traductions européennes (anglaises et françaises), le dh (apico-dentale fricative sonore orale)  étant un phonème inexistant en français ?

Or Asarhaddon signifie mulet en berbère. Plusieurs interrogations s’offrent à nous :

1° Pourquoi des rois orientaux porteraient-ils des noms ayant une signification en berbère ?

2°. Pourquoi un roi se ferait-il appeler MULET ?

Citons Jean Bottéro (1998, p. 24-25) : « Les Akkadiens, mieux connus (que les Sumériens), désignent les plus anciens Sémites installés dans le pays, en Amont de Sumer... leurs premiers noms apparaissent, en nos documents les plus antiques, il n’y a pas loin de quatre mille huit cent (4800) ans... Leur langue, telle que les linguistes la restituent dans son état le plus archaïque, est apparentée, d’une part à l’ancien égyptien, de l’autre au berbère, de l’autre encore aux idiomes qui ont précédé l’éthiopien en Abyssinie : il y a donc gros à parier qu’ils ont, au moins très anciennement, hanté un territoire voisin de ceux qui parlaient ces divers langages. » Et l’auteur de supposer qu’ils étaient probablement venus du désert arabique. « Et sans doute le plus raisonnable est-il de s’en tenir à la péninsule Arabique, dans laquelle, à mesure de sa désertification, aux alentours de –VI ème millénaire, ils auraient été repoussés sur ses franges, demeurées encore vivables... Pour arriver jusque dans l’opulente et fertile Mésopotamie... ils n’avaient qu’à longer le cours de l’Euphrate. Certains groupes d’entre eux ont dû faire très tôt ce déplacement, qui les a conduits, dès le –V ème millénaire peut-être, jusqu’à la limite du « pays de Sumer », dans le « pays d’Akkad ».

Pourquoi le langage du désert arabique serait-il un idiome amalgamant des langues africaines : berbère, vieil égyptien, ancien « éthiopien » ? On peut donc supposer très vraisemblablement que les populations africaines se déplaçaient : la frontière entre l’Afrique et l’Asie était très mince surtout au niveau du désert saharien et du désert arabique, où la Mer Rouge pouvait permettre aux populations, même sur des embarcations les plus rudimentaires, d’aller et venir à leur guise.

L’arrivée de ces populations (entre le VI ème et le V ème millénaire av.J.C. environ selon J. Bottéro) correspond à une période aride du Sahara qui a duré 500 ans environ suivant les régions.

Ainsi D. Valbelle (1990, p. 21) estime que la phase humide du Sahara entre le XIème et le IIIème millénaire av.J.C. a été interrompue par une phase aride entre 5500 et 4500 av.J.C.. Et C. Lalouette (1995, p.11) nous donne des précisions spécifiques à l’Egypte : au VIIème et au VIème millénaire, le climat était chaud et humide et les steppes giboyeuses alors que la vallée du Nil n’était qu’un immense marécage ; de 5500 à 3500, le dessèchement progressif transforme les steppes en désert et rend habitable la vallée du Nil.

Durant cette période aride, il est logique de supposer que les pasteurs sahariens, égyptiens et noirs africains avaient fui leur milieu originel et avaient émigré en Orient : après avoir traversé le désert arabique, ils ont atteint la Mésopotamie en longeant les côtes septentrionales orientales.

D’autre part, un dessèchement plus récent, celui du IIIème millénaire semble avoir été à l’origine de bouleversements du monde antique méditerranéen. Voyons le monde de cette période.

Le monde oriental de cette époque a subi des invasions massives venues de l’Ouest et on constate que ces invasions coïncident avec l’apport du bronze. La période du bronze étant interdépendante des migrations puisque ce sont ces migrations qui ont fait connaître cet alliage. La Mésopotamie est envahie par les nouveaux émigrants et n’a pas les moyens de lutter contre cette invasion alors que l’Egypte repousse deux fois ces envahisseurs. L’empire d’Akkad a duré de 2300 à 2160 ans. Cet empire regroupe l’Elam, la Syrie, l’Anatolie et la Mésopotamie. L’écriture cunéiforme sumérienne est utilisée par le clergé d’Akkad. La langue administrative de l’empire est l’akkadien.

L’identité de ces envahisseurs est peu connue. Toutefois deux suppositions sont émises :

Ce serait des Sémites occidentaux, des pasteurs chassés par la désertification de leur milieu naturel, la péninsule arabe. Ils envahissent la Syrie, la Mésopotamie.

