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Centre de Recherche en Anthropologie Sociale et Culturelle

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PNR du CRASC, 2005, p. 117-157 | Texte intégral


 

 

Farid BENRAMDANE

 

 

Avec la période arabe, on assiste en Afrique du nord à un bouleversement historique et, par voie de conséquence, à une profonde transformation des usages onomastiques locaux. Tihart / Tahert, telle que le mentionnent les auteurs du Haut Moyen Age, apparaît, dès lors, comme un lieu privilégié à étudier, étant donné que les premiers musulmans jetèrent leur dévolu sur cette région et implantèrent en 761 (144 de l’Hégire) le premier royaume musulman au Maghreb central.

La disposition géographique de ce choix jugée curieuse par nombre d’historiens et géographes est expliquée par Gautier (1952: 308) comme suit: « Au premier abord, à ne considérer que les coordonnées géographiques, un royaume qui s’établit de Djebel  Nefousa à Tiaret, paraît découpé de façon absurde. Les contours dessinent pourtant une des zones les plus pauvres, où se sont installés des « Botr » ayant leurs attaches principales au sud de la Tunisie et en Tripolitaine ».

Le peu de renseignements que possèdent les historiens, d’après Abdallah Laroui (1975: 102-105), indiquent que la ville de Tahart représentait « l’idéal politico-religieux des Kharidjites modérés ». Peuplée de Berbères Kharidjites quand Ibn Rostoum fonda sa capitale, Tahert fut florissante par ses produits agricoles, son commerce avec l’Afrique et ses constructions, nous dit El Muqaddasi. Tahert aussi fut renommée par son goût du savoir, sa passion des problèmes théologiques et son degré de tolérance vis-à-vis des autres communautés religieuses et ethniques installée sur son propre territoire (Dhina, 1986: 173). Mais l’influence majeure, insiste Abdallah Laroui, « fut purement idéologique »: Egyptiens, Persans, Irakiens, Soudanais, Chrétiens, Juifs…venaient à Tahert pour la notoriété intellectuelle de la cité et la sagesse de ses Imams.

En 909 (296 de l’Hégire), la ville fut détruite et ses habitants massacrés par les Fatimides. Ceux qui échappèrent au massacre s’enfuirent vers le sud et fondèrent Sedrata ou isedraten: « La glorieuse ».

Le mouvement d’islamisation et le procès d’arabisation qui en découlait a été plus rapide dans les plaines que dans les montagnes (Chaker, 1990: 11). Il l’a été aussi, nous l’avons écrit ailleurs[1], dans les Hauts Plateaux et sur les voies de communication Tell/Sahara.

C’est dire qu’à la suite de cette conquête et de son emprise linguistique, un grand nombre de noms de lieux ne conservent plus leur appellation primitive. Un procès de substitution se met en place dans la nomenclature toponymique de la région.

Dans un espace où des langues sont en contact permanent, les noms des lieux « pénètrent rarement tels quels dans la nouvelle langue. Si leur sens est ou paraît apparent, ils sont généralement traduits: substitution de formes, si l’on veut, mais en réalité assimilation sémantique », souligne si pertinemment Albert Dauzat (1942: 72).

Dans le contexte maghrébin, il se peut même que certains toponymes arabes ne soient que « la traduction d’un primitif berbère », observe Pellegrin (1949: 146)  à la suite de son étude sur la toponymie algérienne et tunisienne. Il relève, à cet égard, le nombre important de noms de lieux de souche arabe qui «paraissent dans certains cas avoir recouvert les apports linguistiques successifs qui précèdent la conquête arabe ».

Ceci explique, comme nous le verrons, le nombre très restreint de mots simples et de dérivés dans la formation arabe. Le contingent prédominant est celui des composants à deux, trois et même, dans certains cas, quatre éléments, dont l’un d’entre eux est un macrotoponyme = djebel (jbel): « montagne, chaîne de montagnes », aïn ('ayn): "source, fontaine", oued (wed), employé couramment avec le sens de cours d’eau permanent ou temporaire, koudia (kudya): « colline, mamelon isolé » etc.  Tous ces noms génériques sont suivis, de manière générale, d’un déterminatif berbère ou arabe.

La nomenclature à partir du VIIIe siècle résulte de la copénétration de deux systèmes toponymiques, berbère et arabe. Nous nous interrogerons sur le contact des deux systèmes linguistique et leur cristallisation dans la dénomination des lieux, du processus de substitution et d’hybridation qu’ils ont développé. Aussi, observera-t-on avec intérêt si la pratique onomastique permet de voir s’il y a eu rupture ou seulement une continuité dans le changement dans les usages toponymiques?

La période médiévale

Le marché de la ville était dominé par un « château qui se nomme Mahasouma » (ma'sûma). Tahert dont il est question dans les ouvrages des auteurs arabes est en fait Tagdempt (tagdemt), située à quelques kilomètres de l’actuel Tiaret. Tagdemt est une berbérisation du terme arabe « qadîma » qui veut dire  « ancienne » (Abou Zakkariya: 54).

El Muqaddasi (22-23) cite des noms de  rues et d’artères connues dans la cité de Tahert: Darb el Basâtîn: « Chemin des jardins », Darb Harat al Faqîr: « Chemin du quartier du pauvre », Darb al Ma’çuma  (ma'sûma), qui, littéralement, veut dire « Chemin de l’inviolable ». El Bekri complètera le sens de cette appelation: il s’agit d’une « citadelle qui domine le marché de la ville ». Darb el Majjâna: Lewicki (1973: 39) voit dans Majjâna une berbérisation du latin « Médianae » c’est-à-dire « Medianus, a, um, du milieu » (Dictionnaire Gaffiot, Latin-français): « Chemin du milieu ».

Une partie de Tahert, entre le VIIIe et le IXe siècle, selon toujours El Muqaddasi s’appelait « Tahert as-Soufla » qui signifie « Tahert la Basse ».Les dernières appellations citées sont de souche libyco-berbère: Yellel, Djebel Tûjan et Fekkan. El Bekri (p.139) cite des noms de lieux à consonnance persane Barcadjena, Bardjelus (?). Tahert, en ces temps, était appelée la « Balkh du Maghreb », ville de Perse « décrite par les géographes arabes du Ve siècle comme la mère des cités » (Dangel, 1986: 38). Dans la partie haute de la ville, Ibn Saghîr (p: 98) dans ses chroniques, cite le quartier nommé al Kanîsa, c’est-à-dire « L’Eglise », lieu d’habitation des minorités juives et chrétiennes.

Enfin, l’appellation al-Ma’sûma revient sous la forme d’une dénomination de la grande bibliothèque de Tahert, incendiée par les Fatimides.

L’unique appellation en usage actuellement dans la parler de Tiaret est al M’asûma, cristallisée sous la forme d’un ethnique: M’asem, tribu implantée sur les limites territoriales de Tiaret et de Ammi Moussa, important chef lieu de daïra de la Wilaya de Relizane.

L’extinction de ces toponymes peut être expliquée par la disparition de Tahert, suite aux destructions et aux persécutions des soldats fatimides et sa reconstruction sur son site premier, c’est-à-dire l’actuel Tiaret (ou Tingartia la romaine).

Les débuts de la toponymie musulmane

Le type de substitution le plus efficace à observer est celui du culte des saints remplaçant les appellations originaires. Nous avons eu, dans d’autres occasions, tenter de faire une description des vocables de souche berbère se référant au culte païen et chrétien dans la nomenclature actuelle de la région de Tiaret (Benramdane, 1995: 2000). C’est dire, en même temps, que le procès d’hybridation de loin le plus fréquent est celui du système de la composition: tous les noms à caractère religieux et mystique sont affublés d’un déterminant à valeur macro toponymique: « Sidi », forme dérivée de l’arabe classique « سيدي » qui veut dire « Sieur, Monseigneur, Monsieur », mais surtout a une qualification de valeur morale, de respect pour les ancêtres, les marabouts, les tolbas. « Si » est une forme peu usitée en toponymie, c’est une troncation de « Sidi », avec plus ou moins de qualification que le premier épithète.

Sur les 460 vocables à valeur religieuse et mystique recensés, 306 sont composés avec l’élément « Sidi ».

Nombre de toponymie à valeur religieuse et mystique

Nombre de toponymes formés avec « sidi »

 

Pourcentage

 

460

 

306

 

66,95 %

 

La densité de ces toponymes et de toutes les autres catégories toponymiques à valeur religieuse et mystique: Lalla, Cheikh, Mqam, Redjem, Kouba, etc. coïncide avec les régions où les premiers musulmans se sont installés au VIIIe siècle, c’est-à-dire sur le territoire des grandes tribus berbères de la période médiévale, et actuelle.

Soumises à une étude minutieuse, les zones géographiques de Tiaret, Frenda, Mellakou, Sidi Hosni coïncidant avec le territoire au VIII siècle des Haouara, Louata, Lemaïa, Meknasa, Zenata, Beni Louma… ont permis de faire un relevé de 310 hagionymes. Ce qui représente un pourcentage de 66, 95 % de l’ensemble du corpus ayant trait aux noms de lieux à valeur religieuse et mystique.

De manière globale, ces quatre zones contiennent 310 hagionymes sur les 1510 toponymes recueillis sur cette aire, représentant un pourcentage de 20, 52% de la nomenclature actuelle.

Les composés avec « Sidi » sont dépassés en nombre, uniquement, par un seul toponyme, à valeur hydronymique: « Ain » dans les zones précitées[2].

Les toponymes à connotation mystique et religieuse sont des désignations honorifiques et, comme telles, perçus comme des témoignages ethnographiques d’un culte adressé uniquement aux morts: « Les Berbères ne manquaient pas de vénérer les personnes particulièrement privilégiées par la puissance ou par le Sacré qui s’y concentre. Le maraboutisme et sa large diffusion dans les pays du Maghreb s’expliqueraient comme une survivance de l’anthropolâtrie libyque » (Decret et Fantar, 1981: 257).

Continuité totale des pratiques primitives mais également assimilation des apports étrangers, musulmans et arabes notamment, le système onomastique avec toutes ses catégories (ethnonymie, anthroponymie, hagionymie, toponymie...) est intimement lié au système social, lequel observe si bien Bourdieu, « est conçu selon le modèle de la généalogie qui, au moins idéalement, permet aux groupes ramifiés et dispersés de se découvrir des ancêtres communs.(…) La logique onomastique n’est autre chose que la

structure sociale projetée dans le passé et par là rationalisés et légitimée »  (Bourdieu, 1974: 87).

C’est pourquoi il nous semble intéressant de considérer, en premier lieu, l’originalité que toponymie, ethnonymie et anthroponymie connaissaient sur ce territoire. A cet égard, nous rappellerons les vocables dont la base est « Sidi » ou « Lalla » et dont l’ethnique est ou dérive d’un ancêtre éponyme berbère ou arabe: Sidi Mohamed Guezoul  (Mechraa Sfa, 215), Sidi Mrhila (à lire Mghila) (Sid Hosni, 1987), Sidi Abdelkader Médrissa (Tiaret, 216), Lalla Akerma  (Ain Kermes, 307), etc.

Chronologiquement, on pourrait distinguer trois phases:

  • Les noms de lieux à valeur religieuse, mystique et ethnique de souche berbère sont affublés de « Sidi »;
  • La deuxième articulation de ce procès consiste en une substitution non pas du déterminant qui a valeur d’épithète mais du second composant, généralement de valeur ethnonymique ou anthroponymique. C’est le cas de « Lalla » formation typiquement berbère. L’exemple le plus représentatif est « Lalla ‘Akerma » (Ain Kermes, 307); Akerma ('akerma) est un nom de tribu de souche arabe, installée sur le territoire de Tahert au midi du Sersou, selon Ibn Khaldoun (T. I: 97), dans la période médiévale.
  • En dernier lieu, la région a connu une extension de cette catégorie toponymique avec des vocables de langue arabe aux traitements dialectologiques différents d’un lieu à l’autre. « Sidi » ou sa contraction en « Si » précèdent les noms propres de personnes sur tout le territoire de la région.

Cependant, une des rencontres linguistiques les plus curieuses est la formation de composés hybrides, défiant les lois et les catégories logiques de la syntaxe et de la sémantique: Sidi Lalla (Sersou, 189), Sidi Hannane (Mellakou, 246) de l’arabe classique « El Hannane » qui signifie « la tendresse »;  cette épithète est attribuée uniquement aux femmes sous forme d’anthroponyme. Dans chacun de ces composés, un élément appartient à une catégorie différente (masculin / féminin) dans deux langues différentes, sans pour autant oublier de relativiser l’élément « Sidi », étant donné qu’il est une adaptation morphologique de l’arabe algérien. Une telle cristallisation « incorrecte » et sa forte résistance au temps peut être, nous semble- t- il, partiellement expliqué par le fait que ce vocable a perdu son sémantisme au cour de son parcours. Mais cela n’explique pas sa résistance dans la mesure où, compte tenu du degré d’arabisation de la population, le sens de ces vocables n’échappe à personne.  Ce qui n’est pas le cas, par contre, pour les hagionymes suivants: Sidi Boutouchent, (Teniet El Had, 134), Sidi Mohamed Tassaroult (Sidi Hosni, 184) (à lire: Tassaghoult) de formation berbère.

Peut-être, envisagerons-nous qu’au-delà de l’assimilation sémantique, de l’adaptation morphologique, l’introduction d’un autre pôle d’attraction dans la copénétration des systèmes toponymiques, berbère et arabe;  une sorte de translation symbolique, surdéterminée par l’ascendant qu’a le « nom » dans certaines manifestations verbales, ayant un rapport généralement lié au sacré dans notre société. Pour Bourdieu (1974: 76-77), il s’agit d’un capital initial qui « n’est autre apparemment que le nom et l’ascendant qu’il confère au groupe qui le porte. (…) Or, un lien magique unit le nom à la chose nommée: emprunter le nom, c’est participer aux vertus de son détenteur, et en particulier, à cette « barakah » force vitale, puissance mystérieuse et bienfaisante… »

Toponymie et culte des saints

L’usage de la pratique  onomastique qui consiste à désigner un lieu par le nom d’un saint à partir du VIIIe siècle, avènement de l’Islam, mérite un traitement différent.

Le triomphe de l’Islam, à l’origine d’un processus de créativité toponymique, a certes absorbé les pratiques religieuses et mystiques les plus typiques des populations autochtones berbères mais il a, en outre, fourni et cela transparaît nettement dans  l’hagionymie, un stock impressionnant d’anthroponymes dont la majorité est empreinte de religiosité musulmane. La nomenclature actuelle montre l’importance particulière donnée aux noms divins en Islam: « Un trait assurément caractéristique de la région islamique est la place éminente qu’y tiennent les noms divins;  des noms qui sont, en fait, des qualificatifs (Sifat), décrivant Dieu sous ses multiples aspects: « Le Très-Puissant », « le Bien-informé », « le Créateur », « le Donateur », « le Juste », « le Bienfaisant », « le Très- Indulgent », etc. (Gimaret, 1988: 6).

