Publications PNR du CRASC

Centre de Recherche en Anthropologie Sociale et Culturelle

Publications PNR

PNR du Crasc, 2005, p. 45-67 | Texte intégral


 

Ahmed ABI-AYAD

 

La vision espagnole du monde musulman depuis l’occupation de la péninsule ibérique en 711, a connu plusieurs étapes et s'est traduite par différentes attitudes, selon l'évolution sociale et politique de son parcours historique. Réduite et simplifiée, cette vision se résume, conformément à la pertinente analyse du romancier espagnol, Juan Goytisolo, véritable connaisseur du monde chrétien et islamique, à ce qu'il appelle les deux visages du Maure dans la littérature.

Ce remarquable critique contemporain considère que la position centrale occupée par l'Islam dans l'univers mental hispanique ne peut échapper à l'attention d'aucun observateur, même superficiel, de notre littérature. Craint, envié, combattu, injurié, le musulman - sarrasin, maure, turc ou maghrébin, alimente depuis des siècles les légendes et les fantaisies, inspire les chansons et les poèmes, il est le protagoniste de drames et de romans et il stimule puissamment les mécanismes de notre imagination[1]. Pour Juan Goytisolo, la fascination continuelle qu'il exerce sur les écrivains espagnols répond à un ensemble de circonstances historiques que le penseur traditionaliste, Manuel Garcia Morente a exposées avec intuition et une clarté remarquable : Depuis l’invasion arabe, l'horizon de la vie espagnole est en effet dominé par le contraste entre le Chrétiens et le Maure... Tout ce qui n'est pas "notre" est à la fois musulman et étranger. Ce qui est "notre" est à la fois chrétien et espagnol. L'affirmation de ce qui est "notre" embrasse simultanément et globalement le fait d'être espagnol et catholique, comme la négation de ce qui n'est pas "notre" s'étend également à la religion et à la nation de l'intrus. Aujourd'hui encore, dans nos campagnes andalouses, on donne le nom de "maure" à l'enfant qui n'est pas baptisé... Chez des ennemies aussi radicalement semblables, il existe des trêves, des paix et même des alliances transitoires. Mais, ami ou ennemi, maître ou disciple, le Maure est toujours l'Autre - même s'il habite la même région ou la même ville - Il est l'Autre dans les deux sens inséparables d'autre religion et d'autre nationalité...Durant huit siècles, il n' y a pas eu de différence entre le fait de n'être pas arabe et le fait d'être chrétien; la négation implique l’affirmation et l'affirmation porte en elle la négation..."[2]

Toutefois, selon l’historienne, Maria Rosa Madariaga, l’image et la représentation que le peuple espagnol garde du Maure, (moro en espagnol) ne remonte pas à la période de la Reconquista, mais elle s’est forgée plus tard. Car rappelons que la présence musulmane en Espagne durant plus de huit siècles ne représentait pas du tout une lutte perpétuelle entre la chrétienté et l’islam. Bien au contraire, il eut constamment des échanges entre les deux communautés, qui se traduisaient par des conversions, des brassages et des unions de populations. La situation sur le terrain était tout à fait différente comme elle le souligne si bien : « par dessus la réalité de la frontière qui les séparait, des intérêts unissaient chrétiens et musulmans. Chaque roi essayait de défendre son territoire ou de l’étendre aux dépens des autres rois, qu’ils fussent musulmans ou chrétiens. Les batailles, de simples escarmouches, n’étaient pas seulement le fait des rois chrétiens contre musulmans et vice versa mais des uns et des autres entre eux[3]

Mais au fil des années, l’unité religieuse finit par s’imposer grâce à l’unification des royaumes de Castille et d’Aragon en 1479 qui a favorisé évidemment la reconquête des territoires espagnoles jusqu’au dernier bastion musulman du royaume de Grenade en 1492.

Cet évènement majeur de l’histoire d’Espagne a permis aux Rois Catholiques d’avoir une totale souveraineté sur toute la péninsule ibérique, et les a incités à mener une politique d’intolérance et de répression face à ces musulmans qui réclamaient sans cesse leurs droits les plus élémentaires de pratique culturelle et religieuse.

Ce changement radical instauré par la nouvelle politique des autorités espagnoles vis à vis de la communauté musulmane, de plus en plus réprimée et marginalisée, leur rendait la vie difficile et insupportable, en dépit des accords établis pour assurer la sécurité et la protection de leurs biens et droits naturels suite à la capitulation de Aboabdil.

Les protestations et manifestations de ces musulmans, maures ou hispano-arabes, s’exprimaient vivement et devenaient virulentes face à cette nouvelle situation d’injustice, de sévisses et d’exactions, qui resserrait progressivement l’étau sur eux.

Ainsi, l’image du maure, la représentation de ce musulman d’Espagne commença à se dégrader d’une façon périlleuse et va se propager à travers tout le territoire de la péninsule ibérique.

Ce dénigrement rapide envers ces ayants droit, « hispano-musulmans » natifs du pays est dû principalement à deux facteurs essentiels qui ont aidé à la construction de cette image. D’abord l’existence de la population musulmane révoltée et réfractaire à la conversion forcée au christianisme, qui sous le joug inquisitorial, allait devenir obligatoirement Morisque, (Moriscos : musulmans baptisés chrétiens)[4] à partir du début du XVI siècle, puis les attaques successives des corsaires d’Alger, du Maroc et Ottomans qui volaient constamment au secours de leurs coreligionnaires musulmans traqués et chassés de leur terre natale.

Rappelons que le baptême est finalement imposé à tous les musulmans de Grenade par un édit de Ferdinand le Catholique. On va désormais parler de Morisques pour désigner ces nouveaux chrétiens. Les temps de la tolérance sont bien révolus[5].

Ces nouveaux convertis ou faux convertis, appelés Morisques ou « nouveaux chrétiens », sont rigoureusement surveillés et devenus dés lors et systématiquement, l’ennemi intérieur, qu’il faut exterminer et pourchasser jusqu’à l’expulsion définitive d’Espagne en 1609-1614.

L’animosité contre les Morisques était surtout le fait d’une bourgeoisie moyenne ou petite – bas clergé, petits commerçants, artisans qui les enviaient et les accusaient de détenir le monopole du commerce, des arts et métiers et d’accaparer finalement les richesses – Toutefois, la noblesse en général les protégeait, et le moment venu, s’est opposée à leur expulsion. Et pour cause, beaucoup de nobles, particulièrement à Valence et Aragon, avaient pour vassaux des Morisques, qui travaillaient leurs terres et dont les tributs représentaient une importante source de revenus[6].

Le témoignage de Aznar Cardona, auteur de l’ouvrage Expulsion justifiée des Morisques espagnols, et fervent ennemie de la communauté musulmane reconnaît que cette expulsion n’était pas bien accueillie par le milieu de la noblesse aragonaise, propriétaire des domaines et territoires où travaillaient les Morisques. De même qu’il nous signale la grave situation démographique et économique dans lesquelles sont restés les lieux et terres abandonnées durant leur expulsion. Car certains territoires qui regroupaient presque une vingtaine de villages ont mis plus d’un siècle pour se redresser et d’autres ne sont même pas parvenus. D’ailleurs, face à cette situation de crise, certains Seigneurs se sont adressés au roi pour lui expliquer l’état gravissime de leurs fermes abandonnées. Dans certaines contrées, notamment, Valence et Aragon, la communauté morisque représentait presque la moitié de la population. Dans le même sens, le Duc de Hijar, seigneur des vassaux morisques s’est exprimé dans un Mémorial du 25 juillet 1611 dans les propos suivants : « la nécessité et l’étroitesse dans laquelle je me suis retrouvé avec l’expulsion des Morisques ne m’incite pas à aller embrasser la main de sa majesté » [7]

Quant aux couches populaires, manipulés et lancés à leur traque, ils ne faisaient qu’obéir aux autorités et suivre l’état d’esprit qui y régnait.