Ce sont des hommes de la steppe et de la forêt, venus du Nord, au parler indo-européen, qui ravagent les Balkans à la fin du III ème millénaire, édifient des tumulus, et ses techniques (céramique à cordelette imprimée, haches d’armes) se répandent jusqu’au Rhin et au Danemark. Ceux-ci présentaient un lien avec les Grecs et les Hittites.Ces envahisseurs bouleversent surtout l’Europe et le monde égéen mais pas l’Orient déjà fortement peuplé et ils se contentent d’y mettre des chefs ( Encyclopédie Larousse 1980).

En 2200, il y eut un brusque essor de la civilisation crétoise et le bronze se répand. Dans l’Egée, l’évolution brusque de la céramique a fait croire à une invasion survenue vers 2000.

Ces migrations venues de l’Ouest à cette époque sont porteuses d’un élément civilisateur inconnu jusque-là : le bronze. Ils le répandent en Europe dont les premiers foyers se trouvent au Caucase, en Crête et en Orient. Les quelques civilisations en Orient sont dirigées par des Sémites occidentaux. et l’essor de la civilisation crétoise est lié à ce métal. Ces migrations ne semblent donc pas avoir été néfastes. Leur lieu d’origine est plus qu’incertain. Si l’Egypte les a repoussées, l’Orient et l’Europe ont été dévastés, d’où peuvent-ils bien venir?

Autre point, l’araire la plus rudimentaire et la plus archaïque a été trouvée en Afrique du Nord (G. Camps, 1989).

Les originaires de la steppe sont reconnaissables à leurs haches en pierre, lesquelles haches pullulent au Sahara durant le Néolithique. L’allusion à la céramique en forme de cordelette est encore plus significative car il existe au Sahara, la céramique dite de « Hohu » décorée de telle manière qu’on a l’impression qu’elle a été poussée dans une vannerie (G. Camps, 1974). En outre, la période de la fin du IV ème millénaire a été particulièrement sèche en Afrique et a poussé des groupes très nombreux de Sahariens à fuir leur milieu naturel et à rechercher des lieux plus cléments.

Ces groupes ont dû obligatoirement laisser sur leur passage des traces de leur civilisation saharienne. Si on se réfère à la chronologie des gravures rupestres, entre 3000 et 2000, on doit trouver des peintures ou sculptures de la fin de la période bovidienne mais surtout des chars, des chariots ainsi que le métal qui a permis de les fabriquer : le bronze. Ces chars peuvent être plus ou moins schématisés suivant la période de leur passage et la nature de la peinture elle-même (naturaliste, semi- schématique, schématique, linéaire...) peut aider à déterminer approximativement la date de leur arrivée en ces lieux.

Ces sémites occidentaux viennent donc probablement d’Afrique, ce qui pourrait expliquer l’emploi d’un terme berbère pour désigner le chef, mais pourquoi ce dernier se ferait-il appeler mulet ?

Les Contes et légendes de Babylonie et de Perse ( P. Grimal, 1962, p.232 à 251) nous montrent la redondance du mulet dans les récits. Le plus éloquent de ces récits et la réponse à mon interrogation me semble être dans « Histoire de Crésus ».

Crésus, roi de Lidye, voulant agrandir son empire et accroître ses richesses, consulta l’oracle de Delphes qui lui prédit que, s’il faisait la guerre aux Perses, il détruirait un grand empire : « lorsqu’un mulet sera roi des Mèdes, alors Lidyen, fuis le long du fleuve, dans les cailloux, n’attends pas et n’aie pas honte d’être lâche » (p. 239). Crésus estima qu’un mulet ne pouvait être roi des Mèdes :  l’oracle lui était donc de bon augure, il combattrait les Perses et il agrandirait son empire. Il réunit une armée et attaqua les Perses. Ces derniers gagnèrent la guerre, s’emparèrent du royaume de Crésus et de sa personne.

Quand Crésus (sur le point d’être brûlé) rapporta la prédiction à Cyrus, ce dernier lui déclara : « sans modestie, le mulet, c’est moi-même. Car ma mère, sache-le, était une Mède de race royale... mon père, lui, était Perse et de condition inférieure à ma mère. Ils se marièrent cependant et je suis né de cette union inégale. Tu vois bien qu’Apollon pouvait, à bon droit, m’appeler un mulet, puisque le mulet est fils d’un âne et d’une jument. La jument n’est-elle pas infiniment plus noble que l’âne ? »

Notons que cette guerre entre Crésus et Cyrus a réellement eu lieu au VI ème siècle av.J.C. et aboutit à la victoire de Cyrus. Le roi de Lidye, Crésus avait régné de 560 à 546 av.J.C. avant d’être vaincu par Cyrus en 547. (dictionnaire Larousse illustré, 1980)

Ainsi le mulet  apparaît comme une dénomination de tout individu né de l’union de deux personnes de milieu, de pays ou de classes sociales distincts. Est-ce la raison pour laquelle le roi d’Assyrie Assarhaddon  portait ce nom puisque sa mère est babylonienne et son père assyrien ? Est-ce aussi pour cela qu’il entreprit de restaurer Babylone que son propre père avait brûlé ? Tout porte à le croire.

