Publications PNR du CRASC

Centre de Recherche en Anthropologie Sociale et Culturelle

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PNR du Crasc, 2005, p. 139-145  | Texte intégral 


 

 

 

Le Livre 2 présente les résultats d’une recherche qualitative menée auprès d’une population d’enfants engagés dans le système scolaire en première et sixième année primaire et qui ont fréquenté soit la classe enfantine, soit l’école coranique. L’étude a également pris une population témoin n’ayant fréquenté aucune structure de préscolarisation. L’objectif principal était d’évaluer la performance de ces enfants dans trois domaines de compétences clés : le langage, le raisonnement et la créativité à partir de tests pré élaborés par notre équipe. L’étude de l’évaluation des résultats scolaires à partir des notes obtenues par les enfants et des appréciations faites par l’enseignant a été abordé dans un autre axe comme un indicateur du fonctionnement de l’école et comme base de comparaisons pour les résultats des tests élaborés par les chercheurs dans les autres axes.

Des recherches sur le préscolaire en Algérie[1] ont montré que la réussite différentielle des enfants, selon les types de structures préscolaires fréquentés, s’estompe au fur et à mesure qu’ils avancent dans le système scolaire. L’effet compensatoire diminue assez rapidement. Cependant, aujourd’hui les recherches menées dans les pays développés attestent que : « l’éducation préscolaire engendre des effets à long terme dans la mesure où elle influence la qualité des interactions dont l’enfant bénéficiera au cours des années d’enseignement primaire et secondaire »[2]. Des espaces riches en stimulation éducative entraînent des attentes positives des parents et éducateurs qui à leur tour jouent un rôle dans la réussite des enfants.

Notre souci est de vérifier ces hypothèses et de mettre à la disposition des chercheurs et éducateurs des données variées résultant de plusieurs enquêtes, tout en proposant des hypothèses explicatives visant au développement des connaissances et de la recherche sur la petite enfance.

Cette partie présente donc les résultats d’un projet de recherche réalisé par le groupe durant les années 1996-1998. L’objectif principal de cette recherche est d’étudier et de mesurer les différences qui pourraient exister entre des enfants scolarisés en 1ère année fondamentale et en 6ème année fondamentale selon le type de préscolaire suivi ou non avant l’entrée à l’école. C’est dans le but de mieux cerner la nébuleuse « préscolaire » que nous avons réfléchi à une recherche visant à déterminer si la préparation visée et escomptée (tant par les décideurs, les enseignants ou éducateurs que par les parents), est effective ; en d’autres termes :

le préscolaire, tel qu’il fonctionne actuellement, apporte-t-il un plus à l’enfant qui le fréquente, aussi bien sur le plan du développement de la personnalité que de la réussite scolaire ?

l’enfant, n’ayant pas suivi un préscolaire, est-il défavorisé sur le plan de l’adaptation scolaire en général et quels sont les domaines d’activités les plus sensibles à ce manque de préparation ?

la fréquentation de différents espaces de préscolarisation constitue t-elle un facteur discriminant dans les apprentissages fondamentaux ?

Cet effet différentiel ne peut pertinemment être pris en compte que si, le facteur social est neutralisé, ainsi, le choix de la population cible à enquêter a nécessité le passage par un certain nombre d’étapes : avant de mener notre étude auprès des enfants, il a fallu faire une pré-enquête visant à identifier ceux qui ont suivi un cycle préscolaire avant d’entrer à l’école fondamentale. Deux écoles ont été choisies dans deux quartiers différenciés.

Nous avons pris toutes les classes (dans les deux écoles) de 1ère A.F. à la 6ème A.F, ensuite, à partir d’un questionnaire adressé aux parents, nous avons recensé les enfants qui ont suivi un cycle de préscolaire : classes enfantines, Kuttabs/coranique, classes communales, privé, entreprise. Le questionnaire nous a permis de répondre à un certain nombre de questions telles que les caractéristiques sociodémographiques des parents d’enfants pré scolarisés, les types de structures fréquentées, etc.

Nous allons donc présenter des résultats notre travail structurés autour de six points :

la pré-enquête et le recensement de la population à enquêter

les stratégies familiales de socialisation et l’adaptation scolaire,

les itinéraires scolaires et l’évaluation des apprentissages par les enseignants,

les espaces de socialisation et leur impact sur le développement langagier,

le raisonnement et les espaces de socialisation,

la créativité et l’adaptation scolaire à travers le dessin.