Parmi le nombre considérable de noms de lieux formés à l’aide de « Sidi », il faut faire une large part à ceux dont le culte est plus répandu que d’autres.  « Sidi Abdelkader »  a été recensé 45 fois dans les zones actuelles de:

Mellakou (246)

15 emplois

Frenda   (277)

15 emplois

Tiaret          (216)

09 emplois

Sidi Hosni  (187)

06 emplois

Ces zones coïncident, rappelons-le, avec le territoire des tribus berbères: Haouara, Matmata, Méghila, Meknasa, Beni Louma, Flita, etc.

‘Abd El Qâdir  est un attribut de Dieu - al qâdir - qui  signifie « Le Tout puissant ».

L’intérêt également de ce nom propre est son ancrage dans la société maghrébine:  « …l’emploi si répandu, précise Gimaret, depuis les premiers temps de l’Islam, et bien vivant encore aujourd’hui (notamment en Egypte et en Afrique du Nord), des noms de personnes en ‘Abd suivi d’un des noms divins (‘Abd Latif, ‘Abd al-Ali, ‘Abd as-Salam, ‘Abd al-Magid, etc.), une autre façon encore de rappeler au fidèle les qualificatifs vénérés ? » (Gimaret: 07).

Faut-il aussi ajouter que ‘Abd el Qâdir a eu un traitement différent en onomastique, au Maghreb précisément: « …bien des noms d’hommes, issus de ces épithètes ont fini par perdre le préfixe, le second composant devenant alors un nom simple. Exemple, à partir de ‘Abd el Kader, « adorateur du Tout-Puissant », l’usage a fait « Kader » [3] (Cheriguen, 1993: 65). Nous pourrons citer d’autres usages de cet épithète dans la région de Tiaret: Qada, Qadour Qadouri, Qaddari, Qaddaria, Benqada, Beqadur, Qwider, Qwidri, ‘Abd Daqqa, Biqa...[4]

Les composes avec « sidi »

La multitude de ces sanctuaires sur quelques dizaines de kilomètres carrés à la gloire d’un même mystique Sidi ‘Abd el Qâdir Djilani, mort enterré ailleurs[5] (Glasse, 1 991), est une perception et conception populaire typique de l’Islam populaire maghrébin, qui n’est pas sans rappeler l’anthropolâtrie libyque. Cette pratique mystique est fondée certes sur le culte de l’Absent mais montre en même temps l’ascendant du nom, la motivation du signifiant, allant jusqu’à se substituer au référent. Ce système de représentation fondée sur la symbolique du nom peut expliquer la multitude de ces sanctuaires: chaque tribu ou fraction de tribu peut aisément avoir son « Sidi ‘Abd el Qâdir », lequel, sans aucun doute, contribue à renforcer la cohésion sociale du groupe, tel que l’a énoncé Bourdieu.

La référence à Sidi ‘Abd el Qâder est cristallisée sous d’autres formes: maintien du nom propre avec effacement de « Sidi » remplacé par un dérivé
d’un attribut de Dieu « Moulay » de « al wali »,  « l’ami de Dieu »[6], Moulay ‘Abd el Qâder a été  relevé à sept reprises:

Ain Hadid   (276)

 02

Sidi Hosni   (187)

 02

Frenda         (277)

 01

Mellakou    (246)

 01

Sersou         (169)

 01

 

La forme Sidi Moulay ‘Abd el Qâder a été notée à deux reprises (Frenda, 277), (Ain Hadid, 276), et affublée d’un autre attribut de Dieu dans Sidi Abd el Djebbar (Frenda, 277), c’est - à - dire « Monseigneur le serviteur de Dieu le gigantesque ».

L’emploi, enfin, de Sidi est recensé en composition avec des noms propres de personnes divers: 263 toponymes.

Installés généralement aux environs de la demeure du saint de son vivant, ses descendants lui vouent un culte qui est partagé par d’autres personnes. Tous se placent sous sa bénédiction qu’ils doivent célébrer de manière régulière: Sidi Sahraoui (Tiaret, 216), Sidi Amar (Frenda, 277), Sidi el Hadj Abd el Kader, Sidi Djillali (Mellakou, 246), Sidi Bouazza, Sidi Larbi (Tiaret, 216), Sidi Rhalem   (à lire: Ghalem) (Sersou, 189), Sidi Brahim (Ain Hadid, 276), Sidi Lakhdar (Ain Kermes, 307), Sidi Abderrahman, Sidi Messaoud (Sidi Hosni, 187)…

En composition avec des vocables à valeur topographique, Sidi est recensé dans Koudiat Sidi Akerma (Frenda, 277) qui veut dire « Monticule de Sidi Akerma », Koudiat Sidi Ben Ali, Koudiat Sidi Abderrahman (Ain Kermes, 307);  Djebel Sidi Marouf (Mellakou, 246): « Montagne de Sidi Ma’rouf », Kef Ouled Sidi Daham (Mellakou, 246) qui veut dire « pic des fils de Sidi Daham », Rokbet Sidi Adda, Rokbet Sidi Djillali (Rahouia, 186), Rokba, pl. regab est un « mamelon, forte ondulation dans les sables » (Parmentier, 1890: 98): « Mamelon de Sidi ‘Adda ".

En association avec une base hydronymique, l’on relèvera Aïn Sidi Ben Athmane (Frenda, 277), Aïn Sidi Ahmed ben Taïeb, Aïn Sidi Mohamed ben Khalifa, Aïn Abd el Hadj (Mellakou, 246), Aïn Sidi Mohamed (Tiaret, 216).

Enfin, associé à des noms relatifs au règne animal et végétal, survivance ? sans aucun doute, de croyances libyques, Sidi Doubba (Aïn Hadid, 276), de « doub » en arabe classique « l’ours », Sidi Seba (Teniet el Had, 134), de « seba’ »qui veut dire en arabe « lion », Sidi bou Taga (Sidi Hosni) qui litt. veut dire « seigneur de l’arbre de Cade ».

Certains arbres jusqu’à présent continuent à faire l’objet d’un culte.

Les hagionymes continuent à donner leur nom à de nouvelles cités promues au rang de communes: les plus récentes, datant de quelques années dans la Wilaya de Tiaret, sont Sidi M’hamed Benyagoub, Sidi Abdelghani, Sidi Abderrahman, nous leur adjoindrons d’autres, relativement plus anciennes: Sidi Hosni, Sidi Bakhti.

L’hagionymie, nous le voyons, a cristallisé, sédimenté fidèlement cette accumulation religieuse en véhiculant avec elle les cultes et les croyances mystiques les plus lointaines de la région.Tadeusz Lewicki (1973: 34) avait relevé des renseignements founis par les auteurs arabes du Moyen Age (Ibn Khaldoun, El Bekri, El Yagoubi, El Idrissi, El Muqaddasi etc.) sur les pratiques religieuses et divinatoires chez les Berbères moyenâgeux de l’ère musulmane jusqu’au XV° siècle: « …culte de rochers, de pierre et de l’eau, la foi en des génies tutélaires et en d’autres êtres mythiques, démoniaques, le culte d’empreinte des pieds et des traces de sang et enfin les prohibitions et recommandations magiques ».

D’autres noms de lieux ayant trait au culte fournissent une part importante à la microtoponymie. Rarement rencontrés seuls, ils se trouvent dans les noms composés, dans une position variable, soit comme déterminant, soit comme déterminatif, soit en position médiane.

Les composes avec « redjem »  

Recensé en deuxième position après Sidi, Redjem (rjem/ rdjem) a été employé 31 fois. Désignation non pas religieuse mais symbolique, « Redjem » sert à désigner un amas de pierres, de forme pyramidale. Utilisé pour indiquer un rendez-vous ou servir de repère, « il n’a en réalité d’autres significations que celle qu’entend lui donner son ou des auteurs » (Dangles, 1908: 166). Pour Parmentier, par contre, le « redjem » est une « commémoration d’un meurtre ou d’un évènement important ». En réalité, « redjem » est un mot dérivé du verbe arabe « rajama » رجم, qui veut dire « jeter des pierres, former un tas de pierres ». L’idée de meurtre n’est pas inexacte mais elle est de nature différente. Le meurtre  est  symbolique  car  « redjem »  fait  allusion  au thème verbal رجم الشيطان rituel qu’accomplissent les pèlerins musulmans à la Mecque  et qui consiste à jeter sept petites pierres ou objets sur un espace bien délimité, pour se prémunir définitivement des actions maléfiques du Diable [7].

Ce toponyme est employé à l’état isolé avec des variations dialectologiques et orthographiques d’un lieu à l’autre: Redjem (Aïn Hadid, 276), Ardjem (Bordj Bounâama, 132) Lardjem, chef lieu de daïra (Bordj Bounâama, 132), en composition avec des hydronymes: Oued Ardjem, Oued Lardjem (Bordj Bounâama, 132), Aïn Mia Redjem (Rahouïa, 186) qui veut dire « La source aux cent rdjem ». Employé comme repère à caractère purement topographique, Redjem est associé à d’autres vocables: Koudiat er Redjem (Rahouïa, 186), Redjem Faïd (Sersou, 189) qui signifie « Redjem du ravin », Redjem Teniet es Sedra (Sersou, 189) qui veut dire « Redjem du défilé du jujubier sauvage », Redjem Meksem el Ahdad (Sersou, 189) avec le sens de « Redjem du col de la limite, de le frontière », Redjem ech Chareb (Tiaret, 216): « Redjem de la Crête », Redjem Guessiaa  (Frenda, 277) avec le sens de « La petite plaine encaissée » (Parmentier).

On trouve également ce vocable associé à des noms de personnes et des ethniques: Redjem Mansour ben Mimoun, Redjem Djillali, Redjem Chalou, (Mellakou, 246), Redjem bou Rhama, Redjem Dhalés, Redjem Berkani (Frenda, 277), Redjem Abd-es-slam (Sersou, 189), et en position médiane Djebel Redjem Gana (Tissemsilt, 188).

Il y a même des cas où Redjem est associé à des noms d’animaux: Redjem Hammar (Tiaret, 216) qui veut dire « Redjem de l’âne », Redjem Dbiba (Frenda, 277) diminutif de l’arabe classique « Doub »: « ours ».

Enfin, « Redjem » est composé avec des noms exprimant une entité abstraite: Redjem Méhaïne (Mellakou, 246) qui signifie « Redjem des peines », des hagionymes: Redjem Sidi ben Amar (Mellakou, 246), des vocables de souche berbère à valeur hydronymique: Redjem Selmana (?) (Sersou, 189).

Les composes avec « mqam »

Les noms de lieux ayant trait au culte fournissent une part aussi importante que variée à la micro-toponymie. Rarement rencontrés seuls, ils se trouvent dans les noms composés dans une position variable.

« Maqâm », « mqam » dans les usages oraux, dont l’explication est rarement complète chez les spécialistes en toponymie, est une désignation à caractère mystique. Masqueray (1892: 123) en fournit, nous le verrons plus bas, l’explication la plus intéressante. Le  terme « maqâm » est dérivé de l’arabe classique « قـام » qui signifie « halte, séjour » (Parmentier) ou « station ». Selon Masqueray, « lorsqu’on y ajoute le nom d’un cheikh, endroit ou tel ou tel cheikh faisait sa prière, mais non toute espèce de prières. Il est dit dans le Koran (XVII – 81): « Il se peut qu’Allah t’élève une place glorieuse » « مقاما محمودا ». Explications fournies à Masqueray par les Ibadhites du Mzab, descendants des anciens berbères de Tahert. Ces longues veillées de dévotion en un lieu précis sont suivies d’une espèce de consécration, et l’endroit reçoit la désignation mystique de « maqam »/ »mqam », parce qu’il correspond au « Maqâm » céleste que lui méritent des dévotions. Le plus souvent, après la mort du saint, ses admirateurs qui affirment l’avoir vu soit entouré de lumière, soit élevé au-dessus du sol dans ses extases nocturnes, construisent un petit édicule sur son maqâm terrestre (Masqueray: 124).

Cette désignation toponymique magico-religieuse a une autre signification dans les tendances orthodoxes de l’Islam. Traduit par Monteil (1968: T.I: 40), « Maqam » a le sens d’ « Oratoire » dans El Muqqadima d’Ibn Khladoun, « Ils (les Fatimides) ont occupé l’oratoire d’Abraham (Maqam Ibrahim) (à la Mecque), la patrie et le tombeau du prophète, lieux saints du pèlerinage qu’ont visités les anges ».

Ce vocable est employé en microtoponymie à l’état isolé: Mkam (Aïn Hadid), El Mkam (Teniet el Had, 134), soit en composition avec un nom commun à valeur religieuse Mkam el Kouba (Aïn Hadid, 276), soit avec des noms de saints locaux: Mekam Sidi Kerbou, Mekam Si el Hachemi, (Nador, 278), Mkam Sidi el Mokhtar (Aïn Hadid, 276), Mkam ben Chérif (Frenda, 277), Chet Mkam Ali (Aïn Hadid, 276), soit avec des ethniques Mkam Chdaïdia (Mellakou, 246) Mkam Mekasba (Nador, 278).

Les établissements religieux  

Les établissement et bâtiments religieux, les constructions même très sommaires, ont donné leur part de toponymes: - Zaouiet ben Harket (Aïn Kermes, 307), la zaouia est « un établissement d’instruction religieuse et de bienfaisance,  tenu par des Tolbas »:  Zaouia Sidi Adda (Sidi Hosni, 187), une des zawiya les  plus importantes de la région de Tiaret, centre spirituel de la confrérie religieuse des Chadouliya et Derkawiya;  - Kouba de Kebouba (Tiaret, 216), Chet Mkam el Kouba (Aïn Hadid, 276), « Kouba » est une coupole,  petite chapelle élevée en l’honneur d’un saint, Kebouba (qbouba) est une forme dialectale de « qoubba » pour désigner les trois coupoles existant en ce lieu; - Haouïtat ben Kerroum (Frenda, 277), Haouïta, diminutif dialectal de l’arabe « hayt » « le mur », petit enclos de pierres, marqué souvent par un arbre en l’honneur d’un saint, « Haouïta du fils de Kerroum », Haouïtat Sidi Abd el Kader (Frenda, 277), Haouïtat Mécharef, (Frenda, 277): "Haouïtat des Mécharef », Mécharef est un ethnique, dérivé de Chorfa

Parmi les autres vocables religieux qui ont donné des formations toponymiques de souche arabe, il faut citer ceux dont un des éléments du composé rappellent les adeptes, qualifications de l’ordre religieux: « Tolba » pluriel de « taleb », ce qui, littéralement, veut dire « qui cherche le savoir avec ardeur, étudiant, lettré »;  il désigne généralement un homme de religion. Ce vocable est mentionné dans Oued Djemâa Tolba (Teniet el Had, 134) qui veut dire « Oued de l’assemblée des Tolba », Aïn Tolba (Tissemsilt, 188): « Source des Tolba », Koudiat Djema el Tolba (Sersou, 189): « Monticule de l’assemblée des Tolba ».