Si comme je le suppose, Assarhaddon et Sargon ne sont qu’un seul et même dénominatif, les Akkadiens sont surtout des Nord-Africains et des Sahariens, qui quittent leur lieu d’origine, poussés par une certaine nécessité liée à la désertification brutale du Sahara d’une part et d’une démographie galopante nord-africaine dont les innombrables mégalithes (constructions funéraires)  constituent une preuve flagrante.

Cette invasion est d’ailleurs traduite par des invasions incessantes qui vont submerger l’Egypte durant tout le troisième millénaire av.J.C. et aboutir à une armée formée de plus en plus d’Africains envahisseurs, dès le milieu du troisième millénaire. Voyons plus en détail ces bouleversements du troisième millénaire avec un autre etnonyme apparu dans les annales égyptiennes, Aamou,  Tjéhémou.

Aamou  tjehemou, envahisseurs d’Égypte 

Durant l’Ancien Empire égyptien (de 2800 à 2300 av.J.C. environ), les affrontements font rage entre l’Afrique du Nord antique (appelée Libye) et l’Egypte : les Egyptiens doivent tantôt mater une rébellion dans le Sud où ils ont des intérêts économiques, tantôt repousser les Libyens. La campagne contre les Libyens du roi Snéfrou  (IVème dynastie, 2500 ans environ av.J.C.) lui aurait rapporté 11000 prisonniers Libyens et 13100 têtes de bétail et l’expédition menée en Nubie pour mater une révolte s’est soldée par 7000 prisonniers Nubiens et l’apport de 200 000 têtes de bétail (N. Grimal, 1992, p. 84). Ces chiffres montrent qu’il ne s’agissait pas de simples razzias mais d’un raz de marée humain tentant d’envahir l’Egypte par l’Ouest et par le Sud. Les prisonniers seront ensuite intégrés dans l’armée égyptienne, comme ils le seront durant toute la période pharaonique.

Les deux dynasties suivantes sont assez confuses et se soldent par la fin de l’Ancien Empire.

Les raisons de la fin de l’Ancien Empire sont multiples. Il semble que ce soit surtout une révolte des couches les plus déshéritées provoquée par une cause extérieure à l’Egypte qui ait conduit au « chaos ». Ce chaos reflète une situation économique désastreuse : période climatique particulièrement sèche à la fin du IIIème millénaire (Bell, 1971, 1-8), famine et troubles l’accompagnant. Il semble que ces troubles se soient limités à la vallée du Nil puisque Balaât, dans l’oasis de Dakhla et sa nécropole voisine, ne connaissent ni destruction, ni interruption à la fin de la VI ème dynastie. Cette violence a duré relativement longtemps, presque deux siècles (période appelée Première Période Intermédiaire : 2200- 2060).

« L’existence de chefs des « auxiliaires frontaliers libyens » dès la IIIème dynastie, montre l’ancienneté de la menace occidentale, confirmée sous le règne de Snéfrou, par la mention de prisonniers libyens. Le recensement de captifs et de troupeaux de même origine souligne le caractère endémique de ces conflits... ». Près des Oasis, un fonctionnaire avait les titres suivants « directeur du pays des bœufs », « administrateur de la fondation », « administrateur de la zone frontalière ». « Le cumul de ces responsabilités désigne les oasis comme les centres de contrôle frontaliers vers la Libye. Ainsi, lorsque le prince de Yam entre en guerre contre les Tjéméhou à la VI ème dynastie, Hirkouf, l’envoyé du pharaon est sur place et intervint immédiatement ». (D. Valbelle, 1990, p. 42).

« Les Tjéméhou » est une appellation se rapportant à une population vivant à l’ouest de l’Egypte.

Durant la V ème dynastie, Moret rapporte : «  Sous la V ème dynastie, les Libyens mettent le delta en péril, Sahourê les repoussa, prit un butin en Marmarique 123400 boeufs, 223000 ânes, moutons, chèvres... amenés par des chefs libyens tatoués, chargés de colliers multicolores, vêtus de laines bigarrées, sont énumérés sur les temples du Soleil. Les Libyens entrèrent au service du Pharaon comme mercenaires rétribués. » (A. Moret, 1930, tome 1 ; p. 205).