Devant cette vague nationale de persécution et de haine à l’égard des hispano – musulmans durant deux siècles environ, la société espagnole et les hommes de lettres de cette époque là étaient tous envahis par la dramatique situation qui avait ébranlé la nation ibérique et plongé le pays dans une crise économique et culturelle inimaginable.

Le problème morisque concernait finalement tout le monde. Et l’on peut dire que tous n’était pas favorable à cette tragédie qui divisait les espagnols et rompait l’harmonie sociale et l’esprit de tolérance qui a tout le temps prédominé. Mais hélas, la raison d’état primait par dessus tout, et les sentiments d’approbation et de rejet s’exprimaient avec ferveur et discrétion de peur de la délation fortement châtiée.

Parmi les petits et humbles citoyens espagnols qui partageaient la vie quotidienne avec les Morisques, nous retrouvons un exemple assez significatif et révélateur des sentiments exprimés par ces habitants qui rejetaient et désapprouvaient au fond d’eux-mêmes cette ignoble expulsion. L’illustre écrivain Miguel de Cervantes, évoque dans son remarquable ouvrage Don Quichotte, la terrible et inhumaine tragédie que vécurent les Morisques lors de leur massive exode forcée des terres aragonaises ainsi que le ressentiment et la profonde douleur ressentie par les habitants devant cet accablant spectacle de souffrance et de désolation[8].

Comme nous l’avons indiqué, l’hostilité contre les Morisques n’était pas générale. En effet, Sancho Panza, l’écuyer de don Quichote nous rappelle majestueusement, dans les chapitres 54, 63, 65 de la seconde partie de Don Quijote, ses retrouvailles inespérées avec le personnage Ricote, ce Morisque déguisé en pèlerin allemand, revenu en Espagne pour récupérer sa famille et son trésor qu’il avait caché avant sa fuite hâtive suite à l’édit d’expulsion promulgué par Philippe III. Le Morisque Ricote a reconnu rapidement Sancho Panza qui, après s’en être rassuré s’était jeté à son cou. Le dialogue entre les deux anciens voisins démontre, on ne peut mieux, cette affection qui les reliait avant l’exode. Les échanges de paroles entre les deux interlocuteurs sont assez révélateurs de la tragédie qui a scindé le peuple espagnol. Ces quelques mots de Ricote a Sancho sont profonds de sens : « Mon cher ami…., mon bon voisin…., comment est il possible frère Sancho que tu n’aies pas reconnu ton voisin le Morisque ? » Et Sancho lui répondit : « Quel diable t’aurait reconnu dans ce déguisement ? Et comment as tu osé retourné en Espagne, car si jamais on te reconnaît tu passeras une mauvaise aventure. » Ricote confiant déclare à Sancho : « si toi tu ne me dénonces pas, je suis certain que personne d’autre ne pourra me reconnaître… »

De même que dans le récit sur les circonstances dans lesquelles la famille de Ricote avait quitté le village de la province d’Aragon, certaines révélations nous sont fournies par les protagonistes.

Nous apprenons qu’en dépit de leur conversion à la religion catholique, sa femme Francisca Ricota et sa fille Ricota Anna Felix furent contraintes d’abandonner leur pays nous confie tristement Ricote qui est revenu les chercher pour aller trouver refuge en Allemagne.

Leur total rejet de la culture et foi musulmanes, ne pouvaient plus permettre à Ricote de demeurer de nouveau avec sa famille dans son pays légitime.

Devant l´angoisse de Ricote revenu en Espagne à la recherche de sa femme et sa fille forcées à l´exil, Sancho l´informa sur le départ soudain et inespéré de sa fille et le déplorable spectacle occasionné à ce moment là. Tout cela nous est révélé dans un style émouvant, réaliste et profondément descriptif de l´exode des Morisques, arrachés à leurs terres et racines.

Sancho nous raconte la déchirure et la désolation causées par l´exil de la fille de Ricote:

" - Oui j´ai vu ta fille- répondit Sancho - et je peux te dire qu´elle est partie aussi belle que tout le monde au village est sortie la voir et tous disaient qu´elle était la plus belle créature du monde. Elle partait en pleurant et en embrassant toutes ses amies et connaissances, et tous ceux qui venaient la voir. ..; et cela avec tellement d´émotion, qu´elle me fit pleurer, moi qui n´ai pas l´habitude d´être un grand pleurnicheur."

 On peut imaginer qu´à travers ce témoignage de Sancho, le déchirement que vécurent d´innombrables familles morisques sous l´obligation de quitter leurs foyers et biens, dans des conditions d´extrême célérité et totalement dépourvues de toutes leurs possessions.

       Ces descriptions et images émouvantes que nous transmet Cervantes sont révélatrices de sa profonde tristesse et immense douleur partagée, d´ailleurs par la plupart des espagnols. Quel terrible cauchemar ! Le cours de la vie familiale est rompu.

Finalement, malgré la rencontre de Ricote avec sa fille Ana dans cette fiction romanesque, Cervantes laisse ouvert le dénouement final de cette emblématique famille morisque, avec toutes les interrogations pertinentes que le lucide lecteur doit se poser quant à la vie et inimaginables conséquences de cette déchirure humaine et fratricide.

Ce regrettable panorama de consternation interpelle vivement l’écrivain et studieux critique F. Marquez Villanueva qui souligne que l´histoire morisque dans cette œuvre « fait irruption avec une nudité de chair charcutée et avec son abominable pesée sur la conscience, à la fois politique et chrétienne de tout espagnol conscient"[9]

En effet, ces trois chapitres nous rappellent brièvement et clairement l´historique et déchirante situation des Morisques à travers le cas de la famille morisque de Ricote que Cervantes évoque pour exprimer lui aussi, de manière subtile, ses sentiments vis à avis de ce tragique évènement[10].

Cette passionnante et accablante fiction du Morisque Ricote, correspond merveilleusement à la réalité historique de l´expulsion des Morisques au XVII ème siècle, et contredit, incontestablement, la caricature et propagande anti - morisque courante utilisée à cette époque là.

A travers elle, Cervantes veut certainement détruire ce faux et répandu mythe, qui rendait les Morisques : " mauvais, hypocrites, cupides, exploiteurs, etc." que développait cette littérature anti-morisque, et qui est en réalité, ni plus ni moins que le véritable sentiment de l´Inquisition injecté dans le peuple.

C´est ainsi, que la représentation par Cervantes, d´un Morisque bon, sincère, digne et humain, tel qu`apparaît Ricote, rompt inexorablement avec cette tradition littéraire où se propage une marée de haine et de confusion mentale.

Avec la représentation de l´histoire de la famille du Morisque Ricote à la fin de la deuxième partie de Don Quijote, Cervantes voulait sûrement, rectifier cette vision et image qu´on se faisait de lui et par là même éveiller la conscience espagnole sur ce drame historique de l´expulsion des Morisques, qui détruisit des contingents de familles, symbolisées ici par celle de Ricote, dans l´espoir de ne plus jamais tomber dans une si grave et irréparable injustice humaine.

Il termine le chapitre de la famille morisque de Ricote par un certaine note de profonde tristesse et de grande amertume, qui correspondent à ces adieux et inconnue devenir de la communauté morisque, illustrant ainsi, le sentiment de Cervantes qui voyait disparaître définitivement avec ces familles "les dernières lueurs d´une culture qui a donné tant de jours de gloire à l´Espagne durant des siècles."[11]

Devant la vaste campagne de propagande imaginaire, qui accentuait sans doute volontairement, la peur des Morisques, il devenait très difficile aux hommes de lettres de rester insensibles à cette crise et très rares furent les écrivains espagnoles du XVI et XVII ème siècles qui n´eurent pas à aborder ou à traiter un jour ou l´autre cette question perplexe et nationale.

On notera cependant, toute une pléthore d´attitudes et d´approches littéraires du Siècle d´Or sur la représentation, la considération et l´imaginaire espagnol sur les Morisques.

