Publications PNR du CRASC

Centre de Recherche en Anthropologie Sociale et Culturelle

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PNR du Crasc, 2005, p. 147-154  | Texte intégral


 

 

La pré-enquête avait deux objectifs principaux :

1. Recenser les enfants ayant été pré scolarisés, leurs caractéristiques sociodémographiques et géographiques, ainsi que les types de préscolaire et les facteurs qui président au choix de tel ou tel espace à partir de la sélection de deux écoles composée de 620 élèves de la 1èreF à la 6ème A.F.

2. Extraire l’échantillon pour l’étude comparative des résultats scolaires et de ceux obtenus à partir des tests élaborés pour chaque axe.

 Le choix de ces deux écoles s’est opéré en fonction de leur emplacement géographique situé dans deux quartiers très variés socialement quant à leur population :

- L’école « Ibn Tourmert » dans le quartier « d’Eckmûhl » (A) ;

- L’école « Mohamed Baghdadi » dans le quartier « Carteau » (B).

Le choix des deux écoles dans deux quartiers différents est motivé par la nécessité de disposer d’une population variée nous permettant de connaître :

- le nombre d’enfants pré scolarisés et ceux qui ne l’ont pas été  

- l’origine socio-économique des différentes catégories en fonction des lieux de pré scolarisation

- le taux de pré scolarisation en fonction des types d’espace fréquenté.

 Un questionnaire adressé aux parents comportait quatre items :

- Identification de l’enfant (nom, âge, sexe, classe fréquentée)

- Le milieu socio-économique et cultuel des parents (profession du père, de la mère et leur niveau scolaire, le nombre d’enfants, l’habitat, etc.).

- L’espace fréquenté (mosquée, mairie, classe enfantine privée et entreprise) ainsi que le nombre d’années de préscolarisation)

- Les raisons du choix de l’espace.

 La diffusion des questionnaires a été faite auprès des enfants, chargés de les remettre à leurs parents. Ces deux écoles regroupent 620 élèves dont 309 ont été pré scolarisés, 49,8% 311 non pré scolarisés.

1 – 1 La préscolarisation en chiffres

                                                                                                                                                            Tableau n° 24 : Fréquentation selon le sexe

Enfants préscolarisés

non préscolarisés

      Effectif global

 

Total

G

F

Total

G

F

Total

G

F

A

210

48,3 %

51,4%

199

48,6 %

51,4 %

409

49,8%

51,2%

B

99

11,2 %

87,8 %

112

10,7 %

89,3%

211

11,8 %

88,2 %

Tot

309

 

 

311

 

 

620

 

 

 

Si le taux de préscolarisation atteint dans les deux écoles 49,8% de l’ensemble des élèves, en fonction des sexes, il paraît plus équilibré dans l’école A (48,3°/° pour les garçons et 51,4°/° pour les filles. Dans l’école B, par contre, ce taux semble disproportionné : 11,2°/° pour les garçons et 87,8°/° pour les filles, mais l’étude montre que le sexe ne semble pas jouer un rôle déterminant dans la préscolarisation des enfants; et ce même dans les mosquées puisque 49 % des enfants sont des filles contre 51 % de garçons (écoles A), et, 3 garçons pour 10 filles à l’école B, il faut noter que toutes les classes enquêtées dans cette école regroupent 88,2 % de filles et 11,8 % de garçons, cette école était à l’origine une école de filles et elle ne reçoit que peu d’élèves de sexe masculin. Le taux de préscolarisation des deux sexes est sensiblement le même dans les deux écoles.

Si dans l’école A, la classe enfantine (93) et la mosquée (80) se partagent le gros de l’effectif pré scolarisé, l’école B par contre voit une fréquentation massive des garderies de la mairie soit (73) ; alors que la mosquée regroupe 11 enfants et la classe enfantine seulement 07. Ces différences s’expliquent en partie logiquement, car l’école A n’a pas, à sa proximité immédiate, de garderie de la mairie mais a une classe enfantine (depuis 1982). L’école B par contre a une école garderie de la mairie dans son voisinage immédiat.

La différence concernant la fréquentation de la mosquée est par contre plus difficilement compréhensible dans la mesure où l’école B est entourée de deux ou trois mosquées. Est-ce à dire que les habitants du quartier A sont plus réceptifs à ce type d’enseignement traditionnel et ceux de l’autre quartier (B) le sont moins ? En l’absence d’une connaissance approfondie des deux quartiers nous nous contentons de laisser la question ouverte, et nous proposons trois hypothèses :

- L’espace des garderies de la mairie pourrait être perçu comme plus proche de l’école dans son fonctionnement, et donc, il serait en mesure de mieux préparer l’enfant à la scolarisation (préoccupation essentielle des parents, mais aussi des éducateurs).

- Les garderies de la mairie ont un horaire plus arrangeant que celui de la mosquée.

- Les parents ont mis l'enfant là ou ils ont trouvé de la place.