Aussi le pouvoir central pharaonique doit-il être constamment très fort ou tomber car les Sahariens, affrontant des conditions climatiques de plus en plus difficiles ne peuvent qu’être attirés par la verdoyante Vallée du Nil et tenter de la submerger entièrement. Ces invasions, repoussées par l’Egypte, qui a fini par être « subjuguée » vers 2200 mais a résisté durant tout l’Ancien Empire, ne sont probablement pas étrangères à celles qui ont envahi la Syrie, la Mésopotamie, la Palestine et aussi l’Europe. Voies de terre ou voies de mer, les Sahariens, en face d’un  milieu extrêmement rude, sont remontés vers le nord, massivement, et ont dû entraîner avec eux des populations septentrionales qui sortent de l’Afrique et tentent de trouver des milieux plus adaptés à la vie, ailleurs. D’où les migrations massives du sud vers le nord, constatées par les équipes de chercheurs scandinaves (Save-Soderbergh, 1980, tome 3, p. 798).

Il y a de très fortes probabilités pour que les « Sémites occidentaux » et les « hommes de la steppe et de la forêt » qui s’infiltrent constamment partout               et submergent tout soient des Africains, viennent du Sahara et entraînant avec eux les habitants du désert arabique.

Le Sahara couvrant une superficie de sept milliards de kilomètres carrées, était surpeuplé au néolithique. Le désert arabique ne couvrant qu’une superficie de deux milliards de kilomètres carrés, était loin d’avoir la densité de population du Sahara, ce qui n’empêche pas les « Sémites occidentaux » de la péninsule arabe, poussés par la désertification, d’émigrer également, poussés par les Sahariens.

L’arrivée du bronze qui fait son apparition avec l’afflux des migrations, montre là aussi qu’il s’agit d’une même population, porteuse de la découverte de ce métal, qui envahit aussi bien le Moyen et le Proche Orient que l’Europe. «Sémitiques occidentaux et peuples de la steppe et de la forêt » ne sont probablement qu’un seul et même peuple. Le parler dit « indo-européen » des peuples de la steppe et de la forêt n’est probablement qu’un leurre. Il n’est en rien démontré.

En Egypte, quand en 2060, Le pharaon rétablira la monarchie à son profit, il pourchassera les envahisseurs surtout dans le désert libyque et leurs Oasis, en particulier dans l’oasis de Dakhla où ils s’étaient réfugiés. Les fauteurs de troubles durant presque deux siècles étaient l’œuvre de Libyens et non d’Orientaux. Libyens dont un certain nombre s’étaient partagés le titre pharaonique (ainsi que des Asiatiques selon D. Valbelle) durant la Première Période Intermédiaire.

Les écrits hiéroglyphiques fournissent d’autres renseignements précieux sur leurs voisins. Lisons la litanie d’Ouni, traduite des hiéroglyphes égyptiens par Roccati et qui donne des informations uniques sur les affrontements ayant conduit à la fin de l’Ancien Empire.

« Cette armée est revenue en paix après avoir rasé le pays des Habitants-du-sable ; Cette armée est revenue en paix après avoir renversé ses villes fortifiées ; cette armée est revenue en paix après avoir coupé ses figuiers et ses vignobles ; cette armée est revenue en paix après avoir tué des troupes nombreuses ; cette armée est revenue en paix après avoir ramené des troupes en grand nombre comme prisonniers... »(traduction A. Roccati, 1982, p. 1984, dans D. Valbelle p.49).

Valbelle écrit:  « On devine un Etat organisé et prospère, doté d’une population dense, répartie entre des villes fortifiées que défend une armée conséquente et une campagne verdoyante caractéristique des bords de la Méditerranée... Les Egyptologues n’ont pas manqué de faire des rapprochements entre ces différentes allusions et les établissements palestiniens de Jéricho, d’Aï et d’Arad (P. Piacentini, 1987). »

Et l’auteur de constater que la ville d’Arad fondée vers 3100 est désertée vers 2650 av.J.C., soit plusieurs siècles avant les campagnes d’Ouni (qui ont eu lieu à la fin de l’Ancien Empire).

Continuons à écouter la litanie d’Ouni : « Sa Majesté repoussa les Aamou qui habitent le sable, après que sa Majesté eut rassemblé une armée très nombreuse » et Valbelle d’expliquer : « Il fait clairement allusion à une tentative d’invasion ou, pour le moins, à une attaque suffisamment sérieuse pour que le roi ordonne une opération de conscription sans précédent à travers tout le pays, la Nubie et même la Libye. On est donc en droit de se demander si les Habitants du sable, poussés eux-mêmes par des envahisseurs amorrites ou pour d’autres motifs, n’auraient pas cherché à s’installer en Egypte avant de se résigner, après six défaites, à retourner à leurs champs et à leurs troupeaux. » (p. 50).