Chaque point de réflexion s’est appuyé sur un questionnement spécifique et des hypothèses. Nous donnons ci-après l’essentiel des interrogations de chaque axe.

Brève présentation des axes de la recherche :

Stratégies familiales de préscolarisation et adaptation scolaire

Des travaux de recherche menés dans un certain nombre de pays (Canada, France, Suisse...) ont mis en évidence l’influence de la socialisation familiale sur le comportement scolaire des enfants. Ainsi note P. Perrenoud (1994) 1  «être bon élève, ce n’est  pas seulement être capable d’assimiler le savoir et savoir-faire complexes. C’est aussi être disposé à «jouer le jeu », à exercer un métier d’élève qui relève du conformisme autant que la compétence. L’habitus des élèves les prédispose inégalement à ce conformisme même s’ils en sont intellectuellement capables ».

L’hypothèse principale est que les représentations et les attitudes parentales vis à vis de l’éducation de l’enfant scolarisé peuvent contribuer à expliquer le mode d’investissement de l’école par l’enfant et sa capacité à mobiliser savoir et savoir-faire à l’école.

Notre questionnement s’articule autour de trois éléments principaux :

Attitudes et comportements éducatifs de la famille vis à vis de l’enfant : au niveau du champ domestique et au niveau du champ scolaire.

Conceptions éducatives sous jacentes : modèles de référence et valeurs de référence.

Attentes vis à vis de l’école

L’interview, à partir du guide d’entretien élaboré selon les objectifs précédemment notés, a été la technique principale de recueil des données dans cet axe. La dispersion des lieux d’habitation et surtout le contexte socio-politique particulier (terrorisme) ne nous ont pas permis de nous déplacer vers nos enquêtés. Nous avons opté, pour des rencontres au sein de l’établissement.

Itinéraires scolaires et évaluation des apprentissages

Tout au long de sa scolarité, l’élève est évalué. L’évaluation constitue une démarche essentielle de la fonction éducative et incombe principalement à l’enseignant. Celui-ci, à travers les notes qu’il administre et les appréciations qu’il émet, informe l’administration, la famille et l’élève lui-même. La problématique générale de cet axe, tentera de répondre à plusieurs questions.

Les différents espaces de socialisation contribuent-ils à des résultats et itinéraires scolaires différenciés?

Quels sont les instruments d’évaluation utilisés et quel est leur degré d’objectivité?

Quels sont les référents sous-jacents aux pratiques d’évaluation des enseignants?

Notre travail s’est basé sur une enquête de terrain utilisant plusieurs techniques :

des entretiens avec les enseignants afin de recueillir des informations d’ordre qualitatif sur les apprentissages de leurs élèves;

l’analyse des résultats scolaires à travers l’étude des notes et des appréciations portées sur : les cahiers, les carnets scolaires.

la comparaison des notes se rapportant à différentes matières.

Les espaces de socialisation et leur impact sur le développement langagier

Le langage, en tant qu’objet cognitif et objet social, se développe à travers les interactions, par l’insertion dans différents milieux sociaux, aussi bien dans les interactions adulte/enfant qu’avec les pairs.

L’insertion dans les milieux différents et contrastés peut avoir un impact négatif ou positif sur le développement des compétences langagières.

Dans le contexte algérien, l’enfant peut évoluer à l’âge préscolaire, dans l’un de ces environnements qui peut être corrélatif au mode de pensée de la famille ou bien à une classe sociale : école préparatoire, classes maternelles, jardins d’enfants, école coranique, environnement social immédiat l’entourage familial et parfois la ‘rue’. Si dans les premiers espaces, l’enfant est confronté à un enseignement guidé par un adulte. Par contre, dans le troisième espace, l’enfant risquerait d’être livré à lui-même ou en tout risque de ne pas bénéficier d’apprentissages structurés comme les précédents.

Ce constat objectif nous conduit à nous interroger, en tant que linguiste et didactitienne, sur le rôle facilitateur ou inhibiteur, de ces structures, dans le passage d’une langue dans laquelle l’enfant s’est socialisé à la langue de l’école garante de la réussite scolaire.

Comme outils méthodologiques, nous avons soumis les enfants à deux épreuves, nous permettant d’obtenir de chaque enfant un récit libre et un récit restitué. Ce corpus a été analysé selon les critères suivants:

Le choix du thème,

Le nombre de phrases, le schéma du texte,

La présentation du héros,

Ensuite nous avons comparé les performances des trois groupes d’enfants.