 Quant aux autres espaces (privé et entreprise), l’effectif est négligeable puisqu’il ne constitue que 9 % et 07 % de l’ensemble de l’effectif préscolarisé.

 Le niveau scolaire des parents est fluctuant et non homogène, il varie du non alphabétisé à celui de l’enseignement supérieur. La différence la plus importante se situe entre d’une part, les structures préscolaires relevant de la mairie puis de la mosquée et d’autre part la classe enfantine, le pré-scolaire privé et celui de l’entreprise. De manière plus précise, nous allons examiner comment s’opère cette répartition entre les pères et les mères selon le type d’espace investi.

Tableau n° 25 : Effectifs école Carteau selon niveau scolaire du père :

 A= analphabète ; P= primaire ; M= moyen ; SEC= secondaire ; SUP= supérieur

Pères

Analph.

Prim.

Moyen

Second.

SUP

Mosquée

05

45,45%

03

27,27%

02

18,18%

01

09,9%

0

Mairie

09

12,32%

12

16,43%

21

28,76%

20

27,37%

11

15,06

Classe enfantine

01

14,28%

01

14,28%

02

28,57%

01

14,28%

08

28,57

Privé entreprise

0

0

02

25 %

04

50 %

02

25%

Non préscolarisés

23

21,10%

33

30,27%

27

24,77%

21

19,20%

05

4,58

TOTAUX

15

15 %

16

16%

27

27%

26

26%

15

15ù

 - Niveau scolaire des pères :

Dans le groupe Mairie-Mosquée, environ 21 % des pères (29,6 + 12,35 %) sont analphabètes ce qui est important par rapport au 2ème groupe classe enfantine-privé-entreprise, où il ne représente que 3,5 % (07 % - 0%) et 7,5 % en primaire. Alors que le secondaire représente 21,5 % (Mairie - Mosquée) contre 33 % Classe enfantine, le supérieur 9,5 % contre 42 % classe enfantine-entreprise et privé.

Ainsi la classe enfantine et le préscolaire de l’entreprise sont fréquentés par une majorité d’enfants de parents ayant un niveau scolaire élevé. La classe enfantine, réservée exclusivement aux travailleurs de l’éducation, reste un espace occupé essentiellement par les enfants d’enseignants, de médecins et cadres supérieurs.

 Tableau n° 26 : Effectifs école Ibn Toumert selon niveau scolaire du père

Espaces

Pères

 

A

P

M

SEC

SUP

Mosquée

 

25

25

20

10

0

Mairie

 

05

06

05

0

0

Classe enfantine

06

12

10

21

44

Privé +entrep

 

0

0

03

09

09

Non présco.

 

63

45

41

27

15

Totaux

%

30

14,35

42

20

32

15,3

46

22

59

28

 - Niveau scolaire des mères

Comme le montrent les tableaux suivants, le niveau scolaire des mères est beaucoup plus faible que celui des pères :

Là également les mères ayant le niveau scolaire secondaire et supérieur se trouvent en classe enfantine-privé-entreprise 32 % contre 9,12 % en Mairie-Mosquée. Les niveaux moyen et primaire regroupent 13 % en classe enfantine / privée / entreprise), contre 23,4 % en Mairie-Mosquée.

Ainsi la mosquée regroupe le plus fort taux de parents analphabètes de niveau primaire-moyen et secondaire alors que la catégorie supérieure est nulle. On retrouve, à peu de différence près, la même distribution à la mairie. La distribution s’inverse dans le groupe classe enfantine-privé-entreprise où le plus fort taux se situe entre le secondaire et le supérieur et régresse au moyen, primaire et analphabète.

Tableau n° 27 : Effectifs école Carteau selon niveau scolaire des mères

Mères

 

A

P

M

SEC

SUP

Mosquée

03

27,27%

04

36,36%

07

27,27%

01

09,09%

0

-

Mairie

15

20,54%

17

23,28%

20

27,37%

20

27,39%

1

-

Classe enfantine

03

42,85%

02

28,57%

01

14,28%

00

-

01

14,28%

Privé entreprise

02

25 %

01

12,5 %

01

12,5 %

03

37,5 %

01

12,5 %

Totaux

23

23 %

24

24 %

25

25 %

24

24 %

03

03 %

Non préscolarisés

38

33,92%

30

26,78%

30

26,78%

14

12,5%

0

-

 Tableau n° 28 : Effectifs école Ibn Toumert selon niveau scolaire de la mère

Espaces

Mères

 

 

A

P

M

SEC

SUP

Tot.

Mosquée

 

25

25

20

10

0

80

Classe enfantine

06

07

18

37

25

93

Mairie

05

06

05

00

00

16

Privé +entrep

01

02

03

08

07

21

Totaux

Et %

37

17,6

40

19

46

21,9

55

26

32

15,6

210

100

Non présc.