Si les « Habitants-du-sable » étaient des Orientaux, pourquoi le pharaon ordonnerait-il une opération de circonscription en Nubie et en Libye donc au sud et à l’ouest de l’Egypte c’est-à-dire toujours en territoire africain, et à travers tout le pays car l’Egypte, ayant une communauté originairement maghrébine et saharienne conséquente due aux invasions incessantes depuis le début du troisième millénaire, dont un  grand  nombre  affilié  dans le  corps des  armées, apporte très certainement une complicité aux invasions extérieures venant de l’ouest et du sud de l’Egypte.

« Sa Majesté m’envoya encore, pour la troisième fois, à Iam. C’est par la route de l’Oasis que je sortis du nome thinite, et je rencontrai le gouverneur de Iam en train de marcher vers le pays de Tjémeh vers l’ouest. Je montai derrière lui vers le pays de Tjémeh, et je le vainquis de façon qu’il pria tous les Dieux pour le Souverain... Je descendis en Imaaou (?), qui est au midi de Irtjet et au fond de Zatjou, et je trouvai le gouverneur de Irtjet,  Zatjou, et Ouaouat tous ensemble en une coalition... » (Litanie d’Ouni rapporté par Roccati, 1982, p. 205 selon N. Grimal 1992).

On constate que les termes de princes, gouverneurs, donnés par Ouni aux personnes rencontrées des diverses contrées, Irtjet, Iam, Zatjou... prouvent qu’il s’agissait de peuples organisés, hiérarchisés et que ces personnalités s’étaient donnés rendez-vous en vue de comploter contre Pharaon avec les Tjémeh. Ces personnalités, qui sont africaines, se rencontrent en territoire saharien et participent, au même titre que les personnalités orientales, aux activités guerrières de l’époque, et pour cela communiquent, lient des alliances ou déclarent la guerre. Le monde de l’antiquité africaine est donc un monde qui participe grandement aux grandes péripéties de l’Histoire du moment, au même titre que l’Egypte ou l’Orient, sinon davantage.

On peut retenir de ces dires que Ouni désigne clairement le pays des Tjémeh situé à l’ouest d’Egypte et que Imaou se trouve au sud de Tjémeh c’est-à-dire qu’il est toujours sur le continent africain et que c’est là que se crée une coalition contre Pharaon, ce qui corrobore la démarche précédente de Pharaon.

Quant à la victoire supposée d’Ouni, nous savons que les Egyptiens rapportent les victoires et nient les défaites, le tracé des hiéroglyphes ne devant rapporter que ce qui est positif de peur que les écrits « négatifs » ne se transforment en malédictions au niveau des tracés eux-mêmes et ne subjuguent le pays. D’autre part, nous savons que la fin de l’Ancien Empire a été provoqué par des invasions incessantes venues de l’Ouest (et non de l’Est) et ce, depuis la période de Sahourê.

Quel est alors l’identité des Aamou, des « Habitants-du-sable », contre qui Pharaon doit mener des expéditions nombreuses ?. D. Valbelle suggère que ce sont les Amorrites qui poussent « les Habitants-du-sable » à tenter de pénétrer en Egypte.  Qui sont les Amorrites?

« Les Amorrites ou Amorrhéens: peuple sémitique installé au nord de la Syrie dans l’oasis de Palmyre (III ème millénaire). Au XV ème-XVI ème siècle, on trouve les Amorrites au Nord du Pays de Canaan, où ils entrèrent en contact avec les Hébreux. » (définition du dictionnaire Larousse, 1982).

Si les Amorrites, à la fin du III ème millénaire sont eux-mêmes submergés par les migrations massives de sémites occidentaux qui détruisent sur leur passage toute forme de civilisation, il paraît difficile de leur attribuer une quelconque responsabilité dans les agressions que subit l’Egypte. Et les agresseurs de l’Egypte sont probablement les mêmes que ceux de la Syrie elle-même et de la Mésopotamie.

Ajoutons qu’à la période de Ouni, les « Amorrites » n’existaient pas encore. Par contre, les habitants de Imaou, lieu africain situé au sud de Tjémeh pouvaient à juste titre porter le nom de Aamou.

Les Habitants-du-sable est un terme qui, logiquement, désignent une population « habitant une zone sableuse ».

L’Egypte est encadrée par le désert asiatique à l’est mais aussi par le désert saharien à l’ouest. Deux possibilités s’offrent donc à nous. Les Egyptologues n’ont pensé qu’à la zone orientale. La description des splendeurs décrites ne pouvant correspondre qu’à un monde connu comme civilisé.

Pourtant le terme même de Aamou renvoie à un ethnonyme actuel berbère : les Hamou  sont très nombreux en Kabylie. La désignation les Aamou du sable semble se rapporter à des ethnies vivant à l’ouest de l’Egypte et non pas à l’est.

L’emploi de Tjéhemou paraît être l’ethnonyme Hamou précédé de la particule ut, us, et parfois tu su des inscriptions libyco-berbères connues où ut est placé en haut de la stèle et désigne la filiation de l’individu, la famille étendue à laquelle il appartient (de...).