Capacité de raisonnement et espaces de socialisation

La réussite scolaire est souvent corrélée à la maîtrise des structures cognitives telles que : la perception, le raisonnement, la compréhension et la mémorisation. Or, ces structures sont acquises progressivement, dès la petite enfance. A partir de trois ans, l’enfant est amené à percevoir, à extrapoler, à transposer, à réaliser des expériences et à raisonner. Si le raisonnement logique n’est point inné chez l’enfant (Piaget, 1948, p 46), comment apparaît-il dans les différents espaces de socialisation et sous l’effet de quels facteurs déterminants ?

Si des mécanismes de raisonnement prélogique, puis logique, sont développées dans les espaces de socialisation, comment se fait le passage de l’action à la conceptualisation chez les enfants préscolarisés ou non ?

Notre axe vise essentiellement l’étude comparée des habitudes de raisonnement et de mémorisation acquises chez des enfants, préscolarisés ou non.

L’outil méthodologique, pour cet axe portant essentiellement sur la mise en évidence des capacités de raisonnement (perception, compréhension, analyse et synthèse) chez les élèves, a été le test. Ce test s’articule autour de tâches réalisables en deux temps :

individuellement, en dehors de la situation de classe sur la base de planches,

collectivement, en classe, sur la base d’un questionnaire.

Les planches (annexe 1) au nombre de seize, sont centrées sur deux situations, aussi bien pour les élèves de 1ère AF que pour ceux de 6ème AF, elles mettent en avant des tâches de résolution de problèmes de labyrinthes et d’identification d’espèces, de reconnaissance de caractéristiques.

Le questionnaire (annexe 2) est articulé autour de quatre situations dont chacune met en avant trois tâches :

Situation d’organisation et/ou de sériation de données (chiffres, lettres).

Situation d’identification d’éléments appartenant ou non à des ensembles déterminés.

Situation de mise en évidence de relations quantitatives ou qualitatives entre deux ou plusieurs données ou grandeurs.

Situation de résolution d’opérations numériques (1ère AF) ou de logique mathématique (6ème AF).

Capacité de créativité et adaptation scolaire à travers le dessin chez l’enfant

Le dessin est un mode d’expression très prisé par les enfants mais ni l’école ni les familles ne lui accordent la place qu’il mérite. Il aide pourtant au contrôle de la vie mentale, mais aussi à la connaissance et au contrôle du monde environnant. Le dessin est un mode d’expression et de création où se côtoient rêves et réalités. Le dessin met en jeu un certain nombre de compétences sur les plans :

moteur : capacité de contrôle du tonus de la main, coordination oculomotrice ;

intellectuel : capacité à représenter des formes, connaissance de soi, de l’autre et des objets ;

affectif : rapport à soi et à l’autre, expression des conflits, imagination, créativité ou, au contraire, inhibition et stéréotypie. L’école comme la famille gagneraient en laissant un champ de liberté et d’expression par le biais du dessin.

Il s’agissait pour nous de : 

déterminer les différents niveaux d’évolution du dessin.

déterminer, s’il y a lieu, des différences liées aux espaces de socialisation fréquentés par les enfants.

L’outil Méthodologique utilisé a été le dessin. Il a été demandé aux enfants de dessiner : un bonhomme un dessin libre et un dessin imaginaire et merveilleux et de raconter une histoire à partir du dessin produit.

L’analyse des dessins est de deux types :

quantitative : nombre de points obtenus au dessin du bonhomme, qualité de sa représentation, etc., contrôle moteur ;

qualitative : imagination, formes, couleurs, sujets et thèmes abordés, histoire racontée. Nous allons tenter de voir quel est le milieu de socialisation qui favorise le plus ce mode d’expression et quelles peuvent en être les retombées sur le plan scolaire et de l’épanouissement personnel.

 La mise en œuvre des différents axes a nécessité pour le choix des groupede l’échantillon, la conduite d’une pré-enquête pour l’identification des types de préscolaires investis.

 

 


Notes

[1] Menées essentiellement dans le cadre de mémoires de  fin de licence et de magisters encadrés par les membres de l’équipe.

[2] L’éducation préscolaire, dans l’Union Européenne, op.cit.

1  P. Perrenoud (1994) la fabrication de l’excellence scolaire, Genève, Droz.