Dans le même ordre d’idées, il faut mentionner le terme « 'ulama » pl. de « 'âlam » « عالـم » qui, littéralement, veut dire « savant, homme de savoir »;  qualification religieuse, il est employé exclusivement au pluriel: Djema el Oulama  (Sersou, 189) qui signifie « assemblée des ‘oulama », Kouba Djama el Oulama (Sersou, 189), c’est – à - dire « Kouba de l’assemblée des ‘oulama des théologiens, savants ».

 « Mokadem » a donné son nom à un seul toponyme: Rokbet el Mokadem (Tissemsilt, 188) qui veut dire « Mamelon du Mokadem ».Mokadem, littéralement,  « préposé, chef de file, directeur d’une zaouïa » (Depont et Coppolani: 1897: 195) se situe au troisième rang de l’ordre des confréries religieuses. Mentionnons, enfin, « Cheikh », littéralement « âgé, ancien, personnage vénérable », et dans des cas précis, se trouve au premier rang dans l’ordre des confréries: Sidi Cheikh (Frenda, 277), Cheikh Benaïssa (Sidi Hosni, 187), Cheikh ben Aouda (Frenda, 277), Cheikh Sahraoui (Tiaret, 216).

La microtoponymie a aussi cristallisé des qualifications religieuses, à l’état isolé, désignant des lieux de culte, généralement des Quba (koubba/kouba): Metouadine à Mellakou (246) et à Rahouia (186) dérivé du thème nominal « المودّة » qui veut dire « amour, affection ». En fait, il s’agit d’une recommandation contenue dans le Coran: َ« و جَعَلْنَا بَيْنَكُمُ مَوَدَّةً وَ رَحْمَةً».S.21 Coran

Medamnine (Teniet el Had, 134) de «تضامن » (« la solidarité »). « Les solidaires », Khoulafa (Frenda, 277) qui, littéralement, signifie « Les vicaires de Dieu ». D’autres lieux destinés au culte ont révélé des vocables employés sans  macrotoponymes: Abd el Kader Torrich (Tiaret, 216), Abd el Kader Brahim    (Frenda, 277), mais un des composants est un attribut de Dieu. L’on observera que certains hagionymes ne sont que la traduction pure et simple d’appellations originaires de souche libyco-berbère, celle ayant trait au culte de l’empreinte des pieds, tel que relevé par les auteurs arabes jusqu’au XIV° siècle (Ibn Khaldoun cité par Lewicky). C‘est le cas d’ « El Afsa » (Aïn Hadid, 276) qui veut dire en arabe « L’empreinte », Redjel er Rokba (Aïn Kermes, 307)- lieu d’implantation d’une Quba - qui littéralement veut dire « Pied du mamelon ». Redjel Akerma (Rahouïa, 186) littéralement « Pied des Akerma », Redjel Sidi Attala (Aïn Kermes, 307) = « pied de Sidi Attala »[8]. A ces noms d’origine religieuse et mystique, il faut ajouter les noms qui rappellent les cimetières.  « Makabrat », cimetière, entre dans la composition de ces toponymes, généralement en situation initiale, en association avec des ethniques: Makabrat Ouled Beribiaa (Mellakou, 246), Makabrat Ziata (Takhemaret, 245); - des anthroponymes: Makabrat ben Chabane, Makabrat bou Djelida, Makabrat el Mrabet Makabrat ben ed Dib, Makabrat Messaoud, Makabrat Khedidja (Mellakou, 246); - des vocables à valeur mystique: Makabrat Kerma Baraka (Mellakou, 246) qui littéralement veut dire « Cimetière du figuier de la baraka, bénédiction », Makabrat Mrharir el Khamsa (Mellakou, 246) qui signifie « Cimetière des cinq grottes »;  des noms de saints = Makabrat Sidi Ahmed (Frenda, 277), Makabrat Guelmane (Mellakou, 246), du berbère « agelmane », qui signifie « Cimetière du réservoir d’eau », Chet Mkaber et Turk (Rahouïa, 186) littéralement « Lac salé des cimetière des Turcs ».

TABLEAU 1   :  Les bases hagionymiques

Bases

Zones

Sidi

Lalla

Si-

Cheikh

Mqam

Redjem

Makabrat

Divers

 

I

II

III

IV

V

VI

VII

B.Bounâama

01

-

-

-

04

-

05

Teniet el Had

06

02

01

-

01

-

03

Rahouïa

02

-

01

-

02

02

09

Sid Hosni

51

02

04

-

05

01

03

Tissemsilt

-

-

-

-

-

-

03

Sersou

03

04

07

-

06

-

01

Mechraa Sfa

06

-

-

-

-

-

 

Tiaret

46

03

07

02

-

-

03

Takhemaret

-

-

-

-

-

03

03

Mellakou

61

-

02

01

05

13

05

Sougueur

-

-

-

-

02

-

-

K.Chellala

-

-

-

-

-

-

02

Aïn Hadid

34

-

-

05

01

-

02

Frenda

78

04

-

01

05

02

06

Nador

-

-

-

03

-

-

-

Aïn Kermes

07

03

01

-

-

-

04

 

T O T A L

 

296

 

20

 

21

 

12

 

31

 

18

 

44

 

La période médiévale a vu donc se cristalliser les dernières formations toponymiques libyco-berbères. En même temps, elle a vu naître les premiers toponymes à valeur religieuse, musulmane. Il faut, aussi, dire que cette extension est le fruit du développement d’un Islam mystique typiquement maghrébin. « Le soufisme qui se répandit au Maghreb dès le VIIIe siècle prit son ampleur au XVe siècle (…). Sous l’impulsion des chefs naquirent et se développèrent, jusqu’au XIX siècle les ordres de Qadiriya, des Shadhiliya, des Djazoulia, des Rahmaniya, des Darqaoua et des Senoussiya » (Ch.A.Julien, 1972: 18).

S’il est vrai que le mouvement d’islamisation, commençant par Tihert et la fondation de l’Etat rostémide et que le procès linguistique d’arabisation a été plus rapide dans les plaines et hautes plaines sahariennes (Chaker, 1990), il est tout de même important de relever que la place de l’hagiographie n’a pas eu toute l’importance qu’elle mérite.

Le pourcentage très élevé de vocables à caractère religieux relevé dans une partie de notre corpus (Tableau I) et dont la densité maximale coïncidant avec les territoires des tribus berbères au VIIIe siècle des Meknassa, Louata, Méghila, Beni Louma, Mezata, Beni Médiene, etc., laisse supposer que l’islamisation puis l’arabisation a été aussi plus rapide dans les régions marquées ou ayant eu des traditions religieuses, attestées du reste  par les auteurs latins, dans le culte de type monothéiste[9]. Les territoires et tribus citées, bien que situées sur des régions montagneuses ou relativement montagneuses, étaient aux abords d’un important centre religieux chrétien: l’évêché de Columnata (Benramdane, 1999: 82).

Il n’est donc pas impossible que les territoires situés aux alentours d’institutions religieuses chrétiennes soient un facteur qui a favorisé l’arabisation linguistique,  précédée par la conversion à l’Islam, compte tenu du fonds commun que ces deux religions véhiculaient.

Les noms de personnes dans la toponymie

Suite à l’expansion de l’Islam, on  assiste également à la diffusion massive et progressive des noms de personnes de type musulman. C’est le domaine de l’onomastique où le substrat libyco-berbère transparaît le moins et par conséquent celui où le procès d’arabisation a été le plus efficace.

Il est à remarquer, du reste, qu’à cette époque, la configuration de la toponymie a changé: on donne à la terre et aux autres lieux le nom du propriétaire. Ce processus d’arabisation s’accélère d’autant plus que les régions concernées se situent sur des terres fertiles et celles se situant sur des réseaux de déplacement de population (Sersou, Nador, Chellala).

Cette assimilation onomastique est liée à l’extension des pratiques musulmanes typiquement maghrébines qui prit son ampleur avec le développement des confréries religieuses à partir du XV° siècle.

Ce procès d’arabisation met en évidence la relation directe entre la toponymie et l’anthroponymie et l’échange des formes qu’une catégorie emprunte à l’autre pour se désigner.

La conversion à l’Islam a, par conséquent, entraîné un changement de noms dont la totalité est empruntée à la langue arabe. Il est connu que tout converti à l’Islam doit obligatoirement changer de nom[10].

Quelques éléments de l’étymologie des noms propres sont empruntés à plusieurs auteurs :  Tabet, Pellegrin, Sublet, etc.

Le nom propre se compose de plusieurs éléments, à savoir:

  1. La désignation honorifique,
  2. Le prénom de l’individu,
  3. Le prénom du père,
  4. La désignation de la tribu ou de la famille
  5. L’indication de lieu de naissance.

Exemple de la région de Tiaret: Hadj Ahmed ben Rabah ben Abdallah el Meknassi.

« L’individu s’identifie par son prénom relié à celui du père par le mot « ben » et à celui du grand-père par le même procédé » (Pellegrin, 1945: 180). On lui adjoindra le nom de la tribu ou de la fraction de tribu qui tient aussi lieu dans certaines situations de toponymes, de lieu d’origine.

L’appellation ethnique « Matmati »,  « Meknassi », « Meghili »… sont toujours en usage dans le parler actuel de Tiaret, pour identifier tel ou tel individu ou groupe d’individus.

L’adoption obligatoire d’un nom patronymique est le fait de l’administration coloniale[11].

Les noms divins en islam

L’on remarquera, en outre, dans la nomenclature toponymique de la région l’importance particulière donnée aux noms divins en Islam ayant valeurs de qualificatifs, dans la « liste de 99 noms divins (dans la version, devenue canonique, d’al-walid ben Muslim..) » (Gimaret, 1988: 07).

Les noms divins sont souvent précédés du préfixe « Abd » qui veut dire « Adorateur, Serviteur »: Sidi Abdallah, Si Abdallah (Aïn Kermes, 307) qui veut dire: « Serviteur de Dieu », Dar Sidi Ounallah (Frenda, 277): « Maison de Monseigneur l’aide de Dieu ».

D’autres attributs de Dieu sont entrés en toponymie: Sidi el Habib (Aïn Hadid, 176) « qui aime », Si Abd el Hadi (Sid Hosni, 187) « le serviteur du guide», Aïn Kamel (Mellakou, 246), « Source du Parfait, de l’Entier », Djebel bou Salem (Sidi Hosni, 187) « Djebel du père de Salem », « Le saint », Aïn Abd er Rahim (Ain Kermes, 307) « Source du Serviteur du Misécordieux ».

« Al Qâdir », « Le tout puissant » est recensé 45 fois dans Sidi et Si Abdelkader, qui signifie « Monseigneur le serviteur du Tout puissant ». Ses dérivés dialectaux sont relevés dans Ain el Kaddari (Tiaret, 246) et Sidi Kaddour ben Hattab (Mellakou, 246), Ain Sidi Kadda (Sid Hosni, 187), Ain Koudiat Kouider (Mellakou, 246).

Anthroponymie et fonds religieux

L’empreinte religieuse dans les prénoms et les noms s’inspire également d’autres références:  «  La grande majorité des prénoms est empruntés au fond islamique avec une écrasante domination du prénom du Prophète et ses dérivés, (…) les prénoms de compagnes du Prophète (…), les noms formés de ‘Abd suivi de l’un des attributs de Dieu, (…) également les prénoms s’inspirant de ceux des saints les plus vénérés de la ville, du village et de la région (…). Les mois sacrés, les fêtes religieuses étaient aussi une source d’inspiration » (M.A. Benachour, 1980: 22).

En microponymie, l’on relèvera que le prénom du Prophète et ses dérivés sont les plus répandus: Si Mohamed, Si Mohamed ben Mokhtar, Si Mohamed ben Tahar, Si Ahmed, Si Ahmed ben Maza, Si Ahmed ben Abbou, Si Ahmed el Hadi Boussekine (Sid Hosni, 187)...

D’autres appellations du Prophète sont relevées: Sidi Mostefa (Sid Hosni, 187), Sidi Mohamed ben Mokhtar (Sid Hosni, 187), Mkam Sidi el Mokhtar (Ain Hadid, 276), Mostefa « choisi comme le meilleur », Mokhtar « l’élu » (Belot, Dictionnaire arabe-français)

Les prénoms des compagnons et des membres de la famille du prophète sont recensés dans les appellations: Sidi Ali (Sid Hosni, 187) du Calife Ali surnommé « l’Epée de l’Islam », Ain bou Bekr (Frenda, 277) de Abû Bekr al Sadîq, un des premiers califes de l’Islam, avec Othmane Banû 'Affane: Ain Sidi Ben Athmane (Frenda, 277). Les noms du grand-père et l’oncle du Prophète, Abî Taleb et 'Abbas se retrouvent dans Sidi Taleb, Sidi Abbès  (Ain Hadid, 276).

D’autres appellations sont empruntées aux noms des autres prophètes des religions monothéistes: Sidi Aissa  (Sid Hosni, 187) Koudiat ben Aissa (Ain Hadid, 276) qui veut dire « Monticule du fils de Jésus », Aissa ben Salem (Mechraa Sfa, 215): « Aissa fils de Salem ». Le correspondant français de "Aïssa" est « Jésus Christ ». Si Moussa (Sid Hosni, 187), représentant arabe de "Moïse", Ain ben Slimane Abd El Kader (Sid Hosni, 187), "Slimane" est le correspondant arabe de "Salomon", Sidi Mohamed ben Smaïn (Mellakou, 246), "Smaïn" est à rapprocher de "Ismael", personnage biblique, fils d’Abraham « ancêtre des Bédouins d’Arabie, selon la Bible » (Dict.universel des noms propres, 1980: 906). Abraham est employé sous sa forme arabe dans l’hagionyme: Sidi Brahim (Ain Hadid, 276), et Marie dans le lieu-dit: Ain Meriem (Tiaret, 216).

Les noms de saints locaux ont laissé aussi des traces en microtoponymie: Sidi Khaled (Tiaret, 216): « Monseigneur l’Eternel », Sidi Khalfallah (Sougueur, 247): « Monseigneur le Vicaire de Dieu », Sidi Lakhdar (Ain Kermes) « Monseigneur le vert », le vert est la couleur emblématique de l’Islam.