Certains auteurs leur manifestaient une hostilité et haine sans limites, d´autres les caricaturaient et mettaient en exergue tous les défauts d´un personnage ridicule et vicieux, perfide, fainéant, hypocrite, cupide, etc. Et peu nombreux sont ceux qui leur réservaient un traitement indulgent et compréhensif[12].

Cette trilogie imaginaire sur les Morisques alimenta une littérature féconde et abondante envers ces "Espagnols musulmans" dont l´image fut aveuglement avilie et rapidement dégradée.

Compte tenu de l´importance de la problématique morisque et de ses énormes répercussions socio -politiques effarantes, la littérature du Siècle d´Or ne pouvait éluder cet évènement social contemporain dont l´envergure angoissait toute la conscience espagnole.

Nous essayons donc, de mettre la lumière sur ces différents aspects tout en nous attardons particulièrement sur les auteurs qui avaient évoqué et considéré humainement les Morisques.

En effet, le thème morisque occupait largement la littérature et les chroniques de l´époque oú l´on transmettait toute une panoplie d´images et de représentations horribles et réductrices de la personnalité morisque, qui, en si peu de temps, est devenu l´Espagnol ennemi le plus rejeté et dégradé comme le démontre ce romance dont les légendaires personnages sont réduits à de misérables et indignes personnes, d’ordinaires vendeurs ou de simples campagnards:

! Están Fátima y Jarifa,               ! Fatima et Cherifa,

vendiendo higos y pasas,             vendent des figues et raisins secs,

están en los Aliatares                 elles se trouvent dans les Aliatares

tejiendo seras de palmas,           en train de tisser des couffins de palmes,

y Almadán sembrando coles,     et l´Almuzin semant des choux,

y levántanles que rabian !           et occupé à les faire pouser !

Vi en Arbolán todo el día             J´ai vu Arbolan creuser cent hectares de terre,

de cavar cien aranzadas,                         durant toute la journée,

Y al Cegrí, que con dos asnos      et le Cegri, aux deux ânes

de hechar agua no se cansa...[13]      jeter de l´eau sans se fatiguer...

 

Mépris et haine, qui font tourner rapidement la page sur le maure ennobli, tellement chanté et admirablement évoqué dans la littérature du XV ème et début du XVI ème siècle (Recueils des histoires héroïques et légendaires de l’Espagne) et dont les protagonistes arabes étaient les modèles et les exemples d´héroïsme, d´honnêteté, de noblesse, de richesse, de justice, etc...[14]

Cet enthousiasme littéraire manifesté envers l´Arabe et que le studieux hispaniste français G. Cirot qualifiait déjà de " maurophilie", est selon le professeur Francisco Indurain un phénomène qui pendant cette période "suppose l´idéalisation des ennemis séculaires..." dont la vision littéraire est ennoblie.

Cette attitude mythique et favorable au Maure ou Morisque continuait jusqu`aux premières décades du XVII éme. siècle et durant lesquelles, Lope de Vega, Calderón de la Barca, Quevedo et même Cervantes auquel nous nous sommes référés, pour ne citer que les grands et les plus représentatifs écrivains, qui nous ont laissés de belles et singulières visions oú prédominaient les valeurs humaines de bon sens et de la raison face aux nombreuses conduites et opinions généralement irresponsables et détractrices comme nous le rappellent clairement ces vers de Lobo Lasso de la Vega, qui invitent les poètes à chanter de nouveau le Cid au lieu d´évoquer les glorieux Arabes:

Volved por vuestro derecho,            Retournez au bon sens,

que es vergüenza que se cante           car c´est une honte que de chanter,

destos moros tragineros                  ces Arabes ambulants

y que estén vuestras hazañas                         et que vos exploits soient

dadas al mucho silencio...                 soumis à un profond silence...[15]

Dans la plupart des oeuvres, le personnage du Morisque apparaît sous plusieurs facettes, laissant souvent le lecteur perplexe et confus, obligé à une minutieuse lecture pour appréhender la véritable intention de l´auteur, habituellement difficile de découvrir dans une époque d´intolérance et de censure inquisitoriale drastique, oú l´hypocrisie était nécessaire pour survivre[16].

Le théâtre manifeste cependant, son véritable intérêt pour le Morisque seulement plus tard, lorsque, durant et après l´expulsion, les dramaturges se sont inspirés de l´amère actualité socio-politique pour l´incorporer dans la scène[17].

Lope de Vega, chez qui rien d´espagnol ne lui est étranger, distingue d´une part le Maure idéalisé à l´image noble et chevaleresque tel qu´on le voit dans El remedio en la desdicha et d´autre part le Morisque humble, misérable qui joue le rôle de burlesque, grossier et comique au langage altéré et sibilant dans sa manière de parler[18].

Le dialecte qu´utilise le plus souvent Lope de Vega dans son oeuvre, est celui du Morisque dont le personnage est presque toujours un bouffon, un comique de type "inférieur", qui dans la comédie fait rire le public. Il se sert des déficiences linguistiques, phonétiques, et morphologiques que révèle le parler morisque (aljamiado), que pour innover la personnalité du "comique" qui intéresse et entretient beaucoup les spectateurs avec sa prononciation fortement articulé et ridicule.

Etant donné qu´il ne peut pas prononcer correctement les phonèmes p, ñ, s, ll et les diphtongues, une certaine intonation apparaît à l´accent espagnol burlesque, provoquant ainsi des rires intenses chez le public, qui connaît déjà suffisamment le problème pour en rire à leurs dépens. La difficulté que ressentent les Morisques pour articuler certains mots espagnols comme: cochillos pour cuchillos, joro pour juro, puis hedalgo, texeras y merar pour hidalgo, tijeras et mirar.

De même que la sonorisation abusive de certaines consonnes sourdes telles que guadrado pour cuadrado ou disbarates pour diparates o badre pour padre, représente une réalité phonétique et pose quelques difficultés dans le parler morisque.

 Ceux sont là les indices linguistiques que Lope de Vega utilise et met dans la bouche de ses personnages morisques ou arabes pour mettre en valeur l´aspect intense de ses comédies et faire éclater de rire son public.

On remarque alors, dans le théâtre de Lope de Vega, la volonté d´imiter le langage morisque avec l´intention purement scénique et comique. L´image qu´il nous transmet du Morisque drôle ou bouffon paraît ici normale et commune à n´importe quel autre personnage sans aucune allusion réellement indigne ou dégradante.

 Il est évident que la grande préoccupation du dramaturge est de divertir les gens et par conséquent, il emploie tous les moyens pour atteindre son objectif sans vouloir certainement offenser les Morisques qu´il connaissait sûrement durant son séjour à Madrid et Valence.

Pour parvenir à son but, Lope de Vega oppose à l´image idéalisée du Morisque déjà évoquée dans les romances, à celle d´un personnage humble, vendeur ou jardinier, capable de provoquer une atmosphère comique avec sa manière de parler.

Par ailleurs, Lope de Vega recourt également aux mets prisés des Morisques par l´intermédiaire du personnage comique, Zulema ou Salima dans sa comédie La envidia de la nobleza (L´envie de la Noblesse), lorsqu´il dit :

« raisin sec, blé ou couscous  eau, concombre, melon »  ou quand les musiciens arabes qui chantent dans le Cerco de Santa Fe, (Siège de Santa Fé), répètent en chœur :

" avoir beaucoup de raisins secs et de figues

et beaucoup de viandes salées de brebis "...[19]

Elle est bien connue la répugnance du vin et du lard chez les Morisques, élément très exploité et repris par leurs adversaires chrétiens et que les dramaturgers incorporent fréquemment dans leurs commédies comme sujet très amusant et bien apprécié du public de l’époque.

D´ailleurs, le refrain bien connu et signalé par Correas :" Jarre sans vin, marmite sans lard, table de juifs et de morisques", est très révélateur de l´importance de ce thème dans la littérature anti-morisque.

Calderón de la Barca est un autre dramaturge qui a manifesté beaucoup d´intérêt à la thématique morisque : Ses oeuvres montrent sa profonde préoccupation autour de ce grave et immense déchirement espagnol dont les conséquences dramatiques sont irréparables.