Tjéhémou suggère donc  une désignation actuelle aît Hamou remontant à des millénaires en arrière. Car il faut donner à J  non la valeur /ž/ mais la valeur /j/.

Cette valeur /j/ de J se retrouve dans certains prénoms d’essence religieuse monothéiste comme Joseph (en français) et Youssef (en arabe), Jésus (en français) et Aïssa (en arabe)  (Bible, Ancien Testament et Coran).

Dans l’ethnonyme Tjéhémou, clairement désigné comme habitant nord-africain et agresseur de l’Egypte, nous retrouvons la dénomination Hamou précédé de la particule Tje que l’on retrouve dans les inscriptions libyco-berbères de  RIL (J.B. Chabot, 1940) dont l’une, datée, est du deuxième siècle av.J.C. alors que d’autres remontent à une antiquité très lointaine non encore clairement datée.

HYKSOS, envahisseurs d’Egypte et  KASSITES, envahisseurs d’Orient

Les migrations massives de la fin du III ème millénaire vont se continuer inlassablement durant tout le II ème millénaire. Certaines migrations sont sporadiques alors que d’autres sont de véritables raz-de-marée humains. Ce II ème millénaire est marqué particulièrement par les invasions du XVIII ème siècle, qui feront connaître au monde le char de guerre attelé à des chevaux et les invasions des Peuples de la Mer qui lui feront connaître le fer.  Celles du III ème millénaire lui avaient fait connaître le bronze. Il semble que ces migrations, malgré les destructions qu’elles provoquent sur leur passage apportent au monde ce qu’il ignore. Voyons les invasions du XVIII ème siècle.

En Crête, il y eut destruction (vers 1700) de la civilisation minoenne et naissance d’une autre civilisation dont les murs des habitations seront décorés de fresques murales. Troie VI, ville peuplée de marins et d’artisans, se couvre de forteresses qui témoignent d’une insécurité nouvelle (entre 1990 et 1300).

En Orient,  les Kassites s’installent en Mésopotamie et y introduisent le char de guerre attelé à des chevaux, le dernier roi de Babylone est détrôné par les Hittites et les pasteurs se répandent dans le pays.

En Egypte, les pasteurs « Hyksôs » s’emparent du pouvoir : c’est la Deuxième Période Intermédiaire.

On constate, outre l’insécurité et les destructions que ces migrations provoquent, l’installation de nouveaux peuples inconnus jusque-là : les Hourrites et les Kassites qui vont jouer un rôle dans l’expansion du cheval et du char de guerre en Orient.

L’Egypte n’est pas épargnée et il semble très peu probable que les Hyksos soient des Palestiniens. Il est tout de même étonnant que les civilisations de l’antiquité étant celle de l’Egypte et celle de l’Orient (qui ont des traditions écrites...) doivent l’apport du char de guerre et du cheval monté à des peuples inconnus sortis on ne sait d’où. Même si on parle « d’Aryens et d’Indo-européens », on ne voit vraisemblablement pas de quelle partie de l’Europe ces ethnies peuvent être originaires ni ce que ces termes désignent explicitement. Ces termes, très généraux, ne signifient pas grand-chose.

Voici les définitions de ces termes tirés de l’Encyclopédie Larousse. « Aryen: n.m., groupe indo-iranien de la famille indo-européenne. » Aryens ou Arya : nom qui semble avoir désigné dans l’Antiquité, les populations du bassin oriental de la Méditerranée qui envahirent le nord de l’Inde. Le terme est repris par le racisme hitlérien pour désigner les Européens d’origine germanique ».

Sans entrer dans les détails, on sait qu’au début du siècle, des chercheurs en linguistique comparative ont trouvé un certain nombre de similitudes entre les langues européennes et les textes védiques. De là à supposer que des Européens se sont installés en Inde, la marge est, en effet, assez fine. Aussi, dans ces textes historiques donnés par « Larousse », les termes indo-européen    et aryen signifie « Européens » ou de souche « européenne ». Ce qui est en totale contradiction avec les apports de l’archéologie. Comment des invasions peuvent-elles, du III ème au Ier millénaire venir d’Europe et envahir le Proche-Orient et l’Egypte ? On sait que la population européenne de l’époque avait une démographie peu importante et rien ne permet de supposer que les innovations apportées par les envahisseurs soient connues d’Europe puisqu’elles y apparaissent en même temps.

D’où viennent les migrations qui envahissent en même temps l’Europe du Sud (Egéens), l’Orient (Palestine, Syrie, Babylonie…) et l’Egypte ?

Dans quel cas peut-il y avoir migrations ?