Les noms de femmes ont été recensés: 20 vocables;  ils sont tous de souche arabe. Un seul est employé isolément: El Hanina (Frenda, 277) qui signifie « la compatissante »

Les noms de femmes en Islam sont également représentés: Rokbet Rahma (Tissemsilt, 188): « Mamelon isolé de Rahma », Rahma  « la miséricorde » est, sous une forme dérivée, un attribut de Dieu « Er Rahmân », Sidi ben Halima (Mellakou, 246), Aïn bent Halima (Frenda, 277) Makabrat Khedidja  (Mellakou, 246) « Cimetière de Khedidja », Khedidja est le nom de la première épouse du Prophète;  Ain Zineb (Frenda, 277), Si ben Zineb (Sid Hosni, 187), Sidi ben Zina (Tiaret, 216), Sidi ben Zineb (Tiaret, 216), Koudiat Ouled Zineb  (Mechraa, 215), Zineb est le prénom d’une des filles du Prophète de l’Islam: Ain ben Yamina (Sid Hosni, 187) Yamina bent Ouahab est la mère du Prophète: Ain oum Hassene (Frenda, 277)  « Source de la mère de Hassene », « Hasân » est le nom du petit-fils (avec « Husayn ») du Prophète.

Les composés avec  «  bu » (bou) 

Les formations toponymiques avec « bu », « ben » et sa contraction en « bel » sont très nombreuses dans la région de Tiaret. Le nombre de vocables composés avec ces deux préfixes, en rapport d’annexion avec un complément (anthroponyme ou toponyme) est de

- Composés avec « bu »:                               174 vocables

- Composés avec « ben » et « bel »:               97  vocables

« bu » veut dire en berbère « qui a, celui de … » (…). Il est suivi d’une détermination et demande l’annexion ». (Dictionnaire Kabyle – français, Dallet, 1982)

En arabe, il y a « abû »;  cette forme est usitée dans d’autres pays musulmans, du Moyen Orient particulièrement. Le terme « abû », père en langue arabe, est contenu dans de nombreux anthroponymes, formant avec le composant qui le suit un rapport d’annexion: abû + le nom du fils aîné: « chez les anciens Arabes, comme au temps du Prophète et postérieurement à lui, il était d’usage d’appeler un homme du nom de son fils premier-né » (Pellegrin, 1949: 359-636). L’évolution de cette forme onomastique a fini souvent par faire oublier le véritable nom et à « désigner d’autres relations que celles de la parenté. (…) Ainsi, « Boubaker » pour Abou Bekr, Kounya donnée à ‘Abdallah ben ‘Othmân, le premier calife, et qui signifie, « le père du chamelon »- ou selon une étymologie populaire, « le père de la vierge »- est devenu très commun au Maghreb sans que pour cela ceux qui ont pour nom Boubaker possèdent nécessairement de jeunes chamelles ou aient des jeunes filles à marier » (Pellegrin, ibidem).

Cet usage qui s’est propagé en Afrique du Nord a vu « abû » réduit à « bu » sous l’influence certainement du berbère. Pour Cheriguen (1993: 69), « bu » n’est pas d’origine arabe et n’est pas issu de « abû », « père », comme on se l’entend souvent dire.

Au demeurant, soulignons toutefois que « bu » et « abû », d’après les définitions précitées, recouvrent pratiquement le même champ sémantique, hormis la relation de parenté en usage chez les anciens Arabes et dans certains pays arabes aujourd’hui.

Abû Bekr, nom du compagnon et beau-père du Prophète, a été recensé sous sa forme maghrébine Bu Beker, dans quatre hagionymes: Sidi Bou Beker (Frenda, 277-Ain Hadid, 276- Tiaret, 216-Mechraa Sfa, 215) et hydronyme –Ain Bou Bekeur  (Frenda, 277).

Ain bou Aïcha (Tiaret, 216), pour Aïcha, fille d’Abû Bekr, une des épouses du Prophète « source du père d’Aïcha », ou son dérivé sous forme diminutive au Maghreb, Aïn bou Aïchouch  (Mechraa Sfa, 215): « Source du père de la petite Aïcha ».

Dans les divers, l’on citera Aïn bou Ali (Mellakou, 246), Aïn bou Khaled, Aïn bou Saïd (Mellakou, 246), Aïn bou Mehdi (B.Bouamama, 132), Sidi Mohamed Bouziane (Frenda, 277), Sidi Mohamed bou Mbarek (Tiaret, 216), Sidi bou Rached, Si Mohamed bou Yahia (Sid Hosni, 187), Sidi Mohamed bou Yahia (Sid Hosni, 187), Sidi bou Amara (Tiaret, 216).

« Bu » a des représentants dans les noms de tribus, de souche berbère et arabe, pour marquer le lieu de campement ou de sédentarisation: Bou Manndoua (Mechraa Sfa, 215) qui signifie « lieu de résidence des Manndoua », Forêt des Bou Medjber (Teniet el Had, 134), Chet bou Mannkouch (Bordj Bounâama, 132), Aïn bou Mandil (Bordj Bounâama, 132), Bled bou Souatine (Tiaret, 216), Douar Ouled bou Affane  (Mechraa Sfa, 215).

« Bu » est également entré en toponymie quand l’anthroponyme est reporté sur le lieu de résidence du possesseur de ce nom:

Dar bou Richa (Tiaret, 216) qui veut dire « Maison de bou Richa », Bled bou Richa (Tiaret, 216): « Terre de bou Richa », Rokbet bou Chentouf (Tissemsilt, 188): « Mamelon de bou Chentouf », Bled Oulad bou Zid (Tiaret, 216): « Terre des enfants de bou Zid », Dar Hamou bou Azza (Frenda, 277), Dar Caïd bou Akkaz (Tiaret, 216), Dar Mokadem bou Akkaz (Tiaret, 216) c’est - à - dire « Maison du préposé bou Akkaz ».

Dans les hagionymes, « bu » est employé pour désigner une particularité extérieure (végétal, animal, topographique…) caractérisant le lieu de culte. Sidi bou Dafla (Mellakou, 246) c’est - à - dire « Monseigneur le saint aux lauriers roses », Sidi bou Sedra (Mellakou, 246) qui veut dire « le Saint du jujubier sauvage », Sidi bou Halfaïa (Frenda, 277), « le Saint de l’Alfa », Sidi bou Haouita (Frenda, 277): « le Saint au petit enclos mystique ».

« Bu » a laissé des traces en toponymie et microtoponymie pour marquer la fréquentation dominante d’un lieu ou son abondance: Oued bou Djerane (Sidi Hosni, 187): « l’oued des grenouilles », Koudiat bou Halloufa (Sidi Hosni, 187):  « Monticule des sangliers », Oued bou Hadjela (Bordj Bounâama, 132):  « Oued des perdrix », Aïn bou Djerada (Bordj bounâama, 132), « Source des sauterelles », Djebel bou Fékirine (Rahouïa, 186): « Montagne des tortues », Djebel bou Khrouf (Rahouïa, 186): « Montagne des moutons », Bled bou Hadjer (Mellakou, 246), « Terre de la rocaille ».

Toponymie et établissements humains

Les composés avec « ouled » et « béni »

Toujours dans le cadre des noms propres de personnes, d’autres types de composants de souche arabe sont présents en microtoponymie: « La tribu prend souvent le nom patronymique de son fondateur et ce nom s’énonce de différentes manières, tantôt sous des formes de pluriel, tantôt au moyen des préfixes de banou  ou de ouled  » (Tabet, 1882: 6).

Ce mode de désignation a contribué à dénommer des lieux dits à partir des noms de tribus ou de fractions de tribus, installées en tel endroit: douar, village…

Banû, altéré en Béni, et Wuled (oualed / ouled): sont suivis d’un nom de personne, de chef de famille: Ouled Kharroubi (Tiaret, 216) qui signifie « le lieu de résidence des enfants des Kharroubi », Ouled el Merhraoui (Meghraoui) (Tiaret, 216):  « lieu de résidence des enfants de Meghraoui », Ouled Barkat (Rahouïa, 186), Ouled Brahim (Tissemsilt, 188), Ouled Snoussi (Mellakou, 246), Ouled Mansour, Ouled Khellouf, Ouled Khaled (Mellakou, 246), Ouled Yahia, Oulad Atsmane (Frenda, 277), Oulad Hadj, Ouled Mouna (Bordj Bounâama, 132), Ouled ben Salah (Ksar Chellala, 249).

Ils sont précédés de désignations d’habitation: Douar Oulad Hadj (Mellakou, 246) qui veut dire « Réunion des maisons des enfants d’El Hadj ». Douar Ouled bou Rheddou (Sid Hosni, 187), Douar Ouled Mohamed, Douar Oulad Mahiadine (Mellakou, 246);  de désignations d’appartenance: Bled Oulad Chérif (Tiaret, 216):  « Terres des enfants de Chérif » Bled Oulad bou Zid (Tiaret, 216), Hassi Ouled Kaddour (Aïn Kermès, 307): « Puits des enfants de Kaddour », Daïet Ouled Brahim (Aïn Kermès, 307), « daïet » désigne une dépression, un bas fond en cuvette:  « Dépression des enfants de Brahim », Draa Ben Salah (Ksar Chellala, 249) qui veut dire « Côteau des enfants de Salah », Dir Ouled Amar (Frenda, 277): « Petit escarpement des enfants de Brahim ». Les formations toponymiques avec « banu » et « wuled » peuvent  contenir en position médiane le qualificatif religieux « Sidi ». Cette désignation est attribuée aux tribus maraboutiques  ou descendantes d’un saint local: Ouled Sidi Khaled (Frenda, 277): « Les enfants de Monseigneur Khaled », Douar Ouled Sidi Khaled (Nador, 278),  Kef Ouled Sidi Daham (Mellakou, 246).

«  Béni », de l’arabe classique « banû » = « fils de … » est une caractéristique du système d’appellation anthroponymique arabe:  usage, selon Pellegrin (1949) « plus restreint à l’époque hégirienne, plus répandu par la suite, d’appeler les individus du nom de leur père, ainsi Ibn Rochd (Avéroès), Ibn Bajja (Avempace), Ibn Khaldoun, etc… ».

Bien qu’à l’origine d’un nombre très restreint de vocables, « beni »recouvrait au XIXe siècle[12] de très vastes territoires: Beni Tigrine, Beni-Halyma, Béni Médiane. Il a été relevé également en duplication avec « Ouled » dans Ouled Beni Louma, Ouled Beni Ziri.

Dans la toponymie actuelle de la région de Tiaret, « Beni »n’a été relevé que dans les lieux-dits suivants: Beni Affane (Mechraa Sfa, 215), Beni Louma (Rahouïa, 186), Beni Ouindjel (Aïn el Hadid, 276) Beni Soltane (Mechraa Sfa, 215) Beni Amar (Bordj Bounâama, 132);  et dans les noms de lieux (établissements humains): Douar Beni Maïda (Tissemsilt, 188), Douar Beni Naouri (Sersou, 189), Douar Beni Lent (Tissemsilt, 188), Douar Beni Rechaïga (Tissemsilt, 188).

Le dépouillement des vocables contenant des composés avec « Oulad » et « Beni » sur notre aire toponymique a fait ressortir les résultats suivants:

- Oulad: 70 emplois

- Beni : 10 emplois

Quelques hypothèses d’explication de la différence dans la fréquence d’emploi de ces deux préfixes peuvent être suggérées:

  • Premièrement, celle qui consiste à relever que la faible fréquence de « beni » est compensée par sa forte productivité sous sa forme au singulier: 97 emplois dans la forme « ben » - « bel ».
  • deuxièmement, nous citerons l’hypothèse des « trois degrés hiérarchiques dans les tribus » relevés par Tabet [13]:

- Beni (tribu roturière)

- Oulad (tribu laïque)

- Oulad Sidi (noblesse religieuse).        

- Enfin, nous formulons l’hypothèse que cette fréquence d’emploi s’explique par le fait que « béni » peut être la traduction d’un primitif berbère « At / nat » (Aït / Naït): « fils de … ». Pour Cheriguen (1993: 114), « durant la période coloniale, la particule berbère at (orthographiée Aït) est dans l’usage officiel systématiquement remplacé par son équivalent arabe beni ».

Les composes avec « koum  - doui »

D’autres préfixes de très faible  emploi sont usités en microtoponymie: « Qawm », transcrit « koum », veut dire littéralement: « gens de, tribu de» (Belot: 102).

Il est recensé dans Koum Salem (Frenda, 277): « Les gens de Salem », Koum Khalifa (Frenda, 277): « Les gens de Khalifa », Aïn Koum el Hadri (Mellakou, 246): « Source des gens d’El Hadri »;  « dhwi », littéralement « ceux de… », dans Douar Doui Hassan (Sersou, 189), Doui Hellalia (Mechraa Sfa, 215): « Ceux de Hellalia », pluriel collectif de « Hellal », des Beni Hellal, tel que relevé par Accardo en 1879, dans son « Répertoire des douars et tribus d’Algérie » (p: 672). Cette tribu comprenait les tribus de Ouled Yagoub, Cheraga et Gheraba, Zerara, Cheraga et Gheraba, Ouled Yagoub Cheraga.

Les établissements humains 

Des vocables en toponymie renvoient aux différents types d’habitation, à la « demeure », à la « maison » et à leur regroupement.

Douar désigne un lieu habité, regroupant plusieurs demeures, maisons ou tentes. Ils constituent généralement une tribu ou une fraction de tribu. Au singulier, « dar » désigne une « demeure », une « maison ». « Mechta », dérivé de l’arabe classique «الشتاء » « hiver », désigne un « campement d’hiver », pour les tribus nomades précisément.

Douar est très usité en microtoponymie, contrairement à ce qu’affirme Pellegrin: « ce vocable a laissé peu de traces en toponymie » (1945: 179).

Le dépouillement suivant rend compte de la fréquence d’emploi des noms de lieux ayant trait aux habitations:

 

Bases toponymiques

Nombre de toponymes

Douar

96

Mechta

28

Dar

07

 

Les composes avec « douar »

Les vocables composés avec douar + déterminatifs de souche berbère sont entrés directement en microtoponymie. Cette articulation a pu se faire de la manière suivante:              

Les lieux d’installation des tribus sont déjà dénommés sous forme d’hydronymes, d’oronymes, de toponymes…Ce sont des termes de souche berbère. Ces derniers sont affublés simplement du vocable « douar »: Douar Guertoufa (Tiaret, 216), Douar Sbiba (Mellakou, 246), Douar Tircine (Aïn Hadid, 276), Douar Tadlest (Mellakou, 246), Douar Kéria (Sid Hosni, 187).