Amar después de la muerte, est selon les critiques une des meilleures comédies historiques de Calderón de la Barca. Elle figure entre les six productions théatrales qu´il composa sur les conflits islamo- chrétiens.

L´originalité de Calderón de la Barca consistait à utiliser le Morisque non seulement comme un "gracioso" « comique » mais aussi comme personnage sérieux. Amar después de la muerte o el Tuzaní de la Alpujarra se distingue par son original et remarquable point de vue et considération compréhensive et humaine vis à vis de cette communauté espagnole reniée tout comme par la caractérisation de son héros morisque Alvaro Tuzaní. Dans son oeuvre Calderón se montre raisonnable, impartial et même défenseur des droits morisques. Si sa vision ne reflète pas tout à fait une défense de la rébellion des Morisques durant les années 1568 -1571, elle représente du moins une forme d´apologie de cette guerre civile.[20]

En se référant à cette oeuvre, le Comte de Shak, la considère comme un

" cadre brillant et animé du soulèvement des Morisques dans l´Alpujarras l´année 1570..."

En abordant plus profondément la question essentielle de la rébellion morisque au milieu des amours tragiques de El Tuzaní et Malica, Von Shack nous laisse très pensifs et préoccupés quand il affirme : " C´est extraordinaire que Calderon, dont le catholicisme l´aveugle presque toujours contre tous ses adversaires, attribue ici aux Morisques tout un lignage de vertus nobles et héroïques, rendant plus intéressants les vaincus que les vainqueurs".

Cette déclaration du critique allemand qui date de plus d´un siècle nous invite à nous interroger et à rechercher plus profondément les circonstances de la comédie comme celles de son attitude vis à vis de cette communauté en une période de grande préoccupation sociale, politique et humaine.

Dans Amar después de la muerte, le protagoniste morisque El Tuzaní est un grand héros parce que c´est un homme digne: Il défend l´honneur de son gendre, celui de sa maîtresse et épouse Malica en la vengeant de son assassin : A la fin, El Tuzaní est pardonné et gracié par Juan de Austría.

Cette strophe est très révélatrice de l´admiration et des éloges dirigées au héros morisque El Tuzaní par le général des forces chrétiennes:

Viva El Tuzaní, quedando                 Vive El Tuzaní, demeurant,

la más amorosa hazaña                     l´exploit le plus aimé

del mundo escrita en los bronces       du monde,  écrit dans les bronzes

del olvido y de la fama.                     de l´oubli et de la réputation.

L´approche et la vision de calderonienne de El Tuzaní, héros noble du peuple morisque et homme d´honneur intègre dont la réputation et noblesse lui sont reconnues par les droits naturels est très significative et mérite toute notre attention.

En effet, Amar después de la muerte, tout comme El principe constante et La niña de Gómez Arias, représentent les Morisques de manière favorable.

Dans Amar después de la muerte, Calderón traite les Morisques sur un plan strictement humain et nous apprend que leur expulsion ne fut pas un acte aussi populaire comme le faisaient croire ou propager leurs fervents adversaires.

Son attitude fut motivée, plutôt par un sentiment de justice et de défense des droits humains dictés par la raison et même par la religion catholique.

La représentation et vision qu´il transmet des Morisques est certainement digne et compréhensible. Elle reflète et exprime les grandes valeurs humaines face aux chroniqueurs et écrivains contemporains qui ont terni et avili leur image de manière abominable et leur ont réservés le traitement injuste et monstrueux, qui révolta d’ailleurs la conscience espagnole.

Quant à l´ingénieux et satirique écrivain Francisco de Quevedo, lui aussi se servait du Morisque comme personnage comique devant des questions sérieuses et graves.

Dans son oeuvre Confesión de los moriscos, Quevedo provoque le rire aux éclats, éclat devant le comportement de la Morisque qui, forcée à la conversion, refuse le mariage avec un chrétien. Ainsi, lorsqu´on lui demanda pourquoi elle ne se mariait pas ou ne voulait pas se marier avec un chrétien, elle répondait dans un langage et ton ironiques: " Il n´y a pas de bon mari, si ce n´est pas un Morisque. Je ne sais pas en quoi je peux fonder un foyer, sinon que d´avoir peur de marier quelqu´un qui m´obligeait á être chrétienne. "

Tandis que Miguel de Cervantes, à qui on faisait une énorme réputation de fervent adversaire des Morisques, il aborda cette thématique morisque dans les oeuvres Los Trabajos de Persiles y Sigismunda, El Coloquio de los perros y El Quijote, dans lesquelles il traite amplement la question de l´expulsion.

Le traitement critique réservé à ces livres par rapport à cet aspect, pousse le studieux et célèbre cervantiste, Francisco Márquez Villanueva à affirmer : " la critique s´est désorientée fréquemment en interprétant comme irréconciliables contradictions les évolutions du problème dans les trois oeuvres, affirmant, comme par exemple, que Don Quijote est favorable aux Morisques et El Persiles défavorable "[21].

La minutieuse lecture du double discours, c´est à dire du dit ou non dit dans les pages cervantines nous amène à signaler ici le jugement nuancé de Paul Hazard qui affirme justement : " que devant une mesure violente et inacceptable pour tout esprit libéral, le prudent Cervantes désapprouve discrètement et approuve avec éclat, comme tribut d´une période oú l´hypocrisie était nécessaire pour survivre."[22]

C´est connu de tous que les éloges étaient parfois une obligation insinuée pour éviter d’éventuelles répercussions et constituaient en plus, l´unique sauf conduit qui permettait la discussion publique d´un tel sujet.

Mais une fois les dangers de l’empire ottoman écartés et les Morisques écrasés, nous assistons avec l’évolution du temps à la construction d’une nouvelle image du Maure, beaucoup plus raffinée qui représente la noblesse d’antan, celle du royaume Nasride ou des Abencerrages. Cette nouvelle représentation intervient au XIX siècle avec l’apparition du romantisme qui va prendre en charge cet aspect du monde musulman espagnol et parvient à lui donner une place privilégiée avec une revalorisation de l’Espagne musulmane, celle de Al Andalus dans toutes formes et aspects. Cette vision romantique du maure s’inspirait des romances frontaliers ou morisques, une sorte de compositions poétiques de l’Espagne légendaire et héroïque réunies dans des recueils appelés Romanceros. Nés à la frontière du royaume musulman de Grenade au XV siècle et composés par des chrétiens, des maures ou auteurs anonymes, ils louaient les vertus chevaleresques de la famille nasride et procédaient à une mise en valeur des actions et comportements du Maure dans toutes ses activités quotidiennes qui ont fait la splendeur de Al Andalus.

C’est ainsi, que ce mouvement littéraire romantique se réapproprie le passé historique de l’Espagne musulmane, devenu la mode chez les écrivains français, inspirés par les nouveaux goûts des aspects les plus exotiques du monde oriental et africain situés aux portes de l’Espagne. Animés par la recherche du mystérieux et de l’évasion dans le rêve, ils retrouvent, tout prés en Andalousie, un paysage original où l’exotisme et le passé de la civilisation andalouse émerveillent les apôtres de ce courant littéraire.

Dés le XVIII siècle, l’univers mauresque séduit et inspire les poètes, les narrateurs et dramaturges européens. L’exotisme ornemental des Maures, l’exaltation amoureuse de leurs amants, le sens de l’honneur de leurs chefs, mettent à la mode des fantaisies historiques et des tableaux orientaux où sont représentés des Abencérages et des Zegris[23].

A partir de ce moment là, nous signale le romancier espagnol, Juan Goytisolo, lorsque le thème oriental ou mauresque affleure dans notre littérature, il le fait non plus en raison de notre rapport profondément intime avec lui, mais sous une forme importée et mimétique, en s’inspirant de quelque modèle anglo-français. La maurophilie romantique de nos exilés (Espagnols) à Londres et à Paris est la conséquence directe du roman grenadin. Southey, Walter Scott, Irving, Victor Hugo, Chateaubriand, avaient puisé leurs sources dans le Romancero et le roman morisque. Sous leur influence, les émigrés espagnols revendiquent avec orgueil, le caractère oriental de notre littérature. Ils évoquent le thème de la présence islamique dans la Péninsule avec affection et nostalgie. Ce qui nous appartenu pendant des siècles nous revient aujourd’hui de Paris, disait si bien Juan Goytisolo[24].