Il faut savoir qu’il ne peut y avoir migration que lorsque des évènements inattendus, une force majeure quelconque forcent les habitants à quitter les lieux où ils ont toujours vécu.

L’un des mécanismes de la migration est la densité de population : des techniques avancées permettent un accroissement de la population. En Afrique du Nord et au Sahara, on ne sait pas quelles sont exactement les techniques qui ont permis cette densité de population mais les faits sont là pour affirmer qu’au Maghreb, une même culture et une surpopulation a débouché sur l’expansion des Néolithiques vers le Sahara mais celle-ci n’a-t-elle eu lieu que vers le Sud ?

Durant tout le néolithique, la promiscuité des nécropoles et de tous les mégalithes y compris les grottes artificielles ou naturelles ont montré qu’une population très dense occupait tous les lieux. Leur arrivée au Sahara dès le VI ème millénaire et au III ème s’explique par cette densité mais aussi par l’arrivée de Sahariens venus se réfugier vers le Nord pour fuir la désertification.

Quant au Sahariens, il n’est pas permis de douter que la désertification est la cause principale des mouvements de population qui ont eu lieu durant tout le Néolithique et qui vont s'accentuer pendant les dernières étapes de la désertification du IV ème au Ier  millénaire av.J.C. Cette désertification et cette densité va provoquer des raz de marée humains sortis d'Afrique vers toutes les zones habitables. L’Egypte mentionne ces invasions pendant la période pharaonique mais il est assuré que ces invasions ne se sont pas limitées à l’Egypte seule et que celles-ci ont lieu tout aussi bien vers l’Orient que vers l’Europe.

L’Egypte ne mentionne d’ailleurs que ses victoires sur « les étrangers » et rarement ses défaites, comme si le seul fait de les rapporter pouvait nuire au bon fonctionnement des institutions égyptiennes : « l’écrit prend forme et devient réalité ».

Le deuxième mécanisme est la suprématie d’une élite. De nouveaux venus prennent le contrôle d’un système existant, c’est ce qui s’est passé vers 1700 en Egée, sur le rivage syro-palestinien, en Egypte et en Mésopotamie.

Ces nouveaux venus, Kassites ou Hyksôs dont la résonance /ks/ signifiant  « paître» en berbère semble justifié puisqu’ils sont appelés rois-pasteurs par l’ensemble des égyptologues et des sémitisants : pasteurs kassites et pasteurs hyksôs.

 Ces derniers apportent le char de guerre attelé à des chevaux. Personne, tant en Orient qu’en Egypte ne connaissait ces engins de guerre avant leur arrivée. Selon les chroniques égyptiennes de la fin du troisième millénaire et du début du deuxième, les Sahariens possèdent chars, chevaux et ustensiles en métal (M. Hachid, 1998, p.232). Cette présence est donc attestée avant le début de l’invasion hykôs en Egypte.       

A la XII ème dynastie égyptienne, le pouvoir central est affaibli mais les institutions restent stables et durant cette Deuxième Période Intermédiaire (1700-1560), une soixantaine de souverains, tant étrangers qu’Egyptiens, vont se succéder pendant cette période (D. Valbelle).

La présence des Hyksos est liée à un type de céramique très particulier : le site de Tell el Yahoudia est l’un des établissements hyksos  méridional d’Egypte.  « Ce site a donné son nom à une céramique originale que l’on trouve, selon les types et les époques, de Chypre à Kerma et de Théra à Ras Shamra... Le rayonnement qu’elle représente dépasse largement la frontière du petit royaume hyksos comme de l’Egypte contemporaine. » (D. Valbelle 1990, p.118).

Cette céramique (noire, lustrée, incrustée de particules blanches, rappelant les vases de métal) se retrouve en Palestine et Syrie du Nord à la même période qu’en Egypte, ce qui prouve que les invasions hyksôs d’Egypte sont les mêmes que les invasions kassites de Palestine et du reste du monde oriental. Ces pasteurs ne peuvent donc que venir d’ailleurs.

J.B. Moreau nous entretient lui aussi de céramique. Les migrations de la fin du III ème millénaire sont aussi liées à la présence d’une céramique particulière : « Au XIX ème siècle av. J.C., on trouve en Anatolie, une poterie dont les formes et décors, toujours géométriques et abstraits, s’identifient de façon frappante à la poterie berbère que l’on fabrique encore aujourd’hui en Petite Kabylie. L’Anatolie servait alors de trait d’union méditerranéen entre l’Occident et l’Orient. La poterie modelée du Maghreb peut remonter à l’âge de naissance de la céramique puisque son apparition a dû logiquement précéder le tour. De même les éléments symboliques des décors qui vont, comme aux Maatkas en Kabylie, jusqu’à former de véritables textes, ne peuvent qu’être antérieurs aux premières écritures archaïques, dont les caractères sont ces mêmes signes « dégénérés » en lettres... » (J.B. Moreau, 1976.).