Douar est associé à des noms de tribus berbères ayant un ancrage historique dans la région, datant d’avant l’arrivée des Arabes et la fondation de l’Etat rostémide: Douar Beni Louma (Tiaret, 216), Douar Haouar, Douar Haouaret, Douar ben Haouar (Frenda, 277), Douar Ouled Defeltène (Bordj Bounâama, 132), Douar Zenakha (Sersou, 189)…

Douar est également et directement associé à des noms de tribus de souche berbère, installés sur le territoire de Tahert et celà, à partir du VIIIe siècle: Douar Flita (Mechraa Sfa, 215), les Flita se sont installés, d’après Ibn Khaldoun (T.I, 74), dans la période médiévale;  

Douar Akerma (Mechraa Sfa, 245), tribu arabe dont une fraction - la branche des BeniYezid - s’est fixée au midi du Sersou (Ibn Khaldoun, T.I: 94). Pour la même période, il faut également relever Douar Maacem (Sid Hosni, 187), dérivé de l’arabe « Ma’sûma ».

Le complexe dans lequel entre en formation « douar » peut être, en outre, des noms propres de fractions de tribus. De souche berbère, ces tribus ont vu leur filiation ethnonymique et anthroponymique s’arabiser au fil du temps: Douar Hassinet (Frenda, 277), tribu dépendant des Harrar Gheraba, Lahrar est le correspondant arabe de ImazighenDouar Ouled Azziz (Nador, 278), tribu des Harrar CheragaDouar Ouled Kharrouba (Tiaret, 216), tribu dépendant des Harrar Cheraga (Accardo: p.35).

Douar, enfin, précède des noms propres de personnes qui sont des pères fondateurs de tribus ou des noms « patronymiques » de la mère: Douar Hadj Khelifa (Sid Hosni, 187), Douar bou Taïba (Mellakou, 246), Douar Ouled bel Harrach (Mellakou, 246), Douar ben Halima (Takhemaret, 245), Douar Mahmouda (Bordj Bounâama, 132), Douar Naïma (Nador, 278).

Ces noms de tribus – nom du fondateur – peuvent s’énoncer sous forme de pluriel: Douar Halouia (Sid Hosni, 187), de Halwi (nom de personne), Douar Chouala (Rahouia, 186) de Choual, Douar el Hattatba (Mellakou, 246) de Hattab, Douar Snaïs (Mellakou, 246) de Senouci, Douar Mézailia (Mellakou, 246) de Mezali. Tous ces noms propres de personnes à caractère éponymique se retrouvent dans les usages onomastiques actuels de la région de Tiaret: le singulier pour les patronymes dans les usages écrits, le pluriel pour l’identification éthnonymique dans les transactions orales.

Les composes avec « mechta » 

 « Mechta » est une dénomination pour le « campement  d’hiver » pour les anciens nomades pour qui « l’élevage était l’occupation dominante et qui vivaient une partie de l’année sous la tente, sédentarisés depuis un temps plus ou moins long… » (Bourdieu: 62)

« Mechta » a pour déterminatif des noms aussi bien berbères qu’arabes: Mechta Temdjout (Nador, 278) qui veut dire « Campement d’hiver du sommet de la montagne », Mechta Ouled Défeltène (Bordj Bounâama, 132) « Campement des enfants de Défeltène », tribu zénète de l’Ouarsenis (Basset, 1894: 12). Dans les formations arabes, Mechta est employé à l’état isolé: El Mechta (Mellakou, 246), mais généralement usité sous forme de composés divers: Mechta Cheraga (Mellakou, 246): « Campement d’hiver des habitants de l’Est », Mechta el Ghozal (Sersou, 189): Campement d’hiver de la gazelle », Mechta Ain Kebira (Bordj Bounâama, 132) « Campement d’hiver de la grande source », Chet Mechta en Nakhla (Sersou, 189): « Lac salé du campement du palmier ».

En composition, ce toponyme est usité avec des ethniques: Mechta Bou Ouazane (Bordj Bounâama, 132), Mechta el Habaïr (Bordj Bounâama, 132), collectif de l’anthroponyme « Hbara » Mechta Lehemaïd (Bordj Bounâama, 132), de Hemaïdi.

Les composes avec « matmoura »

Quand la "mechta" séjourne plus longtemps, de novembre à mars, elle met en place son grenier souterrain: "Matmura".

Ce vocable à l’emploi limité (15 emplois) est relevé à l’état isolé, mais au pluriel: Metameur (Mellakou, 246), sous sa forme diminutive Mtimra (Nador, 278), associé à des ethniques et anthroponymes Metameur Hadj ben Amar, Metameur Soualem, Metameur Dehalsa Kef Metameur Ahmar (Mellakou, 246);  à des déterminatifs à caractère topographique et divers = Koudiat Matmoura (Frenda, 277) « Monticule du grenier », Bled el Matmora (Tiaret, 216): « Terre du grenier », Metameur el Biod (Frenda, 277), « Les greniers blancs », Metameur Hadjela (Ain Kermes, 307) « Greniers de la perdrix », Metameur Chouchgal (Mellakou, 246), Chouchgal est un nom de plante, de souche berbère.

Les noms de cours d’eau

Les noms à valeur hydronymique constituent la catégorie toponymique la plus importante dans la nomenclature de la région de Tiaret, et cela, comme le dit Pellegrin, «  se comprend, dans un pays sec où le moindre point d’eau représente une valeur vitale » (1949: 159). La réalité microtoponymique de la région privilégie les désignations représentant l’eau sous la forme générique de « ‘ayn », transcrit "Ain" / "Aine"/ "Aïn", littéralement « œil » en arabe, pluriel « ‘uyûn » / " 'yun ": « Source, fontaine, puit artésien »;  "wed" Oued, forme maghrébine de l’arabe classique « al wâdî ». Il désigne soit « le lit où s’écoulent les eaux de ruissellement, soit la crue elle-même. Employé couramment dans le sens de cours d’eau temporaire… » (R.C.Rey, A.Cornet, 1961);  Chett désigne des « cours d’eau salée ».

La productivité de ces appellations est très importante dans la nomenclature microtoponymique;  ils sont représentés comme suit:

- Ain    :           597 emplois

                   - Oued :           286 emplois

                   - Chet   :           164 emplois

La base  ain « ‘ayn », oued «  wed », chett « chet »

 « ‘ayn » / « Ain » est employé seul mais uniquement sous sa forme de pluriel: Layoune  ( = la’yun), (Teniet el Had, 134), chef lieu de commune, mais dans la quasi-majorité, « ain », « oued » et « chet » sont toujours suivis d’un déterminatif qui est le plus souvent une épithète ou un substantif.

Dans ces désignations, les épithètes évoquent généralement:

- une qualité de l’eau: Ain Melah (Ain Kermes, 307), qui veut dire « Source à l’eau salée ». Oued el Melah (Sersou, 189) qui signifie « Cours d’eau contenant du sel », Chet el Melah (Frenda, 277) qui semble être un doublet. Melah est recensé également sous sa forme diminutive: Ain Mouilah (Nador, 278), Oued Mouileh (Frenda, 277). D’autres propriétés de l’eau entrent en composition avec les appellatifs hydronymiques: Ain Berda (Teniet el Had) qui veut dire « source fraîche » ou son contraire « Ain Hamia » (186) « Source chaude », Ain Moura (Sid Hosni, 187) désigne une source à l’eau saumâtre, Oued Mourra (Teniet el Had, 134) et son contraire Ain Lahlou (Teniet el Had, 134), c’est - à - dire « source de l’eau douce »: Ain Makhenza (Tissemsilt, 188) qui littéralement veut dire « Source d’eau pourrie » désigne avec ce qui suit une eau polluée: Oued Maafoun (Bordj Bounâama, 132), Ain Moussekh (Rahouia, 186), littéralement « Source à l’eau sale ». Parfois, l’adjectif se substantifie pour désigner la pollution de l’eau: El Fouha (Ain Kermes, 307) qui signifie « La source à l’odeur nauséabonde ».

- Un repère topographique: Ain Hadjar (Teniet El Had, 134): « Source des pierres », Ain Haït (Teniet el Had, 134): « Source du mur », Oued Kheneg (Sid Hosni, 187) « Cours du défilé », Ain Hadid (A.Hadid, 276), nom de localité, désigne une source implantée probablement à côté d’une mine de fer, Oued Kerounia (Mechraa Sfa, 215), nom collectif, littéralement « cours d’eau des pics montagneux », désigne un cours d’eau à proximité d’une pointe de montagne, Ain Tourba (Tiaret, 216): « Source de la terre ».

- Un nom à caractère domestique et utilitaire: Ain Mekhassel (Teniet el Had, 134), Ain Merhesla, Chet Merhesla (Sersou, 189) Oued Rhesla (Teniet el Had, 134) désignent des sources, des cours d’eau et des fontaines-lavoirs;  Ain el Hammam (Tissemsilt, 188), Oued el Hammam (Bordj Bounâama, 132): « Source du bain, des eaux thermales », Ain Khadma (Sid Hosni, 187): « Source des travaux », Oued ed Douiya (Sid Hosni, 187): « Oued des cures », Ain el Kolla (Bordj Bounâama, 132): « Source de la cruche », Oued bel Rherarif (Teniet el Had, 134): « Oued des récipients », Oued Karia (Sid Hosni, 187): « Cours d’eau de Karia », Ain Khezzane (Sid Hosni, 187)  « Source du réservoir », Chet Bahiret (Mellakou, 246): « Cours d’eau salée des jardins potagers », Ain Snia (Mellakou, 246): « Source des jardins », Oued Guerba (Ain Kermes, 307): « Oued de la gourde », Ain es Saboun (Mechraa Sfa, 215): « Source du savon ».

- Un nom de plante: Ain Sedjra (Mechraa Sfa, 215): « Source de l’arbre », Ain el Kseub (Mechraa Sfa, 215): « Source des roseaux », Ain Safsaf  (Mechraa Sfa, 215): « Source du peuplier », Ain Defla (Sid Hosni, 187): « Source des lauriers roses », Ain Dalia (Bordj Bounâama, 132): « Source de la vigne », Oued el Besbes (Sid Hosni, 187): « l’Oued du fenouil », Chet ech Chih (Frenda, 277): « Le lac de l’armoise ».

- Un nom d’animal: Ain Ghezal (Nador, 278): « Source des gazelles », Chet el Hamara (Frenda, 277): « Chet de l’ânesse », Ain el Hout (Sid  Hosni, 187): « Source des poissons », Oued Rhorab (Bordj Bounâama, 132): « Oued des corbeaux », Ain Hamama (Teniet el Had, 134): « Source des pigeons », Chet Lesba (Mechraa Sfa, 215):  « Chet du lion », Oued Namira (Ain Kermes, 307): « Oued de la panthère », Ain el Hanèche (Mechraa Sfa, 215): « Source du serpent ».

- Les  formes – pluriel et diminutif- des appellations hydronymiques sont aussi productives de désignations toponymiques: Layoune (Teniet el Had, 134) nom actuel d’une importante localité « Les sources », Oued Layoune (Sougueur, 247), Aïoun el Kerma (Frenda, 277): « Les sources du figuier », Aïoun Sebaïne (Tiaret, 216): « Les sources du lieu dit Sebaïne », Aïoun Ammi (Frenda, 277): « Les sources de mon oncle », Aïoun en Nasseur (Frenda, 277): « Les sources de Naseur »;  Aouïnet el Hamar (Frenda, 277): « La petite source de l’âne ».

Divers

D’autres termes du lexique ont donné naissance à des désignations microtoponymiques: « Hassi » désigne un puits peu profond par rapport à « bir ». Hassi est employé comme mot simple dans les environs de Ksar Chellala (249): El Hassi, El Hassiane, « Les puits » et comme déterminant et déterminatif dans Hassi el Hassaïs (Sid Hosni, 187), littéralement « puits des puits »;  Ain Hassi (Mellakou, 246) « Source de puits », Hassi Hamara (Ain Kermes, 307), « Puits de l’ânesse », Hassi el Kelb (Frenda, 277), « Puits du chien », Dar el Hassi (Tiaret, 216), « Maison du puits », Hassi Ouled Kaddour (Ain Kermes, 307)  « puits des enfants de Kaddour »;  Ain Bir Akhal (Mellakou, 246) « Source du grand puits de Akhal » (nom de personne), Gada el Biar (Mellakou, 246)  « Plateau du puit », Ain Bouir (Mellakou, 246) « Source du petit puit ». D’autres manifestations du sémantisme « eau » ont laissé des traces en microtoponymie = - « Merdja », pluriel mouroudj « marais, marécage;  prairie humide »(Parmentier), Merdja (Rahouia, 186) Merdjidja (216), Merdja el Gherb (Frenda, 277) « Marais des gourdes », Merdjet el Bekkour (Bordj Bounâama, 132)  « Prairies des vaches », Hassi el Merdja (Mellakou, 246) « puits du marécage »;  guelta « mare, flaque d’eau, bas fond dans une rivière »,  Guelta (Ain Hadid, 276), Guelta Hamia (Rahouia, 187) « Mare chaude », Oued Guelta (Ain Kermes, 307) « Oued de la mare », Oued Gueltat Zerga (Teniet el Had, 134)  « Oued de la mare de Zerga » (nom de personne), Oued Gueltat el Henech, 246), « Oued de la mare des serpents ». Guettar, guettara,  puit et source  qui ne sont alimentés que par des suintements: El Guettar (Mellakou, 246), Ain el Guettar, Oued el Guetar (Sid Hosni, 187), Chet Guetar (Frenda, 277), Ain Guetara (Frenda, 277), Bou Guetar (Mellakou, 246).

Annseur « Source, source-mère »  est relevé dans Annseur Anasseur (307) « La source des sources », Ras el Annseur (Teniet el Had, 134) « Pic de la source-mère » Ain en Annseur (Mechraa Sfa, 215) « Fontaine de la source ».

Megta’: « gué » est mentionné dans  El Mokta (Ain Hadid, 276) « le gué », Mekta el Aouda (Sersou, 189), « gué de la jument ».

 Mesraf  « affluent », est recensé dans le pluriel, à l’état isolé: El Mesraf (246) «Les affluents », Mesraf Lakhdar (Frenda, 277)  « affluent de Lakhdar » (nom de personne), Chet el Mesraf (Rahouia, 186) « Chet de l’affluent ».

 Saguia : « canal d’irrigation »  est noté dans  Es Sagia (Frenda, 277), Sagat Khadda (Mellakou, 246) « Canal de Khadda » (nom de personne) et au pluriel, Koudiat Souagui (Bordj Bounâama, 132) « Monticule des canaux ».