Et l’intérêt reprend davantage vis à vis des Maures avec une revalorisation de leur personne et patrimoine culturel. Avec le romantisme, réapparaît donc de nouveau l’Andalousie arabe dans sa globalité. Sa poésie retransmet et réinvente son paysage, ses monuments, ses coutumes tout comme on loue ses personnages et héros. Le monde légendaire musulman et son auguste et éternelle présence envahit d’abord les romantiques européens puis les espagnols. On s’intéresse à tout ce que représente Al Andalus et tous les motifs et aspects humains, religieux, politiques, artistiques, culturels, etc.…les occupent totalement. Le désir d’exalter « la civilisation des Maures » en Espagne est immense. C’est le renouvellement d’une rencontre merveilleuse imprégnée de sentiments chargés d’affection et de d’admiration.

Gregorio Romero Larrañaga situe son orientalisme de l’Espagne musulmane à l’époque médiévale. Sa poésie « Chanson Mystérieuse » représente le thème arabe dans une véritable illustration des traces et vestiges musulmans où l’image et la représentation des Maures sont rehaussées avec un grand enthousiasme. Cet enchantement éloquent apparaît dans ses vers :

Vous verrez la douce musique que son luth exhale

les siècles déjà passés sa tombe abandonner.

Vous verrez comment apparaissent de nouveaux gigantesques

les forts et châteaux de l’époque féodale ;

les chapelles gothiques, les temples arabesques,

des vaillants maures souvenir immémorial.

Vous verrez les croissants en face des croix

flottant sur les meurtrières au dessus des bannières :

les beaux domaines andalous peuplés

de soldats qui enflamment leur belle religion

Espronceda, considéré comme un grand romantique espagnol, présente le paradoxe d’une apathie et désintéressement pour le thème arabe. Toutefois, dans ses poèmes « Romance » et « le chant croisé », il évoque les guerres entre Musulmans et Chrétiens avec de belles descriptions des protagonistes, héros arabes. Zoraida et Benamar ornent le paysage grenadin en exhalant des parfums et charmes à travers des images et des sons de guerres. Peu importe si le vainqueur est chrétien, ce qui a plus de valeur ici c’est l’intérêt et l’importance attribués aux éléments et personnages musulmans. Il les décrit avec une certaine dignité et considération, soulignant leur esprit combatif et courageux.              

En tanto a su encuentro sale             Dés qu’il sort à sa rencontre

un Arabe en su corcel,                     un Arabe sur son coursier

 y reluciente pavés.                           au reluisant bouclier

Pronto el Arabe se apresta,               De suite l’Arabe s’aprête

ganoso de gloria y pres,                   envahi de gloire et prestige

y, el diestro brazo a la espalda,          et, le bras droit à l’épée,

tira gallardo a ofender.                     Vaillant et prêt à offenser.

La lanza vuela silbando,                    La lance part en sifflant,

 y del cristiano a los pies,                  et aux pieds du chrétien,           

perdido el tiro, penetra,                    le tir perdu, pénètre,

la tierra haciendo temer.                   la terre faisant peur.

" Ríndete, moro, le grita,                   " Rends toi, maure, lui crie,

tu recio furor detén.                         Arrête ta dure fureur.

Yo soy Ricardo. " - " ¿ Qué importa,  " Je suis Richard. "Qu’importe,

si yo soy Abenamét ? "[25]                  si je suis Abenhamed ? "

Le sens de l’honneur et le courage se dégagent de cette situation tout comme dans la poésie " Canto del cruzado ", " la chant du croisé " où le personnage Abenámar répond avec dignité au son de la bataille et va à la défense de sa terre :

Mas ¿ Qué estruendo de trompetas     Mais qu’est ce que ce bruit de trompettes

toca a rebato en Granada,                qui sonne l’alarme à Grenade,

y entre el confuso alboroto               et entre le vacarme confus

retumba el grito de alarma ?               retombe le signale d’alarme ?

Zoraida escucha y suspira,                Zoraida écoute et soupire,

que al son de guerra, Abenámar,         car à l’appel de la guerre

el más bravo de los moros               le plus brave des maures

es el primero que marcha[26].              est le premier à aller à l’avant.

La beauté de Zoraida, fleur parmi les fleurs du Généralife, représente un trait favorable de sa belle image qui caractérise ces octosyllabes chargés de ces savoureuses métaphores :

Era la noche, y la luna,                     Il faisait nuit, et la lune,

melancólica brillaba                          mélancolique brillait

con pálida luz suave                         d’une lumière légère et pale       

en el jardín de la Alhambra.              dans le jardin de l‘Alhambra.

En su soledad se goza                     Dans sa solitude jouit

la hermosísima Zoraida                    la bellissime Zoraida,

la más bella de las moras,                 la plus belle des maures,

la adorada de Abenámar.                  La plus adorée de Abenamar.

Tan sólo rompe el silencio,               aussi seul, le silence rompu,

entre las flores el aura                       entre les fleurs le zéphyr

que dulcemente las...                         qui, agréablement les…..

y sus perfumes exhala.                     et ses parfums exhale…

Allí vagando en silencio,                   Là-bas vaguant dans le silence

sus pensamientos halagan,               ses pensées adulent,

mil imágenes sabrosas,                     mille savoureuses images,

mil cumplidas esperanzas[27].             mille espérances accomplies.

Personnages arabes et paysages embellissent la fabuleuse richesse de l’ambiance grenadine aux couleurs, parfums et images superbes qui culminent dans le palais de l’Alhambra avec son Généralife, symboles de la prodigieuse civilisation musulmane en Andalousie.

Le père Juan Arolas concentre dans son œuvre non seulement l’orientalisme exaltant et lointain mais aussi l’orientalisme typique de Al Andalus. Dans cette perspective, il reste fidèle au « Romancero Morisque ». Nous faisons allusion dans cette étude uniquement à tout ce qui a trait à notre thématique arabe qui inclut des personnages et une scénographie hispano-musulmane tels les poèmes de « Zaida », « la belle Halawa», « le Romance Morisque » etc…

Dans ces contes épiques et descriptions idylliques, apparaît le style des légendes espagnoles. L’amour passionnel sans limites et l’exaltation de la femme à l’essence poétique orientale. Des personnages fameux de l’histoire, des scènes merveilleuses, des femmes splendides, rappellent dans ses vers l’Andalousie arabe au faste magnifique et splendide.

Les poémes « la Belle Halawa» et « le Romance Morisque » sont révélateurs de cette belle atmosphère et décor :

Le prudent Almanzor, émir glorieux,

Le cordouan empire dirigeait ;

Hixém son roi, dans le Harén heureux

Les doux rêves du plaisir dormait.

En medio de jardines regalados                Au milieu des jardins offerts, se

derramaban las linfas transparentes.    répandaient les lymphes transparentes.

Los limpios baños de marmóreas pilas     Les bains propres de blancheur

do el agua pura milesencias toma,           où l’eau pure aux mille essences

cercaban lirios y agrupadas lilas             entourent  irisset  lilas regroupés,

de tintas bellas y profuso aroma.                      aux belles teintes et à l’arôme profuse.    

Damascos y alcatifas tunecinas            Tissus de Damas et velours tunisiens

del palacio adornaban los salones,          ornaient les salons du palais,

perlas en recamados almohadones.        des perles en relief ornaient les oreillers.

Olores de Arabia respiraban,                   On respirait les odeurs de l’Arabie,

lechos de blanda pluma en los retretes,    des lits au doux duvet dans les bains,

y las fuentes de plata reflejaban,                et les fontaines d’argent reflétaient

del Alcazar los altos minaretes[28].              les hauts minarets de l’Alcazar.