71

37,3%

55

29

39

20,5%

19

10%

6

3%

190

100

               

Quant aux enfants non préscolarisés, le niveau scolaire des mères est plus proche de la distribution en mosquée-mairie avec la majorité de la population de niveau : soit analphabète (36 %), soit primaire (28,14 %) soit moyen (22,8 %) alors que le niveau secondaire et supérieur ne représentent en moyenne pour les deux écoles que 7,5%.

 1 –  Préscolarisation et catégories sociales   [1] :

 L’investissement d’un type d’espaces n’étant pas neutre socialement, notre objectif vise à déterminer les pratiques de préscolarisation des différentes catégories sociales ; autrement dit, quelles sont les catégories socioprofessionnelles des parents et comment se répartissent-elles à travers les différents espaces ?

Partant du dépouillement du questionnaire nous avons  fait apparaître huit catégories socioprofessionnelles (CSP) :

La catégorie I : regroupe les cadres supérieurs et professions libérales (5,2 % des mères, 11,8 % des pères).

La catégorie II : les cadres moyens, enseignants (13,8 % des mères, 11,5 des pères).

La catégorie III : Les travailleurs (1,9 des mères, 21 % des pères).

La catégorie IV : Les employés et les travailleurs qualifiés (4,2 % des mères, 21% des pères)

La catégorie V : Les travailleurs non qualifiés (2,2 % des mères, 13,4 % des pères).

La catégorie VI : Les retraités (3,8 % des mères, 3,9 % des pères).

La catégorie VII : les sans professions (68,5 % des mères, 11,5% des pères).

La catégorie VIII : les DCD (5,5 % des pères).

En vue de mettre à l’épreuve l’hypothèse selon laquelle les pratiques de préscolarisation seraient fortement liées au travail des femmes, nous avons procédé à une distinction entre la C.S.P des mères et celle des pères, aussi bien pour les enfants préscolarisés que pour ceux qui ne l’ont pas été :

Ainsi l’analyse fait apparaître :

pour 29% des enfants ayant fréquenté la mosquée, 18,9% des pères appartiennent à la cat. III, 25,6% à la IV, 17,8% à la V et 23,3% à la catégorie VII. Les catégories I et II ne sont quasiment pas représentées : 2 % seulement des enfants ont des pères appartenant à la catégorie des cadres moyens[2]. Quant aux mères, elles appartiennent pour 83 % d’entre elles à la catégorie VII. Les catégories I, II et IV ne sont pas du tout représentées. (voir tableau en annexe).

Les classes enfantines, par contre, regroupent 23,5 % de pères appartenant à la catégorie I et 25,5 % à la catégorie II. Les catégories III et IV représentent respectivement par 15,7 et 16,7 % tandis que 5 % seulement des enfants ont des pères chômeurs et ce, comparativement à la même catégorie présente dans l’espace mosquée. Les mères de ces enfants sont largement représentées dans la catégorie II. En effet 31 % d’entre elles sont cadres moyens et enseignantes. Elles sont cependant 46 % à ne pas exercer de profession.

Si l’on considère maintenant les enfants préscolarisés dans les garderies des mairies, soit environ 29 % de la population enquêtée, on s’aperçoit que les catégories III, IV et V sont les plus représentées avec respectivement 22,5 %, 22,8 % et 16,9 %. Les pères appartenant à la catégorie I et II ne représentent que 5,6 % et 8 %. Alors que 9 % des enfants ont des pères chômeurs. Quant aux mères, elles sont pour la grande majorité femmes au foyer (84 %).

Les enfants ayant fréquenté les garderies privées ou d’entreprise (ANP, SONATRACH), sont loin d’être nombreux au niveau des deux écoles que nous avons enquêtées. Ils ne représentent que 9,3. Les pères appartiennent pour la plupart aux catégories I et III. Avec respectivement 27,6 % de cadres supérieurs et médecins et 41,4% de gros commerçants et industriels. Les mères qui exercent une profession sont fortement représentées au niveau de la catégorie I (20,7%) et dans la catégorie II (10 %). Celles qui sont au foyer représentent environ 50%.

Ainsi, contrairement à l’idée largement admise selon laquelle la préscolarisation serait liée au travail des femmes, nous constatons à travers la population enquêtée dans les deux écoles que 68,5% des mères sont sans profession. Le plus fort taux de femmes inactives sont celles là même dont les enfants ont été préscolarisés dans les mosquées (83 %) et dans les garderies des mairies (84%). Les mères exerçant une profession ont plutôt orienté leurs enfants vers la classe enfantine.

En ne prenant en compte que la C.S.P des pères, on peut dire que les catégories les plus représentées sont les catégories III (21 %), IV (21 %) suivies de la V (13,4 %). Les catégories I et II regroupent respectivement 11,8 % et 11,6 % des enfants dont les pères sont soit cadres supérieurs, soit cadres moyens et enseignants. Tandis que 5,2 % des mères appartiennent à la catégorie I et 13,8 % à la catégorie II. Ce qui laisse apparaître que lorsque les mères travaillent, elles sont plutôt cadres supérieurs et surtout enseignantes.

 


Notes

[2] Se reférer au tableau en annexe