Enfin, nous citerons les noms composés avec  Hammam , bain naturel, thermes »  Rhar el Hammam (Ain Hadid, 276) » « Gouffre du bain », Kef el Hammam (Mellakou, 246)  « Rocher des thermes », Gadet el Hammam (Mellakou, 246) « plateau du bain », Oued el Hammam (132), Ain bou Hammam (Bordj Bounâama, 132) et Hammam Misserghin Ouali Salihine (Ksar Chellala, 249).

Les noms de montagne et de relief 

Comme dans l’hydronymie, l’oronymie, ainsi que toutes les formes accidentées du relief, a cristallisé des composés formés d’un nom générique suivi ou non d’une épithète, d’un hagionyme, d’un ethnonyme, d’un nom d’animal…

La référence topographique joue un rôle important dans les désignations microtoponymique. Parmi le nombre considérable d’appellatifs à valeur oronymique, il faut relever ceux qui réfèrent à la « hauteur », à la « forme » à  l’« aspect ».

Le relevé systématique des noms à valeur oronymique nous apprend la répartition suivante:

 

 Djebel

170

 Koudia

135

 Kef

78

 Faïdh

20

 Rokbet

18

 Ras

16

 Gaada

15

 Kheneg

15

 Daïet

15

 Teniet

13

 Hadjar

12

 Draa

12

   Total

420 vocables

 

Dehar, Guern, Haoud, Tires, Goraat, Argoub, Chabet, Ghar, Hank, Aoud, Chebka, Kalaa… ont moins de 10 emplois -------- (83 vocables) [14].

Nous voyons bien, à travers cette répartition, la variété des exemplaires que présente l’orographie.

En tête, vient « djebel »("jbel"):  « montagne, chaîne de montagne »: Djebel Kebir (Frenda, 277) qui veut dire « La grande montagne », Djebel Oum Alou (Takhemaret, 245) littéralement « Montagne mère des hauteurs », Djebel Hadjerat Touïla (Teniet el Had, 134) « La montagne aux longues pierres », Djebel Nador (Teniet el Had, 134) « La montagne de l’observatoire », Djebel el Maadene (Teniet el Had, 134) « La montagne aux mines ».

On rencontre cette base dans des désignations diverses, associée le plus souvent aux catégories sémantiques suivantes:

- à des hagionymes: Djebel Redjem Gana (Tissemsilt, 188) « Montagne du sanctuaire de Gana », Djebel Sidi Maarouf (Sid Hosni, 187), Djebel Cheurfa (Mechraa Sfa, 215) « La montagne des nobles »;

- à des ethnonymes: Djebel Mkralef  (= makhlef) (Teniet el Had, 134),

Djebel Rhouata (=Ghouata) (Mechraa Sfa, 215), Djebel Guezzoul (Tiaret, 216);

- à des anthroponymes: Djebel ben Mimoun (Sid Fosni, 187) « La montagne du fils de Mimoun », Djebel Saadia (Sid Hosni, 187), Djebel Bou Chiba (Teniet el Had, 134), Djebel Safia (Teniet el Had, 187), Djebel et Taïeb (Takhemaret, 245), Djebel bou Taleb (Mechraa Sfa, 215)…;  à des noms d’animaux: Djebel es Seba (Mellakou, 246) « La montagne du lion », Djebel Ghezala (Mellakou, 246) « La montagne des gazelles », Djebel Rhorab (Mellakou, 246) « La montagne des corbeaux », Djebel Hallouf (Takhemaret, 245) « La montagne des sangliers », Djebel el Berhel (=beghel)(Rahouia, 186) « La montagne des mules »…;

- à des noms de végétaux: Djebel Zitoun «  des olives », Djebel Bergoug (Mellakou, 246) « La montagne aux prunes », Djebel Louza (Mechraa Sfa, 215) « La montagne aux amandiers ».

Venant en deuxième position, « Koudia » ("kudya") désigne une « colline, un mamelon isolé ». Remarquons que ce vocable est associé aux mêmes catégories sémantiques que « Djebel »: El Koudiea (Sougueur, 247), Koudiat Sighir (Mellakou, 246) « La petite colline », Koudiat bou Hadjer (Mellakou, 246) « La colline au long pic », Koudiat Nador (Mellakou, 246) « La colline de l’observatoire »;  Koudiat Sidi Aïssa (Sid Hosni, 187) «  La colline de Sidi Aïssa», Koudiat Sidi Abderrahman (Ain Kermes, 307), Koudiat Sidi Ahmed Drif (Sid Hosni, 187), Koudiat Rhlem (Mellakou, 246)  « Colline de Rhlem » (nom de personne), Koudiat ben Khadda (Mellakou, 246), Koudiat Cheikh ben es Safi (Frenda, 277);  Koudiat Ouled Zineb (Mechraa Sfa, 215) « Colline des enfants de Zineb », Koudiat Nega (Mechraa Sfa, 215) « Colline de la chamelle », Koudiat Ain el Hadjela (Bordj Bounâama, 132) « Colline de la source aux perdrix », Koudiat el Hamar (Sid Hosni, 187) « Colline de l’âne », Koudiat Rezlane (Teniet el Had) « la colline aux gazelles », Koudiat el Guemah (Frenda, 277) « La colline de blé », Koudiat Karrouba (Frenda, 277) « La colline aux caroubiers »…

Le vocable à valeur oronymique d’un emploi aussi fréquent est « Kef ». Il sert à désigner « un rocher, pic, crête à pic, escarpement » (Parmentier): El Kef (Frenda, 277), Kef et Touila (Teniet el Had, 134) « Le rocher à la longue crête », Kef ech chems (Ain Hadid, 276) « Le rocher du soleil », Kef el Assa (Sersou, 189) « Le rocher des gardiens », Kef Oulad Sidi Daham (Mellakou, 246) « Le rocher des fils de Monseigneur Daham », Kef Oulad Mansour (Frenda, 277) « Le rocher des enfants de Mansour », Kef Oulad Djababra (Frenda, 277) « Le rocher des Djababra » (ethnique), Kef el Nasser (Sidi Hosni, 187) « Le rocher de Nasser » (nom de personne), Kef Si Amar (Ain Hadid, 276) « Le rocher de si Amar: Kef el Frid (Sid Hosni, 187) « Rocher des bœufs », Kef Nesr (Mechraa Sfa, 215) « Le pic de l’aigle »;  Kef el Bia (Frenda, 277) « Le rocher de la lionne », Kef al Rhenama (Teniet el Had, 134) « Le rocher aux moutons »;  Kef el Zeboudj (Rahouia, 186) « Le rocher aux oliviers sauvages ».

La forme des terrains offre des noms en quantité fort importante dans les désignations microtoponymique. Ces oronymes sont aussi nombreux que variés. Viennent en premier lieu ceux qui sont assimilés aux différentes parties du corps humain, « vocables qui sont devenus par métaphore des termes géographiques très répandus » (Pellegrin, 1949: 35).

- « Ras »  littéralement  « tête »,  a formé  des  oronymes  avec le sens de « sommet de montagne, pic, pointe »: Ras er Rihane (Bordj Bounâama, 132) « La pointe aux vents », Ras el Khenneg (Frenda, 277) « Le pic du défilé », Ras Faid el Abiod (Mellakou, 246) « Le pic du ravin blanc ».

-  « Draa », littéralement « bras et avant bras », désigne un côteau, une hauteur allongée, un chaînon de montagne » (Pellegrin). Il est présent à l’état isolé dans Ed Draa (Teniet el Had, 134) et comme déterminant dans Draa Leben (Ksar Chellala, 249) « Le côteau au petit lait », Draa Djemaa Fattoum (Sersou, 189) « Le côteau de l’assemblée de Fattoum », Draa Mansour (Sersou, 189) « Le côteau de Mansour ».

-  « Rokba », littéralement « col », s’applique à des « hauteurs, des collines, des mamelons ». Il a pour synonyme « Ragouba »: Rokbet ed Deba (Sersou, 189) « La colline de l’Ourse », Rokbet es Sba (Sersou, 189) « Colline du lion », Rokbet Ouled Slimane (Tissemsilt, 188) « La colline des fils de Slimane », Ragoubet ben Rhemich (Ain Hadid, 246) « La colline des enfants de Rhemich ».

-  « Dehar », littéralement « dos », désigne une croupe de montagnes larges et arrondies: Dehar Zeboudj (Mellakou, 246). « La croupe aux oliviers sauvages », Dehar Knaïcha (Rahouia, 186) « La croupe des Knaïcha » (ethnique), Dehar Ali (Ain Hadid, 276) « La croupe de Ali », Koudiat Dehar el Hamara (Rahouia, 186) « La colline à la croupe de l’ânesse »...

- « Ennk », " 'ank ", littéralement   « cou, col », est relevé dans Ennk el Kheneg (Rahouia, 186) « Col du défilé », Ennk el Djemel (Mechraa Sfa, 215) « Le col du chameau ».

- « Chareb », littéralement « lèvre », désigne une crête: Chareb er Rih (SidHosni, 187) « La crête aux vents », Redjem ech Chareb (216)  « Le redjem de la crête ».

- La crête est aussi appelée « darsa » qui veut dire littéralement « dent »: Darsa Maamar (Sid Hosni, 187) « La crête de Maamar » (nom de personne), Darset Sid Bakhti (Mechraa Safa, 215) « La crête de Monseigneur Bakhti ».

-  « Foum », littéralement « bouche », désigne « embouchure, débouché d’une vallée »:  Foum el Hammam (Teniet el Had, 134) « L’embouchure du bain », Foum el Ogba (Mechraa Sfa, 215) « L’embouchure de la montée ».

La hauteur a évidemment donné naissance à beaucoup de vocables à caractère oronymique.

-  « Gada / Gaada » ("qa'da") est un « plateau très élevé à bords escarpés »:  Gada (Frenda, 277), El Gaada (Sersou, 189), Gaada Seghira (Mellakou, 246) « Le petit plateau », Gada el Biar (Mellakou, 246) « Le plateau aux puits », Gadet el Hadjer (Teniet el Had, 134) « Le plateau de pierres ».

- « Qalaa/Kalaa/Kalaa » ("Qal'a") est un « plateau entouré d’escarpements formant une citadelle naturelle » (Parmentier), il est mentionné dans El Galaa (Tiaret, 216), Djebel Kalaa (Rahouia, 186) « La montagne à la citadelle », Oued bou Kalaa (Teniet el Had, 134) « L’oued à la citadelle ».

-  « Guern », littéralement « corne », pluriel « groun », « pointe de montagne, petit pic », avec ses variations dialectales, a formé les oronymes: Guern el Maza (Rahouia, 186), littéralement « les cornes de la chèvre », « La montagne aux cornes », Chet el Kernet (Mechraa Sfa, 215) « Le lac aux pics », Megrouna (Sid Hosni, 187) littéralement « La cornée » « La montagne aux pics ».

- « Nador » du verbe arabe نظــر « observer », est un « observatoire, tour de vigile, montagne formant vigie » (Parmentier), noté dans Djebel Nador (Teniet el Had, 134) « Montagne de l’observatoire », Koudiat Nador (Mellakou, 246) « La colline de l’observatoire », Oued Nadour (Rahouia, 186)  « Oued de l’observatoire ».

- « Chebka » littéralement « filet, filet de pêche, est un « réseau de petits manchons que l’on rencontre fréquemment dans les terrains tertiaires du Tell algérien, et qui sont disposés comme les mailles d’un filet » (Parmentier). Ce nom est relevé dans Chebka (Sersou, 189), Djebel Chebka (Ain Kermes, 307) « La montagne aux petits manchons », Chebkat el Oglat (Ksar Chellala, 249) « Les manchons aux puits ».

- « Garaa / Goraat » ("gar'a")« hauteur terminée par un méplat (table), témoin d’érosion » (Parmentier) est mentionné dans Garaa Djenaïn (Ain Kermes, 307) « Le méplat des jardins », Goraat el Hamar (Rahouia, 186) « Le méplat de l’ânesse », Chet el Goraa (Frenda, 277) « Lac salé du méplat ».

- Le mamelon ou le côteau peut aussi être appelé « argoub » (" 'argub"):

Argoub (Takhemaret, 245), Argoub el Djeniane (Mechraa Sfa, 215) « Le mamelon des jardins », Argoub Djeddour (Takhemaret, 245) « Le côteau des souches d’arbres ».

- « Tirés » pluriel « Touarés » est fréquemment employé pour désigner des terrains mamelonnés, très boueux en hiver. Il est relevé dans Tirés (Mellakou, 246), Et Tirés (Frenda, 277), Touarés (Mechraa Sfa, 215) Bled Tirés (Frenda, 277) « Le pays des terrains mamelonnés », Koudiat Touarés (Bordj Bounâama, 132) « La collline des terrains mamelonnés », Ain Touarés.

- « Talaat » ("Tal'at") est une « montée »;  peu usité, il est recensé dans Talaat er Rmel (Mellakou, 246) « La montée de sable », Djebel Talaat Maamar (Bordj Bounâama, 132): « La montagne de la montée de Maamar ».

- L’on adjoindra, également, à notre nomenclature les noms qui désignent les cols, les passages et les défilés. La microtoponymie de la région de Tiaret nous propose les vocables suivants:

« Kheneg » ou « Khenga » dérivé dialectal de l’arabe « خنـق» « étrangler ».

Il désigne un défilé, une gorge de montagne, un passage étranglé: El Kreneg (Frenda, 277) « Le défilé », Kheneg en Nahr (Sersou, 189) « Le défilé de la rivière », Ain Kreneg (Ain Hadid, 276) « La source du défilé », Khenigat Zaouch (Mellakou, 246) « Le défilé aux oiseaux », Ras el Khenneg (Frenda, 277)  « Le pic du défilé ».

Les cols de montagne sont connus sous le nom de « Thenia », Teniet (Takhemaret, 245) Et Tenia (Takhemaret, 245), Teniet El Had (Teniet el Had, 134) « Le col du dimanche » ou « Col de la limite », Teniet el Tine (Mechraa Sfa, 215): « Le col de l’argile », Oued Tenia (Frenda, 277) « L’oued du col ».

- Les noms qui désignent les ravins, les cavernes, les crevasses de montagnes « Chabet », « ravin, crevasse de montagne »: Chabet el Ahma (Ksar Chellala, 249) « Le ravin de la vase », Chabet Tsabet (Nador, 278) « Le ravin de Tsabet » (nom de personne)… Lorsque le ravin se change en cours d’eau au moment des pluies, il est dénommé « Faïdh »: Faïd el Kelba (Sersou, 189) « Le ravin de la chienne », Faïd el Kerma (Sersou, 189) « Le ravin du figuier », Faïd el Trab (Tiaret, 216) « Le ravin de sable », Faïd Mohamed (Mellakou, 246).