Le passé medieval andalou ressurgit dans plusieurs poésies. Un de ses premiers poèmes est dédié à Grenade, où apparaissent le charme et la beauté de ses recoins. Allusions à son histoire et types humains défilent dans ses savoureux vers.

Dans son " Romance morisco ", il chante la mort des Abencerrajes, après une description élégante de la ville de Grenade au style romantique et grandiloquent.

 Tout est reproduit et évoqué de manière exhaustive. De belles images et représentations des dames arabes au milieu des jardins fleuris :

Tiene el Duerro arenas de oro,                    Le Duero au sable d’or

las tiene el Jenil de plata,                             le Genil au sable d’argent

no hay otro Jeneralife                                 il n’y a pas d’autre Généralife

ni tampoco hay otra Alhambra.                     ni même une autre Alambra.

Festejos y diversiones                                 Des fêtes et distractions,

para que luzcan sus gracias,                         pour que brillent leurs grâces,

quiere dar a las hermosas,                           il veut offrir aux belles dames,

el Rey chico de Granada :                           le petit Roi de Grenade:

En palacios y jardines                                 Dans les palais et jardins

que milflores embalsaman                          que mille fleurs embaument

hay música y cantares,                                  il y a de la musique et des chants

y torres en Bibarambla.                               et des tours à Bab-Rambla

.......................................                       ...............................................

Y la reina con sus damas.                             Et la Reine avec ses dames

A su lado también brillan                             à son côté brillent

la hermosísima Daraxa,                                la bellissime Daraja

la Fátima, Saracina                                       Fatima la sarrasine

y Xárifa y Alboraya .[29]                                  Chérifa et Alborya.

L’enchantement oriental de l’Espagne musulmane est scellé à l’étranger et ce sont surtout Chateaubriand, Victor Hugo, Washington Irving ceux qui l’ont répandu et introduit dans la péninsule ibérique[30] exerçant une énorme influence sur Zorilla, qui devient le principal chanteur et interprète des Musulmans andalous.

Pour les romantiques étrangers et espagnols, Grenade et son histoire sont le paradigme de tout ce qui représente l’aspect arabe et oriental. Là bas, se concentrent tout ce qui est lointain, exotique, pittoresque, l’amour, le sentimental en fin le fantastique.

Zorrilla se sert de cet ensemble d’élément romantique pour exalter et chanter la Grenade musulmane[31]. Il trouve dans son histoire une source parfaite pour orner sa thématique.

Le poème " Los Gomeles " est imprégné de l’ambiance arabe et résume tout ce qui caractérise le monde oriental de Zorrilla :

Corriendo van por la vega                Courant le long de la vega                    

a las puertas de Granada,                 aux portes de Grenade,

hasta cuarenta gomeles                     environ quarante gomeles

y el capitán que los manda[32].                        avec le capitaine qui les commande.

Il relate dans cette poésie comment un capitaine musulman offre les meilleures obsèques en échange de l’amour d’une chrétienne

Le thème de l’amour traditionnel entre musulman et chrétienne et vice-versa réapparaît ici avec exubérance.

Zorrilla sait conjuguer la beauté de Grenade avec le paysage, le cadre arabe de l’Alhambra. La relation paysage et personnage avec la gracieuse chrétienne tant admirée rehausse l’aspect fantastique de l’amour croisé:

Tengo un palacio en Granada                      J’ai un palais à Grenade

tengo jardines y flores                      j’ai des jardins et des fleurs

tengo una fuente dorada,                  j’ai une fontaine dorée

con más de cien surtidores               avec plus de cent ruisseaux

y en la vega del Genil                                   et dans la vega et le génil

tengo parda fortaleza                                   j’ai une forteresse grise

que será una entre mil                      qui sera une parmi les mille

cuando encierre tu belleza.                lorsqu’elle renferme ta beauté.

Le poéme " Dueña de la negra toca " subit l’influence de Victor Hugo avec ses Orientales et marque définitevement la réputation de Zorrilla.

L’amour et la passion redeviennent essentielles et créatrices de fortes émotions dans un panorama d’illusions:

Dueña de la negra toca                     Maîtresse à la coiffe noire

la del morado monjil,                                   celle du monjil marron

por un beso de tu boca                    pour un baiser de ta bouche

diera a Granada Boabdil...                je donnerai Grenade à Aboabdil…

Tus labios son un rubí,                    Tes lèvres son un rubis,

partido por gala en dos...                  scindé en deux par la grâce…

le arrancaron para ti                         ils l’arrachèrent pour toi

de la corona de un dios.                   de la couronne d’un dieu.

Ven a Córdoba, cristiana,                 Deviens chrétienne à Cordoue,

Sultana serás allí                               Sultane tu seras là-bas

y el Sultán, será ¡ Oh Sultana !            et le Sultan, tu seras, Oh Sultane !

Te dará tanta riqueza,                         Il te donnera tellement de richesses,

tanta gala tunecina,                            tellement de tenues tunisiennes,

que has de juzgar tu belleza                que tu dois évaluer ta beauté

para pagarle mesquina.                      pour le récompenser mesquine.

Le sens oriental de Zorrilla se centre dans le passé musulman de Al Andalus avec lequel le poéte, trés imaginatif revit l’amour de sa Grenade privilégiée et incomparable avec les autres villes andalouses :

Y sobre toda una orilla                     Et sur toute une rivière

extiendo mi señorío,                        que couvre l’étendu de ma seigneurie,

ni en Córdoba ni en Sevilla               ni à Cordoue ni à Séville

hay un parque como el mío[33].            il n’y a de parc semblable au mien.

Zorrilla utilise aussi des vocables arabesques pour une meilleure sensation et parvenir à mieux représenter l’atmosphére de la scéne dans le panorama poétique de l’époque :

Enjuga el llanto cristiana,                  Sèche tes pleurs chrétienne,

no me atormentes así,                      ne me tourmente pas ainsi ,

que tengo yo mi Sultana,                   car j’ai ma Sultane,

un nuevo Edén para ti.                     un nouveau Eden pour toi.       

.....................................                          ………………………..

Hurí del Edén no llores.                   Houri de l’Eden ne pleure pas.

Beaucoup d’autres poèmes son dédiés à Grenade par Zorrilla en vue de la glorifier et de lui manifester le profond amour à son histoire et paysages.

" Primera impression de Granada " et " A Granada " sont deux poésies qui illustrent bien sa grande émotion et évoquent son extraordinaire passion :

¡ Adiós, ciudad bendita, por mi laúd cantada;

A Dieu, ville bénite, chantée par mon luth ;

Adiós, hijos bizarros de la ciudad sagrada;

A Dieu, fils étranges de la ville sacrée ;

Adiós,  hijas alegres de la gentil Granada ! [34]

A Dieu, filles allègres de la gentille Grenade !

Avec le poéme " Al último rey moro de Granada, Boabdil el Chico ", nous mettrons fin à cette série de compositions de Zorilla dédiées au thème hispano arabe de notre Andalousie.

Composé de cinq courtes chansons à l’accent pathétique et nostalgique en souvenir de la belle Grenade nasride. Evocation de la perte de Grenade et de la lâcheté et faiblesse du roi Aboabdil qui n’a pas su la défendre :

Llora rey, llora sin duelo :                 Pleure roi, pleure sans douleur:

desespérate, Boabdil,                                   désespère, Aboabdil,

y ven en tu desconsuelo                   et viens t’affliger,

a expirar bajo este cielo                    et expirer sous ce ciel

que flota sobre el Genil.                   qui flotte sur le Génil.

Huye, Boabdil, aunque llores             Fuis, Aboabdil, même si tu pleures

el rigor de tu fortuna,                       la rigueur de ta fortune,

basta la luz de la luna                                   suffit la lumière de la lune

para quejarse y huir;                         pour te plaindre et fuir ;

traspón de la tierra y los mares,         derrière la terre et les mers,

no tu desdicha te asombre,               que ton malheur ne t’étonne pas,

que nunca le falte al hombre             jamais il ne manquera à un homme

madre tierra en que morir[35].              une terre mère où mourir.