Selon Hanotaux Gabriel (historien et homme politique cité par A. Moret, 1930), les Hyksos sont des Libyens installés à l’est du Delta qui se seraient introduit en Egypte. Les Hyksos (selon Bretak 1981 cité par D. Valbelle p. 150), disposaient de haches de combat, de poignards et de lances. Or ce sont les armes  dont disposaient les Sahariens à la période des chars, du cheval monté et des inscriptions libyco-berbères. Hasard ou G. Hanotaux aurait-il vu juste? Ajoutons que c’est durant la XII ème dynastie (peu avant l’arrivée des Hyksôs) que les annales égyptiennes mentionnent le char des Sahariens (Lhote 1982).

A cette époque, apparaît sur les monuments un nouveau type de Libyen aux yeux bleus et à teint clair. Dans les textes, ils portent le nom de Téméhou. Selon Moret (1925), ce seraient les Libou qui ont le teint clair. « Sur la rive gauche du Nil, de la Méditerranée à Assouan, sur les deux rives d’Assouan au Soudan et dans les oasis occidentales, habitent les Libou, qui sont nomades sur les plateaux désertiques et sédentaires dans les oasis et en Nubie. Leur race présente souvent des individus à peau claire, aux yeux bleus et à cheveux blonds... Plus loin que les Libou, on trouve les Tehenou, dans la région de la Marmarique et dans la région des Syrtes, sont les Mashaousha (les Maxyens des Grecs). »

 Les nouveaux venus en Orient, Hourrites, Kassites, Hittites semblent avoir eu  des liens très étroits avec les Libyens, les Nubiens et les Egéens. Car durant la deuxième Période Intermédiaire, tous ces peuples entretenaient d’excellentes relations avec les Hyksos. Aussi, la première réaction de l’Egypte, une fois sa souveraineté retrouvée a été de lever des expéditions contre les Nubiens, les Libyens et ces nouveaux venus... « Les princes de Kerma avaient bravé le pouvoir égyptien, s’étaient emparés de la Deuxième Cataracte et régnaient sur tout le territoire compris entre celle-ci et l’Egypte. Ils avaient menacé le dernier morceau encore libre à la fin de la Deuxième période Intermédiaire... Ahmosis et son armée ne se contentèrent pas de récupérer les territoires occupés et atteignirent même le pays désigné comme étranger par le signe des trois montages : Khent-he-nefer. Ce toponyme fréquent au Nouvel-Empire, s’applique à une vaste région allant probablement des environs de Semna à la quatrième Cataracte. C’est bien sûr le cœur du royaume de Kerma, l’allié puissant des princes Hyksos... Aménophis Ier  se rendit personnellement dans le pays de Kouch « pour étendre les frontières de l’Egypte » ainsi qu’en Libye. » (D. Valbelle, 1990, p. 128-129).

Si les représailles de l’Egypte sont dirigées exclusivement contre la Libye antique  et contre Kouch,  Kerma, au sud de l’Egypte, il est tout à fait invraisemblable de penser que les Hyksôs soient originaires d’Orient. De même que les Kassites, ils sont des envahisseurs nord-africains et sahariens qui apportent au monde oriental et égyptien des innovations qu’ils ne connaissaient pas : le char de guerre attelé à des chevaux et peut-être aussi l’écriture alphabétique.

Ainsi il apparaît que les ethnonymes Sargon qui a fondé un empire en Mésopotamie et dont le nom mulet, pourrait être celui qui a réuni les deux peuples, le sumérien et l’akkadien ainsi que d’autres. Les Aamou et les Tjéhémou que tente de repousser l’Egypte pharaonique à la même période (vers 2500-2300 avJ.C.) qui envahissent massivement l’Egypte et entraînent la chute du pouvoir pharaonique vers 2200 sont les mêmes ethnonymes encore usités de nos jours en Kabylie. Et plus récemment, c’est sous un nom commun, les rois-pasteurs clairement significatif en berbère (ks) « paître », appelé les pasteurs par les auteurs grecs qui nommaient d’ailleurs toute la contrée maghrébine le pays des éleveurs, que sont désignés les envahisseurs hyksôs en Egypte (les Egyptiens appelaient le Sahara :  le pays des boeufs) et les envahisseurs Kassites en Mésopotamie.  

La relation entre ces envahisseurs, hautement civilisés -puisqu’ils apportent à l’Egypte et à l’Orient des innovations comme le char de guerre- et l’Afrique du Nord et le Sahara est plus que probante, La désertification et la surpopulation n’offrant pas d’autres choix que d’aller vivre sous des cieux plus cléments.

Références bibliographiques

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