Une caverne, une grotte est appelée « Ghar », transcrit « Rhar » = Rhar el Hammam (Ain Hadid, 276)  « La grotte des bains », Rhar el Kelb (Sid Hosni, 187) « La grotte du chien », Djebel Rhar es Seba (Takhemaret, 245) « La montagne de la grotte du lion ». « Khaloua » désigne une caverne = El Kraloua (Tiaret, 216) « La caverne », Djebel Khaloua (Mechraa Sfa, 215) « La montagne à la caverne », Ain el Kheloua (Sid Hosni, 187) « La source de la caverne ».

- Ceux qui désignent des dépressions « Dhaïa (-et) » est un  bas fond en cuvette, dépression où les pluies d’hiver forment des grandes mares. « A moitié desséchées, les dhayas se couvrent souvent de végétation lui donnant l’aspect d’ilôts verdoyants » (Parmentier). Il est relevé dans Daïet el Kahla (Tiaret, 216) « La dépression noire », Daïet el Ouali (Tiaret, 216) « La dépression du saint », Daïet Ouled Brahim (Tiaret, 216) « La dépression des enfants de Brahim », Daïet Tirés (Tiaret, 216) « La dépression des terrains mamelonnés ».

-  « Haoudh », diminutif « Houid » est une petite fosse, bassin, dépression en forme de cuvette entre les dunes. Il est mentionné dans Haoud Deba (Mellakou, 246) « Le bassin de l’ours », Houd Ziata (Mellakou, 246) « Le bassin des Ziata » (ethnique), Faïd el Houïd (frenda, 277) « Le revin du petit bassin », Koudiat Haoud Rhezlane (Bordj Bounâama, 132) «  La colline du petit bassin des gazelles ».

Les noms d’animaux et de végétaux dans la toponymie

Les noms d’animaux et des végétaux de souche arabe ont fourni leur contingent à la nomenclature toponymique. Les espèces cristallisées dans les désignations microtoponymiques nous fournissent des renseignements, à une date plus récente, des représentants de la faune et de la flore jadis dominants,  et disparus de la région nord-africaine (Gautier, 1952: 145-174).

Cette nomenclature variée des bases oronymiques est essentiellement formée de vocables de l’arabe parlé algérien (ou maghrébin).

Compte tenu du rôle important, voire capital du monde végétal et animal dans la survie des communautés humaines, les désignations toponymiques et les catégories sémantiques empruntées à ces deux règnes se caractérisent par l’archaïsme des vocables et par l’origine rurale de leurs usagers.

Les noms d’animaux et de végétaux sont représentés en nombre approximativement égal dans la microtoponymie de Tiaret.

- noms d’animaux  : 122 vocables

- noms de végétaux: 125 vocables

Rarement employés seuls, ces vocables généralement de formation arabe dialectale, sont précédés d’un déterminatif, le souvent à caractère topographique et hydronymique.

Les noms d’animaux 

Le règne animal est présenté en microtoponymie de souche arabe, en premier lieu, par un animal domestique: « l’âne » ou plutôt « l’ânesse »: 12 vocables.  A l’état isolé, nous le trouvons dans El Hamr (Ain Hadid, 276): « L’âne »;  comme second élément, il est présent dans Ain Hamara (Sid Hosni, 246) « Source de l’ânesse », Oued el Hamara (Mechraa Sfa, 215) « Oued de l’ânesse », Chet el Hamara (Frenda, 277) « Lac salé de l’ânesse »…

Les animaux sauvages sont présents, en tête le lion (« sba’ ») (9 vocables) = Ain es Seba (Tiaret, 216) « Source du lion », Chet Lesba (215), Lac salé du lion, Djebel es Seba (Mellakou, 246): « Montagne du lion », Kef el Bia (Frenda, 277): « Rocher de la lionne », la panthère « Nmer » est relevé dans trois noms de lieux: Nemira (Ain Kermes, 307) « La panthère femelle », Oued Nemira (Ain Kermes, 307) « Oued de la panthère », Koudiat en Nemeur (Ain Hadid, 276) « Colline des panthères.

Les autres représentants des animaux sauvages sont dans l’ordre décroissant:

Le chacal  ou loup "dib" (6 vocables): Chet Sekkine ed Dib (Ain Kermes, 307) « Lac des dunes du chacal », Aïoun Dbiba « Source du petit loup » Nebch ed Dib (Nador, 278) « Terrier du chacal »- « L’ours » "deb", Chet Ed Deb (Mechraa Sfa, 215): « Lac salé de l’ours », Rhar Deba (Mellakou, 246) « Grotte de l’ourse », Haoud Deba (Mellakou, 246), « La fosse aux ourses »…;  - la « gazelle » (07 vocables), Ain Rhezala (Mechraa Sfa, 215) « Source de la gazelle », Djebel Rhezala (Mechraa Sfa, 215)  « Montagne de la gazelle », Ain Rhezlane (Bordj Bounâama, 132) « Source des gazelles », Ragoubet Rhezlane (Teniet el Had, 134) « Colline des gazelles ».

Les noms d’oiseaux les plus nombreux sont: « el ‘aqab » ou « en nesr » « L’aigle ». Selon François Viré, En Nesr serait d’origine akkadienne, « nasru »  « il ne s’appliquait qu’à l’aigle et au gypaète-barbu » (1986, p: 348). L’arabe en a fait un usage plus étendu, à toutes les espèces de vulturidés de grande taille. Ce nom d’oiseau est relevé dans: Kef Nesr (Mechraa Sfa, 215) « Rocher de l’aigle », Ain Nsoura (Teniet el Had, 134)  « Source des aigles », Ain Ougueb (Mechraa Sfa, 215) « Source de l’aigle », Hadjarat el Agab (Ain Kermes, 307) « Pierre de l’aigle ».

« Ghrab », de l’arabe classique « Ghurab » « corbeau », est proche de l’araméen ‘ÔR’BÂ et de l’hébreu ‘ÔRÊB: « Ces trois cousins émanent directement de l’akkadien ARĒBU / ERĒBU/ HEREBU de même sens » (Viré: 348). Ce corvidé est noté dans Ain el Rhorab (Mellakou, 246) « Source du corbeau », Ouled Rhorab (Bordj Bounâama, 132) « Oued des corbeaux », Bled el Rhorab (Ain Kermes, 307) « Pays des corbeaux », Djebel Rhorab (Mellakou, 246) « Montagne des corbeaux ».

La perdrix est aussi employée que le corbeau, Koudiat el Hadjela (Ain Hadid, 276) « Colline de la perdrix », Koudiat ain el Hadjela (Bordj Bounâama, 132) « Colline de la source aux perdrix », Metameur Hadjela (Ain Kermes, 307)  « Silo aux perdrix », Oued bou Hadjela (Bordj Bounâama, 132) « Oued où abondent les perdrix ».

D’autres noms d’oiseaux, employés de manière fréquente, ont donné naissance à des toponymes: Khenigat Zaouch (Mellakou, 246) «  Gorge des moineaux », Ain Hammama (Teniet el Had, 134) « Source de la pigeonne », Ain Naama (Tissemsilt, 188) « Source de l’autruche ».

Les animaux domestiques ont aussi leur contingent, en tête hamar « âne » relevé plus haut. Ce sont le bœuf, la vache… qui viennent en seconde position. Nous citons = El Ferdate (Ain Hadid, 276)  « La paire de bœufs », Chet el Frid (Sid Hosni, 187) « Lac aux bœufs », Kef el Frid (Sid Hosni, 187) « Rocher aux bœufs »; - Bled el Bagrat (Frenda, 277) « Pays des vaches » Merdjet el Bekkour (Bordj Bounâama, 132)  « Prairie des vaches »;  Kebch (Ain Hadid, 276) « Le bélier »; - Oued el Atrouss (Mechraa Sfa, 215)  « Oued du bouc »;  - Oued el Kherrouf (Ain Kermes, 307) « Oued des moutons »; - Dir el Maza (Ain Hadid, 276) « Rocher des mulets »; - Chet dir el Aouda (Teniet el Had, 134) « Lac de l’escarpement de la jument ».

Les animaux domestiques sahariens sont également représentés en microtoponymie. Indispensable, le chameau est noté dans les vocables suivants: Koudiat en Nega ("naga") (Mechraa Sfa, 215) « Colline de la chamelle », Bled en Nouïga (Tiaret, 216) « Pays de la petite chamelle », Ain Afsat en Naga (Tissemsilt, 188) « Source de l’empreinte de la chamelle », Ain el Ibel (Mechraa Sfa, 215) « Source du chameau », Hadjar el Ibel (Nador, 278) « Le rocher du chameau ».

L’ami fidèle de l’homme a été cristallisé en microtoponymie: Ain el Kelb (Mechraa Sfa, 215) « Source du chien », Rhar el Kelb (Sid Hosni, 187) « Grotte du chien », Argoub el Kelb (Sid Hosni, 187) « Colline du chien », Bled Tirés Slougui (Teniet el Had, 134)  « Les terrains nus aux lévriers ».

Enfin, nous trouvons les reptiles, les insectes, les poissons… « Hanech » : « Serpent » est fréquent en microtoponymie. Ayant toujours marqué l’imaginaire humain, ce reptile est cristallisé à l’état isolé dans El Hanèche (Mechraa Sfa, 215), comme second composant dans: Bled el Hanèche (Tiaret, 216) « Territoire du Serpent », Ain el Hanèche (Mechraa Sfa, 215) « Source du Serpent », Oued Gueltat el Hanech (Mellakou, 246) « Oued de la mare aux serpents».

Dans les divers, l’on citera Hassi Khnefis (Sid Hosni, 187) « Puits aux scarabées », Ain bou Djerada (Sid Hosni, 187) « Source aux sauterelles », Oued Djerad (Frenda, 217), « L’oued aux sauterelles », Ain ed Debane (Sersou, 188) « La source aux mouches », Ain el Hout (Sid Hosni, 187) « La source aux poissons », Oued bou Djerane (Tiaret, 216) « Oued où abondent les grenouilles », Ain Alleg (Nador, 278) « Source des sang-sues ».

Les noms de végétaux 

Comme les noms d’animaux, les végétaux ont une grande part dans la dénomination des lieux. Ils donnèrent souvent leurs noms aux endroits où ils abondent, ou là où ils caractérisent un lieu par leur présence unique ou isolée.

Les hommes emploient souvent des mots simples pour désigner un endroit: « l’arbre »: Ain Sedjra (Mechraa Sfa, 215) « Source de l’arbre », Koudiat Sedjra (Mechraa Sfa, 215) « Colline de l’arbre », Sedjra Griba (Mechraa Sfa, 215) littéralement « L’arbre proche », Sedjrat Mkahella (Mellakou, 246) « L’arbre des Mkahella » (nom de personne) ; Sedjerat Zebboudj « La souche du jujubier sauvage », Argoub Djeddour (Takhemaret, 245) « Colline des souches ».

En tête des arbonymes, l’on relèvera: l’amandier dans El Louza (Frenda, 277) « L’amande ou l’amandier ». « L’endroit où poussent les amandiers », Ain Louza (Mellakou, 246)  « Source de l’amandier », Djebel  Louz (Mechraa Sfa, 215) « Montagne des amandiers ».Viennent ensuite:

- Le premier: Ain Berkouk (Bordj Bounâama, 132) « Source du prunier », Djebel Bergoug (Mellakou, 246) « Montagne du prunier »;  - la vigne: Dalia (Ain Hadid, 276) « L’endroit où pousse la vigne », Ain Dalia (Bordj Bounâama, 132) « Source de la vigne »;  l’olivier: Zitounia (Mechraa Sfa, 215) « L’endroit où poussent les oliviers »;  le palmier: Ain Nekhla (Sid Hosni, 187) « Source du palmier »; - le peuplier: Ain Safsaf (Tissemsilt, 188) « Source des peupliers »;  les pins maritimes: Snouber (Ain Hadid, 276) « L’endroit où poussent les peupliers ».

Les arbres sont parfois représentés par leur fruits: Chet Tmer (Frenda, 277) « Lac aux dattes », Hadjerat Tmer (Tissemsilt, 187) « La roche aux dattes ».

Les jujubiers sauvages sont fréquemment employés en microtoponymie, à l’état isolé: Es-Sedra (Mellakou, 246), « Lieu où poussent les jujubiers sauvages », a été noté à trois reprises;  comme second élément dans Hadjerat Sedra (Ain Kermes, 307) « Pierres du jujubier sauvage », Argoub Sedra (Takhemaret, 245) « Colline du jujubier sauvage », Kchour Sedour (Mellakou, 246) littéralement « Ecorces des jujubiers sauvages ».

La richesse des noms de végétaux herbacés est tellement vaste qu’on se contentera de citer les principaux: - « Zaater », latin Thymus (Trabut, 1940: 289): Ez-Zaater, Bled Zaater, Dir Zaater (Frenda, 277) « Les terrains de thym » « l’escarpement du thym »;  « Besbes »: fenouil sauvage, latin foeniculum (Trabut, 288) recueilli dans Oued Besbés (Ain Kermes, 307) « Oued du fenouil sauvage » et Chet Besbés (Sid Hosni, 187) « Lac salé du fenouil »;

- Les lauriers roses: Ain Defla (Mellakou, 246);  - « Les frênes »: Hadjar bou Dardar (Tissemsilt, 188) « Pierre aux frênes »;  - l’alfa: Teniet el Alfa (Teniet el Had, 134) « Col d’alfa », Djebel Draa el Alfa (Teniet el Had, 134) « Montagne au côteau d’alfa »;  - « le diss », latin ampelodemos tenase : Ain Diss (Nador, 278);  - « Les roseaux »: Ain el Kseub (Mechraa Sfa, 215) « Sources aux roseaux »; - « l’ortie »: El Hariga (Ain Hadid, 276) « Endroit où poussent les orties », Bled el Hariga (Ain Kermés, 307);  - « les truffes »: Ain Terfast (Sougueur, 247) « Source aux truffes », Rokbet Terfas (Tissemsilt, 188) « Colline des truffes »;  « L’armoise »: Chet ech Chih (Frenda, 277) « Lac salé de l’armoise »; - « la pouliot »: Ain Fliou (Teniet el Had, 134) « Source de la pouliot »;  - « la doucette d’Alger », latin Fedia cornucopae  Koudiat Takouk (Teniet el Had, 132) « Colline à la doucette d’Alger »…

D’autres toponymes contiennent des noms de végétaux beaucoup plus spécialisés:

"Dérias", lat. Thapsia (Trabut): Aïoun el Dérias (Tissemsilt, 188);  - Annk el Djamel lat. Aristolochine,  Chet Annk el Djamel;  - "Senar" lat.lygeum: Senar (Ain Kermes, 307), Chet Senar (Mechraa Sfa, 215);  - "Qernina" lat. Cyrana: El Guernina (Ain Hadid, 276);  " Boucila " lat. Pisum: Teniet el Bosseila (Sid Hosni, 187)…

Enfin, nous citerons ceux qui réfèrent aux céréales: Koudiat el Guemah (Sid Hosni, 187) « Laxalline de blé », Oued Chaïr (cha'ir) (Frenda, 277) « L’Oued de l’orge », Bou Choucha (Ain Hadid, 276) nom de variété de blé, lat, Salvia.