Au troisième chant, apparaît le personnage de Aboabdil qui, correspond justement ici avec la fin du chapitre de l’histoire de l’Espagne musulmane. Allusion à tous les plaisirs et fabuleuses richesses qu’avait perdues le roi de Grenade. Ainsi, la splendeur, la gloire et la réputation de Grenade de la dynastie nasride partent en fumée soudainement, après tant de siècles de magnificence et de pouvoir.

Tout culmine et atteint son paroxysme de nostalgie et de profonde amertume dans l’évocation du personnage de Aboabdil qui, entre gémissements et agonie, abandonne sa ville natale, la belle Grenade.

Douleur inconsolable et sanction inoubliable se dégagent de cette poésie qui nous révèle la dure sentence que les versets coraniques de Ben Zemruk perdurent dans la mémoire des hommes et qui, incrustés sur les murs de l’Alhambra nous rappellent constamment que « Dieu seul est éternel » face aux civilisations transitoires.

 D’autres poèmes de Zorrilla reflètent le royaume islamique de Al Andalus, dernier bastion d’une civilisation, dont les descendants musulmans, une fois soumis, devaient ceder aux Rois Catholiques, qui, profitant de leur savoir, techniques et progrès scientifiques, ont pu transmettre le génie artistique hispano-musulman jusqu’en Amérique Latine.

La connaissance de l’histoire arabe de l’Espagne et le cadre géographique de Grenade ont permis à Zorrilla [36] d’ajuster les personnages avec les paysages, de créer des situations et scénes dont l’adecquation se conjugue parfaitement avec la réalité historique de l’Andalousie musulmane.

Je terminerai ce chapitre sur l’Andalousie et les romantiques espagnoles avec la présentation du Romance I : " el Alcazar de Sevilla " de Angel de Sáavedra, Duque de Rivas, dont l’œuvre de thématique arabe est traitée amplement dans les compositions poétiques de " Aliatar ", " la morisca de Alajuar ", " el moro expósito " y " Florinda ".

La description du paysage sévillan avec ses monuments et jardins imprègnent agréablement le lecteur de l’ambiance et de l’atmosphère andalouse, profondément marquée par les coutumes et personnes de type arabe.

Son parcours à travers la ville avec la description d’éléments décoratifs produisent de belles images et d’agréables sensations, établies autour d’un lexique de fleurs d’origine arabe comme " azahar, adelfa, jazmín, arrayán, naranjo, " etc, générant ainsi de fortes impressions à l’effet pittoresque, exotique et original à la fois, qui sont de véritables caractéristiques de la magnificence et grandiloquence romantique.  Voyons le :

¡ Magnífica es el Alcazar                   ! Quel magnifique palais           

con que se ilustra Sevilla,                   qui illustre Séville,

deliciosos sus jardines,                     avec ses délicieux jardins,

su excelsa portada rica.                     sa merveilleuse façade riche.

.......................................            . ......................................

recorrí aquellos vergeles,                   j’ai parcouru ces vergers

en cuya entrada se miran                  à l’entrée desquels s’on vont  

gigantes de arrayán hechos               de gigantesques myrtes présentés

con actitudes distintas !                    de diverses maniéres !

Las adelfas y naranjos                      Les lauriers roses et orangers

forman calles extendidas,                 forment d’étendues allées,

y un oscuro laberinto,                      et un obscur labyrinthe,

que a los hurtos de amor brinda.      Qui célèbre les amours furtifs.

.................................................                 .................................................

El azhar y los jazmines,                    La fleur d’oranger et les jasmins,

que si los ojos hechizan,                   qui s’ils en ensorcellent les yeux,

embalsaman el ambiente                  embaument l’atmosphère

con las aromas que respiran;             avec les arômes qu’on respirent ;

de las fuentes del murmurio,             du murmure des fontaines,

la lejana gritería                                la lointaine clameur

que de la ciudad, del río,                   qui de la ville, du fleuve,

confusa llega y perdida,                    arrive confuse et perdue,

con el son de las campanas,             avec le son des cloches,

que en la alta Giralda vibran,             qui dans la haute Giralde vibrent,

forman un todo encantado,              en créant un enchantement total

que nunca jamás se olvida,                qu’on n’oublie jamais,

 y que al recordarlo, siempre             et en se le rappelant, toujours

 mi alma y corazón palpitan[37].           mon âme et mon cœur palpitent.

Nous constatons donc, que finalement l’image du maure a évolué au fur et à mesure avec les circonstances historiques et les rapports que les deux communautés, musulmane et chrétienne ont entretenus durant des siècles.

Et compte tenu de ces relations historiques, ces images et représentations espagnoles du Maure, du Morisque et du monde arabe ont correspondu constamment à des situations politiques, sociales et culturelles à la fois. Toutefois les mythes, stéréotypes et clichés qui les font perdurer relèvent d’une profonde psychose. Ce que souligne justement Juan Goytisolo en affirmant : « Dés les premiers balbutiements de notre langue, le musulman est toujours le miroir qui nous renvoie d’une certaine manière notre propre reflet, une image extérieure de nous mêmes qui nous interroge et nous inquiète. Souvent, c’est notre négatif : projection de tout ce que nous censurons en notre for intérieur et, de ce fait, l’objet de haine et d’envie. Parfois aussi, image romantique et objet attirant d’un idéal impossible. Le phénomène n’est pas, à l’évidence, propre à l’Espagne, ni même à l’Europe, Espagnols, Européens et Occidentaux, nous sommes tous, à un degré plus ou moins important les « Maures » de quelqu’un. La construction de « l’autre », qu’il s’agisse du barbare ou du bon sauvage, est un phénomène universel qui varie en fonction des coordonnées historiques, culturelles et sociales de la communauté qui le fabrique.»

Cette observation intelligente et dont la réflexion ne manque point d’originalité nous permet de constater jusqu’à aujourd’hui, que les phénomènes, situations et évènements de l’histoire se répètent souvent, puisque cette réalité perdure de nos jours et nous observons que les mythes, stéréotypes et clichés d’antan sont coriaces et collent fortement aux individus qui en font l’objet de haine, de mépris et de rejet, même si l’on est conscient que ces images et représentations de l’autre ne correspondent pas toujours à la réalité.




 

Notes

[1] GOYTISOLO, Juan, Chroniques sarrasines, Fayard, Paris. 1985. pag. 9.

[2] GARCIA MORENTE, Manuel, Idea de la Hispanidad. Espasa calpe. Madrid. 1961

[3] MADARIAGA, Maria Rosa de, « L’image et le retour du maure dans la mémoire collective du peuple espagnol et la guerre civile de 1936 » in L’Homme et la Société : Revue internationale de recherches et de synthèses en sciences sociales, n° 90 – Paris. 1988/4.

[4] Ob., Cit. MADARIAGA, Maria Rosa de,

[5] En 1501 on brûle sur la place publique à Grenade des milliers de livres confisqués à la population. La promulgation de nombreux édits commençait à pleuvoir à partir de 1511 et serrait progressivement l´étau sur ces faux convertis. Finalement en 1525, une assemblée réunie à Grenade par ordre du roi s´attaque systématiquement à toutes les pratiques religieuses et culturelles des morisques sous le contrôle impitoyable et draconien du Tribunal de l´Inquisition crée à Grenade pour les circonstances.

[6] A Valence, on dénombrait en 1563, 465 villages de Morisques selon Maria Rosa de MADARIAGA. Quant à Aznar Cardona, auteur de l’ouvrage Expulsion justifiée des Morisques espagnols, mentionne le nombre de 250.000 Morisques expulsés de la région d’Aragon . D’autres sources indiquent le chiffre de 500.000 Morisques expulsés en 1614 par Philippe III. Voir article de Maria Anson Calvo, « Los Moriscos de Aragon vistos por un escritor araragonés del siglo XVIII » in Images des Morisques dans la Littérature et les Arts, Fondation Temimi, Zaghouan. Avril 1999. pag. 25-53.

[7] Voir article de Maria Anson Calvo, « Los Moriscos de Aragon vistos por un escritor araragonés del siglo XVIII » in Images des Morisques dans la Littérature et les Arts, Fondation Temimi, Zaghouan. Avril 1999. pag. 25-53.

[8] Aznar Cardona, Expulsion justifiée des Morisques espagnols, 1613. voir la description que nous fait Aznar sur ces Morisques

[9] MÁRQUEZ VILLANUEVA, F., Personajes y Temas del Quijote, pág. 232.

Il cite dans sa note toute une liste d’auteurs favorables et contre les Morisques

[10] Le Décret d’expulsion des Morisques castillans les déclare coupables de mort sans necessité de procès en cas de retourner ou de demeurer en Espagne après le délai mis en vigueur.

[11] GONZÁLEZ  PALENCIA, A., " Cervantes y los Moriscos ". in BRAE, nº 27, 1948, pag. 109.

[12] " Certains ne font que l´effleurer, d´autres s´y attachent plus directement; beaucoup d´entre eux prennent nettement parti, la plupart dans une attitude hostile, quelques-uns avec indulgence compréhensive; il en est peu qui ne manifeste que de l´indifférence ". in "Reflets littéraires de la question morisque entre la guerre des Alpujarras et l´expulsion (1571-1610), in Boletín de la Academia de Buenas letras de Barcelona, pág.139.

[13] Romancero General, in BAE, tomo X, p. 129 b. Si certaines romances morisques burlesques manifestent un ton assez neutre vis à vis des Morisques, d’autres bien au contraire, plus nombreux montrent leur mépris et répugnance en vers eux.

Nous pensons à Gabriel Lobo Lasso de la Vega dans son oeuvre Manoxuelo de romances, Barcelona, 1601, Voir Ed. reciente de E. Mele y A. Gonzáles Palencia, Madrid, 1942.

[14] Voir les "Romance de Reduán" y " Romance de Abenamar " in Flor Nueva de Romances Viejos, R. Menéndez Pidal, Espasa Calpe, Madrid, 1968, pag. 267 y 271.

Mais peut être l’œuvre où les plus nobles qualités se font la concurrence entre maures et chrétiens moros y cristianos est la narration d’origine anonyme où sont racontées les amours de Abendirráez la jolie Járifa. On peut aussi apprécier ces valeurs dans la nouvelle "historia de los enamorados Osmín y Daraja " au thème morisque, insérée dans le roman Guzmán de Alfarache, de Mateo Alemán, et qui représente le portrait des deux amants, aussi fidèles, aussi purs et spirituels, avec l’éloge de leurs vertus et bonnes gages.

Pour plus d’informations ; on recommande les travaux du studieux investigateur et professeur :

Lopéz Estrada F., El Abencerraje (Novela y romancero), Catedra, Madrid,1983.

"El Abencerraje y la hermosa Járifa"; cuatro textos y su estudio, in Revista de Archivos, Bibliotecas y Museos, 1957.

[15] Gabriel Lobo Lasso de la Vega, ob.,cit., p. 181. Et il ajoute " Déporter ces canailles”

[16] L’expulsion est imposée à l’époque comme un exploit glorieux de la Monarchie identifiée avec le radicalisme inquisitorial et du vieux chrétien, au milieu d’un véritable explosion de louanges qui inondent toute la littérature.

Voir M. Herrero Garcia ,ob., cit., p.375. o a Paul Hazard, Don Quichotte de Cervantes, Paris, 1949, p. 234, qui écrivait : "Cervantes désapprouve discrètement; et approuve avec éclat..."

[17] Voir Gaspar de Aguilar avec El Gran Patriarcha Don Juan de Ribera, Los Moriscos de

Hornachos, atribué a Tárrega, Lope de Rueda avec sa piéce Armelina, o M. de Carvajal y Hurtado de Toledo avec Las Cortes de la Muerte et enfin l’œuvre, Paso de un Soldado y un Moro y un Ermitaño de Timoneda. Toutes ces œuvres traitent el probléme morisque.

[18] Le sifflement est le trait le plus caractéristique du parlé morisque. La substitution de la s par le ch ou son sifflement afflue dans beaucoup de textes aljamiado.

de Aldrete le signale dans son livre Del origen y principio de la lengua castellana, Roma, 1606, p.317. ainsi: "habituellement, ceux qui appartiennent à cette langue (les morisques) changent la s en x, et a las passas disent paxas..."l’usage de changer une lettre par une autre ne pouvait être corrigé par eux, ils disaient paxas por passas, fexta por fiesta et ainsi tous changent notre ç en x.

Signalons d’autres exemples de la façon de parlé des Morisques de l’œuvre Manuscritos Árabes y Aljamiados de la Biblioteca de la Junta, Madrid, 1912, de Juan Ribera y Asín Palacio, p. 192.

" Ex Allah xolo y xeñero.... y Mohamad xu menxejero. Y ex Allah mi gran xeñor, altíximo y de labor, de todax coxas criador..." ou la r éeference a la "Mora de Ubeda", extraite du mëme livre: que " iba bextida de xarga y con alpargatax dexparto" ," por dicho dexta mora xe gobernaba Granada y toda xu comarca... de xux librox y xux algox.." par contre, selon C. Colonge, ob., cit. p. 149; el manuscrito 9067 de la Biblioteca nacional de Madrid, que contient des documents morisques originaux ne présente pas ce sifflement de la s et cite l’exemple de la première strophe d’une romance de Juan Alonso, (poète morisque aragonais), dirigée contre la religion chrétienne:

" Cuerbo maldito español / pestífero canzerbero, / questas con tus tre (sic) cabezas / en la puerta del ynfierno..."

[19] La envidia de la nobleza, ed. académica., t.XI, Madrid, 1900, p.31. Cerco de Santa Fe, idem,  p. 245

[20] Voir Thomas Case dans son article "Calderón y los Moriscos " in Cálamo, nº 6, Revista de Cultura Hispano-Árabe, Sept.1985, Madrid, p. 9.

Voir Thomas Case "Calderón y los Moriscos " in Cálamo, nº 6, Revista de Cultura Hispano-Árabe, Sept.1985, Madrid, p. 9

[21] Ob., cit. MÁRQUEZ VILLANUEVA, F.

[22] HAZARD, P., Don Quijote de Cervantes, Paris, 1949, pág. 234.

[23] Nom d’une famille morisque de la noblesse grenadine restée fidèle à la couronne espagnole pendant la rébellion contre Philippe II.

[24] GOYTISOLO, Juan, Chroniques sarrasines, Fayard, Paris. 1985. pag. 18

[25] ESPRONCEDA, Poesías : El estudiante de Salamanca, E. C., Madrid, 968, pág. 130.

[26] Idem. pág. 153.

[27] Idem. pág. 152-153.

[28] El Padre Juan AROLAS, Poesías, Ed. y prólogo de José R. LOMBA y PEDRAJA, E. C., Madrid, 1958, "La hermosa Halewa", pág. 241-244.

[29] Idem. pág. 245 : "Romance morisco".

[30]. ALISON PEERS, Historia del Movimiento Romántico en España, Ed. Gredos , Madrid, 1973, T. II, pág. 272.

[31] L’auteur même affirme : " en mai 1846, je visitais Grenade afin de connaître et étudier les monuments et situation topographique avant d’entreprendre la composition du poème".

[32] Gomeles signifie ici Arabes.

[33] Le poème "Gomeles" de Zorrilla s’intitule également "Oriental", ver ALTOGUIRRE,

M., Antología de la poesía romántica española, E. C., Madrid, 1965, pág. 108.

[34] Idem. pág. 252

[35] ZORRILLA, Obras Completas, Valladolid, 1943, Tom. I, pág. 163-172.

[36] Les œuvres et sources de bases qui ont servi pour ce thème sont :

Miguel LAFUENTE ALCANTARA

[37] DUQUE DE RIVAS, ROMANCES, E. C., Madrid, 1976, pág. 61-62.