Les catégories sémantiques appartenant au règne animal et végétal et empruntées par la microtoponymie pour désigner des lieux fournit, nous venons de le voir, des renseignements utiles sur la présence à une époque assez récente des animaux sauvages disparus actuellement. Les noms de végétaux sont aussi très importants, d’autant plus qu’ils permettent d’établir des rapports entre la toponymie et la topographie historique. C'est dire à quel point la toponymie est en mesure de nous renseigner sur l’état des terrains à des époques données ainsi que sur les changements climatiques qu’a connus l'Algérie et la région des Hauts Plateaux en particulier.

 

Bases

Top.

%

 

 

Bases

Top.

%

1

Ain

597

18, 54

 

34

Tires

08

00, 24

2

Sidi

306

09, 85

 

35

Argoub

07

00, 22

3

Oued

286

08, 88

 

36

Haoud

07

00, 21

4

Djebel

170

05, 27

 

37

Hammam

07

00, 21

5

Chett

164

05, 09

 

38

Merdja

06

00, 18

6

Koudia

135

04, 19

 

39

Ghar

06

00, 18

7

Bou

134

04, 16

 

40

Ragoubet

06

00, 18

8

Douar

111

03, 44

 

41

Gaada

05

00, 15

9

Ben-Bel

107

03, 32

 

42

Chabet

04

00, 12

10

Bled

89

02, 76

 

43

Khaloua

04

00, 12

11

Kef

78

02, 42

 

44

Qaala

04

00, 12

12

Oued

50

11, 55

 

45

Guelta

04

00, 12

13

Redjem

31

00, 96

 

46

Sagaa

04

00, 12

14

Mechta

28

00, 86

 

47

Koum

04

00, 12

15

Lalla

21

00, 65

 

48

Haouitat

03

00, 09

16

Faïd

20

00, 62

 

49

Chebka

03

00, 09

17

Rokbet

18

00, 55

 

50

Haoud

03

00, 09

18

Marabrat

18

00, 55

 

51

Doui

03

00, 09

19

Cheikh

17

00, 52

 

52

Mekta

03

00, 09

20

Ras

16

00, 49

 

53

Zaouia

03

00, 09

21

Matmoura

15

00, 46

 

54

Mesraf

02

-     -

22

Daiet

15

00, 46

 

55

Bir

02

-     -

23

Kheneg

15

00, 46

 

56

Nahr

02

-     -

24

Gaada

15

00, 46

 

57

Ennk

02

-     -

25

Hassi

15

00, 46

 

58

Hank

02

-     -

26

Draa

13

00, 40

 

59

Aoud

02

-     -

27

Kherba

13

00, 40

 

60

Redjel

02

-     -

28

Theniet

13

00, 40

 

61

Foum

02

-     -

29

Mqam

12

00, 37

 

62

Darsa

02

00, 11

30

Hadjar

12

00, 37

 

 

 

 

 

31

Djenet

09

00, 27

 

 

 

 

 

32

Dehar

09

00, 27

 

 

 

 

 

33

Graïa

09

00, 27

 

 

 

 

 

Tableau  II. Bases (ou génériques) toponymiques


Conclusion

Nous povons déduire à la fin de cette description que la microtoponymie de souche arabe de la régio de Tiaret a connu plusieurs étapes: la première, celle de la période médiévale, débutant avec la fondation de l’Etat rostémide. Les toponymes cités par les auteurs arabes appartiennent exclusivement à l’arabe classique. Leur réemploi, pour ainsi dire, est nul dans les usages onomastiques à cette période, d’où leur disparition dans la nomenclature actuelle. 

Quelques hypothèses explicatives peuvent être avancées. On évoquera d’abord le caractère religieux, voire théocratique (M.Kaddache, 199O: 28) de la capitale rostémide, où les considérations linguistiques normatives liées à la sacralisation de l’arabe classique, langue du Qoran, sont très rigoureuses. L’on pourra vraisemblablement dire que les usages sont le fruit d’une élite arabophone et non de la grande masse des autochtones, des tribus rurales berbères[15].

La chute de Tihert et sa destruction par les Fatimides ont précipité la disparition de ces toponymes. Cependant, quel soit le degré de destruction de cette cité, elle ne saurait aboutir à un tel résultat chez une population dont l’attachement aux éléments étrangers qu’elle désire intégrer est tout de même signitificatif. La disparition de la première cité musulmane dans le Maghreb central ne suppose pas pour autant le non-réemploi des vocables relevés dans d’autres désignations toponymiques. C’est pourquoi il nous paraît dans ce contexte que c’est le mode de désignation toponymique qui a été déterminant: ce sont des désignations « systématiques », « acte réfléchi de l’autorité, d’un conquérant, d’un fondateur » (Dauzat, 1960: 19), plus sujettes à l’oubli, à la disparition que les désignations « spontanées », produit de l’imaginaire populaire local.

Il résulte de ce qui précède que l’arabisation de cette toponymie a été beaucoup plus le produit de l’action des locuteurs berbères bien ancrés dans la région que de l’élite arabophone citadine. Cet état de faits transparaît dans la microtoponymie à base de noms de relief où la variété des vocables se caractérise du point de vue linguistique par leur type dialectal (arabe algérien) tant sur le plan sémantique (extension, réduction de sens …) que phonétique    et morpho-syntaxique (réduction de la durée vocalique, disparition du coup de glotte, modification du genre, du nombre, adjonction d’affixes de la langue source…)[16]. Les formations toponymiques de la nomenclature actuelle sont issues généralement de l’arabe algérien. Nous nous trouvons peut-être dans la région de Tiaret au tout début d’un long processus de lexicalisation de termes arabes dans la langue berbère, et probablement actuellement dans le cours  d’une autonomisation d’une autre langue. Avec la destruction de Tihert, les tribus berbères originaires de la région: Meghila, Luwata, Matmata, Maknasa…continuèrent à s’islamiser, et par là à s’arabiser, sans continuer pour autant à berbériser l’arabe classique.

L’évolution de la copénétration de ces deux systèmes linguistiques et leur cristallisationdans la dénomination des lieux s’est articulée sous les aspects suivants:

  1. La disparition des bases de souche berbère toutes catégories confondues: Tala, Aourir, At… et leur substitution systématique par des déterminatifs arabes ‘ayn, wed, beni...
  2. Le procès d’hybridation dominant mis en œuvre est établi selon le schéma:

- base de souche arabe    +     toponyme de souche berbère

- berbérisation de termes arabes

- arabisation de termes berbères

Sur un plan sémantique, la toponymie de souche arabe se caractérise par la prédominance des catégories ayant trait à l’eau et à l’élément humain. Les noms de lieux à base de ‘ayn, wed, chet représentent à eux – seuls un total de 1047 toponymes, soit 32, 51 % de la nomenclature de la région de Tiaret.

Les noms de relief se caractérisent moins par leur nombre que par la diversité de leurs bases (Tableau II), dont un grand nombre sont, du point de vue sémantique, des termes du lexique de l’arabe maghrébin (Khaloua, darsa, chebka, argoub, koudia, etc.).

Mais ce qui caractérise le plus la toponymie de souche arabe, et qui la différencie par conséquent de la toponymie berbère, c’est la part et la place de l’anthroponymie. Contrairement à la toponymie de souche berbère où prédomine la référence topographique ou le caractère utilitaire, la toponymie de souche arabe met en évidence et établit de manière directe et priviligiée le lien entre les noms de personnes et les noms de lieux. Les formations anthroponymiques fonctionnent comme déterminant à des noms aussi bien topographiques, hagionymiques, ethniques…que de propriété.

Il faut ajouter la nature religieuse (musulmane et biblique) sous forme d’attributs de Dieu, noms de prophètes, compagnons de prophètes, fêtes religieuses…de ces désignations onomastiques. Beaucoup de noms à connotation musulmane ont leurs correspondants bibliques. Pour Cheriguen (1993), ces derniers ont été introduits en Afrique du Nord avant l’arrivée des Arabes, par le biais du Judaïsme et du Christianisme. Dans le monde chrétien, insiste Tabet (1882: 26), « la plupart des noms de baptème sont empruntés aux Annales de l’Eglise ». Comme dans la religion musulmane, le nom, dans l’Ancien et le Nouveau Testament, que porte la personne « n’est pas une désignation arbitraire » (L.Mouloubou et F.M. Du Buit, Dictionnaire biblique universel, 1984: 509).

La toponymie de souche française, entrant en infraction, dès les premiers jours de la colonisation (Lire article de Brahim Atoui) dans la paysage dénominatif local, est, du point de vue de la représentation mentale onomastique et des domaines sémantiques dominants, beaucoup plus proche, et aussi paradoxale soit-il, de la formation arabe que libyco-berbère. Mais celà est une toute autre problématique !

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Carte de l’Algérie (1877) 1/ 400 000 °, d'après les officiers et les reconaissances des officiers d'état major. Province d’Oran, Paris

Carte indiquant la délimitation territoriale de la partie occidentale du Tell algérien constituant le département d'Oran, 1872, revue en 1874,    1 / 400 000°

Cartes 1/ 50 000° de l'INC (Institut National de Cartographie) Algérie

Bordj Bounâama               n°132

Teniet el had  n°134

Rahouia         n°185

Sid Hosni      n°186

Tissemsilt      n°188

Sersou           n°189

Mechra Sfa     n°215

Tiaret           n°216

Takhemare   n°245

Mellakou      n°246

Sougueur      n°247

Ksar Chellala n°249

Ain Hadid    n°246

Frenda         n°277

Nador         n°278

Ain Kermes      n°307


Notes

[1] Lire  F.BENRAMDANE,  « Toponymie et étude des appellations françaises ou francisées des noms de lieux de la région de Tiaret ».Thèse de magister,  sous la direction du Professeur F.Cheriguen. Président du jury: Professeur Mahfoud Kaddache,  ILE,  Université d’Alger,  1995,  texte ronéoté

[2] Nous retrouvons approximativement la même proportion à une échelle beaucoup plus importante: lire F.CHERIGUEN « Toponymie des lieux habités. Les noms composés ». Dar El Ijhidad. Editions Epigraphe. Alger,  1993.

[3] « …cette simplification obéit à la loi de l’économie linguistique,  (…)   c’est le produit d’une différence entre un arabe classique sacralisé,  en Afrique du Nord et un arabe algérien populaire et plus profane. (…) D’autres causes peuvent aussi être à l’origine de cette désacralisation du nom: le contact prolongé de l’arabe avec le berbère dont le substrat en matière de croyance est de nature moins rigide parce que polythéiste, … »

CHERIGUEN (F),  Toponymie des lieux habités. Les noms composés. Ed. Dar al Ijtihad. Alger, 1993, p. 65

[4] Lire notre article « Espace,  langue et identité au Maghreb. Du nom au symbole » in Insaniyat n°9 « Maghreb: culture,  altérité. CRASC,  Oran 1999.

[5] Né en 470/1077,  mort en 561/1166 à Bagdad,  théologien hambalite, prédicateur et mystique « Les auteurs de monographies sur ce personnage le considèrent comme le plus grand saint de l’Islam… » Encyclopédie de l’Islam (1960),  nouvelle édition,  sous le patonnage de l’Union académique internationale.GP Maisonneuve Max Besson.Succursale Paris pp. 70-71

[6] - « Wali Allah » = « ami de Dieu » vient,  selon Glassé du Coran (X, 63) « Les amis de Dieu seront à l’abri de toute crainte et ne seront point attristés ». GLASSE (Cyril),  1991,  Dictionnaire encyclopédique de l’Islam,  préface de J.Berque,  trad. et adapté de l’anglais par Y.Thoraval.Ed. originale, 1989,  Londres.Ed.Bordas,  (p.344).   

[7] Il faut bien voir là aussi des pratiques bien plus anciennes que  la période musulmane. Si le signifiant est arabe,  le signifié,  par contre,  pourrait être antérieure  à cette période. Pour Camps (1980),   « Comme la plupart des peuples primitifs,  les Africains avaient conscience d’une puissance répandues dans la nature et pouvant se manifester,  à tout moment,  dans un accident topographique ».

[8] Jusqu’à présent,  l’on continue dans les zones rurales de Tiaret de jurer par l’empreinte des pieds des saints.

[9] « Ils (Les berbères Sanhadja ou Zénètes) étaient certes préparés au monothéisme absolu de l’Islam par le développement récent du  christianisme …. » CAMPS (Gabriel) (1977: 136).

[10] Voir infra. Les noms divins en Islam.

[11] Lire notre article « Violence et état civil en Algérie. Eléments pour un onomacide sémantique » in Insaniyat n°10  Violence: contribution au débat,  CRASC,  Oran,  2000

[12] Carte de l’Algérie (1877) 1/400 000. Province d’Oran. Armée française

[13] Tabet s’est  limité à énoncer cette hypothèse sans faire une démonstration de la hiérarchie des bases ethnonymiques pour voir si elle correspond à la réalité des faits. TABET (Elie),   Notes sur l’organisation des tribus et étymologie des noms propres. Heintz,  Chazeau et Cie Oran,  1882,  p.25

[14] Cette nomenclature variée des bases oronymiques est essentiellement formée de vocables de l’arabe parlé algérien (ou maghrébin).

[15] Al Muqaddasi avait relevé au Xe siècle la présence de plusieurs idiomes: « La langue des habitants du Maghreb est l’arabe,  mais un arabe pur et intelligible et différent de l’idiome dont nous avons signalé l’usage dans les autres provinces » op. cit.,  p. 84                                                                         

[16] CHERIGUEN (F),  1994,  “ Le contact de cette langue (arabe classique) avec le berbère a donné naissance à une nouvelle langue: l’arabe (dit parlé) maghrébin qui doit donc au berbère,  hormis une bonne partie de son vocabulaire,  des structures syntaxiques analogues et une simplification phonétique dont la disparition de l’emphase,  du hamza,  la réduction vocalique et consonantique ne sont pas des moindres ». Toponymie algérienne...op.cit.,  p.124